Readme.it in English  home page
Readme.it in Italiano  pagina iniziale
readme.it by logo SoftwareHouse.it

Ebook in formato Kindle (mobi) - Kindle File Ebook (mobi)

Formato per Iphone, Ipad e Ebook (epub) - Ipad, Iphone and Ebook reader format (epub)

Versione ebook di Readme.it powered by Softwarehouse.it


Paul LafargueLe droit à la paresseAVANT-PROPOS  

M. Thiersdans le sein de la Commission sur l'instruction primaire de 1849disait: «Je veux rendre toute-puissante l'influence du clergéparce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie quiapprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cetteautre philosophie qui dit au contraire à l'homme: "Jouis".»M. Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarnal'égoïsme féroce et l'intelligence étroite.

Labourgeoisiealors qu'elle luttait contre la noblessesoutenue parle clergéarbora le libre examen et l'athéisme; maistriomphanteelle changea de ton et d'allure; etaujourd'huielleentend étayer de la religion sa suprématie économiqueet politique. Aux XVe et XVIe siècleselle avait allègrementrepris la tradition païenne et glorifiait la chair et sespassionsréprouvées par le christianisme ; de nosjoursgorgée de biens et de jouissanceselle renie lesenseignements de ses penseursles Rabelaisles Diderotet prêchel'abstinence aux salariés. La morale capitalistepiteuseparodie de la morale chrétiennefrappe d'anathème lachair du travailleur; elle prend pour idéal de réduirele producteur au plus petit minimum de besoinsde supprimer sesjoies et ses passions et de le condamner au rôle de machinedélivrant du travail sans trêve ni merci.

Lessocialistes révolutionnaires ont à recommencer lecombat qu'ont combattu les philosophes et les pamphlétaires dela bourgeoisie; ils ont à monter à l'assaut de lamorale et des théories sociales du capitalisme; ils ont àdémolirdans les têtes de la classe appelée àl'actionles préjugés semés par la classerégnante; ils ont à proclamerà la face descafards de toutes les moralesque la terre cessera d'être lavallée de larmes du travailleur; quedans la sociétécommuniste de l'avenir que nous fonderons «pacifiquement sipossiblesinon violemment»les passions des hommes auront labride sur le cou: car «toutes sont bonnes de leur naturenousn'avons rien à éviter que leur mauvais usage et leursexcès [1]»et ils ne seront évités quepar leur mutuel contrebalancementque par le développementharmonique de l'organisme humaincardit le Dr Beddoe«cen'est que lorsqu'une race atteint son maximum de développementphysique qu'elle atteint son plus haut point d'énergie et devigueur morale». Telle était aussi l'opinion du grandnaturalisteCharles Darwin [2].

Laréfutation du Droit au travailque je rééditeavec quelques notes additionnellesparut dans "L'Égalitéhebdomadaire" de 1880deuxième série.

P. L.

Prisonde Sainte-Pélagie1883.






1 - UNDOGME DÉSASTREUX


«Paressonsen toutes choseshormis en aimant et en buvanthormis enparessant.» Lessing.

Uneétrange folie possède les classes ouvrières desnations où règne la civilisation capitaliste. Cettefolie traîne à sa suite des misères individuelleset sociales quidepuis des sièclestorturent la tristehumanité. Cette folie est l'amour du travailla passionmoribonde du travailpoussée jusqu'à l'épuisementdes forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Au lieude réagir contre cette aberration mentaleles prêtresles économistesles moralistesont sacro-sanctifié letravail. Hommes aveugles et bornésils ont voulu êtreplus sages que leur Dieu; hommes faibles et méprisablesilsont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moiquine professe d'être chrétienéconome et moralj'en appelle de leur jugement à celui de leur Dieu; desprédications de leur morale religieuseéconomiquelibre penseuseaux épouvantables conséquences dutravail dans la société capitaliste.

Dans lasociété capitalistele travail est la cause de toutedégénérescence intellectuellede toutedéformation organique. Comparez le pur-sang des écuriesde Rothschildservi par une valetaille de bimanesà lalourde brute des fermes normandesqui laboure la terrechariote lefumierengrange la moisson. Regardez le noble sauvage que lesmissionnaires du commerce et les commerçants de la religionn'ont pas encore corrompu avec le christianismela syphilis et ledogme du travailet regardez ensuite nos misérables servantsde machines [3].

Quanddans notre Europe civiliséeon veut retrouver une trace debeauté native de l'hommeil faut l'aller chercher chez lesnations où les préjugés économiques n'ontpas encore déraciné la haine du travail. L'Espagnequihélas ! dégénèrepeut encore sevanter de posséder moins de fabriques que nous de prisons etde casernes; mais l'artiste se réjouit en admirant le hardiAndaloubrun comme des castagnesdroit et flexible comme une tiged'acier; et le coeur de l'homme tressaille en entendant le mendiantsuperbement drapé dans sa "capa" trouéetraiter d'"amigo" des ducs d'Ossuna. Pour l'Espagnolchezqui l'animal primitif n'est pas atrophiéle travail est lepire des esclavages [4]. Les Grecs de la grande époquen'avaienteux aussique du mépris pour le travail: auxesclaves seuls il était permis de travailler: l'homme libre neconnaissait que les exercices corporels et les jeux del'intelligence. C'était aussi le temps où l'on marchaitet respirait dans un peuple d'Aristotede Phidiasd'Aristophane;c'était le temps où une poignée de bravesécrasait à Marathon les hordes de l'Asie qu'Alexandreallait bientôt conquérir. Les philosophes de l'Antiquitéenseignaient le mépris du travailcette dégradation del'homme libre; les poètes chantaient la paressece présentdes Dieux:

"OMeliboeDeus nabis hoec otia fecit" [5].

Christdans son discours sur la montagneprêcha la paresse:«Contemplez la croissance des lis des champsils netravaillent ni ne filentet cependantje vous le disSalomondanstoute sa gloiren'a pas été plus brillamment vêtu[6].»

Jéhovahle dieu barbu et rébarbatifdonna à ses adorateurs lesuprême exemple de la paresse idéale; après sixjours de travailil se reposa pour l'éternité.

Parcontrequelles sont les races pour qui le travail est une nécessitéorganique ? Les Auvergnats; les Écossaisces Auvergnats desîles Britanniques; les Gallegosces Auvergnats de l'Espagne;les Poméraniensces Auvergnats de l'Allemagne; les Chinoisces Auvergnats de l'Asie. Dans notre sociétéquellessont les classes qui aiment le travail pour le travail ? Les paysanspropriétairesles petits bourgeoisles uns courbéssur leurs terresles autres acoquinés dans leurs boutiquesse remuent comme la taupe dans sa galerie souterraineet jamais nese redressent pour regarder à loisir la nature.

Etcependantle prolétariatla grande classe qui embrasse tousles producteurs des nations civiliséesla classe quiens'émancipantémancipera l'humanité du travailservile et fera de l'animal humain un être libreleprolétariat trahissant ses instinctsméconnaissant samission historiques'est laissé pervertir par le dogme dutravail. Rude et terrible a été son châtiment.Toutes les misères individuelles et sociales sont néesde sa passion pour le travail.






2 -BÉNÉDICTIONS DU TRAVAIL


En 1770parutà Londresun écrit anonyme intitulé: "AnEssay on Trade and Commerce". Il fit à l'époque uncertain bruit. Son auteurgrand philanthropes'indignait de ce que«la plèbe manufacturière d'Angleterre s'étaitmis dans la tête l'idée fixe qu'en qualitéd'Anglaistous les individus qui la composent ontpar droit denaissancele privilège d'être plus libres et plusindépendants que les ouvriers de n'importe quel autre pays del'Europe. Cette idée peut avoir son utilité pour lessoldats dont elle stimule la bravoure; mais moins les ouvriers desmanufactures en sont imbusmieux cela vaut pour eux-mêmes etpour l'État. Des ouvriers ne devraient jamais se tenir pourindépendants de leurs supérieurs. Il est extrêmementdangereux d'encourager de pareils engouements dans un Étatcommercial comme le nôtreoùpeut-êtreles septhuitièmes de la population n'ont que peu ou pas de propriété.La cure ne sera pas complète tant que nos pauvres del'industrie ne se résigneront pas à travailler sixjours pour la même somme qu'ils gagnent maintenant en quatre».

Ainsiprès d'un siècle avant Guizoton prêchaitouvertement à Londres le travail comme un frein aux noblespassions de l'homme.

«Plusmes peuples travaillerontmoins il y aura de vicesécrivaitd'Osterodele 5 mai 1807Napoléon. Je suis l'autorité[...] et je serais disposé à ordonner que le dimanchepassé l'heure des officesles boutiques fussent ouvertes etles ouvriers rendus à leur travail.»

Pourextirper la paresse et courber les sentiments de fierté etd'indépendance qu'elle engendrel'auteur de l'"Essay onTrade" proposait d'incarcérer les pauvres dans lesmaisons idéales du travail ("ideal workhouses") quideviendraient «des maisons de terreur où l'on feraittravailler quatorze heures par jourde telle sorte quele temps desrepas soustraitil resterait douze heures de travail pleines etentières».

Douzeheures de travail par jourvoilà l'idéal desphilanthropes et des moralistes du XVIIIe siècle. Que nousavons dépassé ce "nec plus ultra" ! Lesateliers modernes sont devenus des maisons idéales decorrection où l'on incarcère les masses ouvrièresoù l'on condamne aux travaux forcés pendant douze etquatorze heuresnon seulement les hommesmais les femmes et lesenfants [7] ! Et dire que les fils des héros de la Terreur sesont laissé dégrader par la religion du travail aupoint d'accepter après 1848comme une conquêterévolutionnairela loi qui limitait à douze heures letravail dans les fabriques; ils proclamaient comme un principerévolutionnaire le "droit au travail". Honte auprolétariat français ! Des esclaves seuls eussent étécapables d'une telle bassesse. Il faudrait vingt ans de civilisationcapitaliste à un Grec des temps héroïques pourconcevoir un tel avilissement.

Et si lesdouleurs du travail forcési les tortures de la faim se sontabattues sur le prolétariatplus nombreuses que lessauterelles de la Biblec'est lui qui les a appelées.

Cetravailqu'en juin 1848 les ouvriers réclamaient les armes àla mainils l'ont imposé à leurs familles; ils ontlivréaux barons de l'industrieleurs femmes et leursenfants. De leurs propres mainsils ont démoli leur foyerdomestique; de leurs propres mainsils ont tari le lait de leursfemmes; les malheureusesenceintes et allaitant leurs bébésont dû aller dans les mines et les manufactures tendre l'échineet épuiser leurs nerfs; de leurs propres mainsils ont briséla vie et la vigueur de leurs enfants. ‹Honte aux prolétaires! Où sont ces commères dont parlent nos fabliaux et nosvieux conteshardies au proposfranches de la gueuleamantes de ladive bouteille ? Où sont ces luronnestoujours trottanttoujours cuisinanttoujours chantanttoujours semant la vie enengendrant la joieenfantant sans douleurs des petits sains etvigoureux ? ...Nous avons aujourd'hui les filles et les femmes defabriquechétives fleurs aux pâles couleursau sangsans rutilanceà l'estomac délabréaux membresalanguis !... Elles n'ont jamais connu le plaisir robuste et nesauraient raconter gaillardement comment l'on cassa leur coquille !‹Et les enfants ? Douze heures de travail aux enfants. Ômisère ! ‹Mais tous les Jules Simon de l'Académiedes sciences morales et politiquestous les Germinys de lajésuiterien'auraient pu inventer un vice plus abrutissantpour l'intelligence des enfantsplus corrupteur de leurs instinctsplus destructeur de leur organisme que le travail dans l'atmosphèreviciée de l'atelier capitaliste.

Notreépoque estdit-onle siècle du travail; il est eneffet le siècle de la douleurde la misère et de lacorruption.

Etcependantles philosophesles économistes bourgeoisdepuisle péniblement confus Auguste Comtejusqu'au ridiculementclair Leroy-Beaulieu; les gens de lettres bourgeoisdepuis lecharlatanesquement romantique Victor Hugojusqu'au naïvementgrotesque Paul de Kocktous ont entonné les chantsnauséabonds en l'honneur du dieu Progrèsle fils aînédu Travail. À les entendrele bonheur allait régnersur la terre: déjà on en sentait la venue. Ils allaientdans les siècles passés fouiller la poussière etla misère féodales pour rapporter de sombresrepoussoirs aux délices des temps présents. ‹ Nousont-ils fatiguésces repusces satisfaitsnaguèreencore membres de la domesticité des grands seigneursaujourd'hui valets de plume de la bourgeoisiegrassement rentés;nous ont-ils fatigués avec le paysan du rhétoricien LaBruyère ? Eh bien ! voici le brillant tableau des jouissancesprolétariennes en l'an de progrès capitaliste 1840peint par l'un des leurspar le Dr Villermémembre del'Institutle même quien 1848fit partie de cette sociétéde savants (ThiersCousinPassyBlanquil'académicienenétaient) qui propagea dans les masses les sottises del'économie et de la morale bourgeoises.

C'est del'Alsace manufacturière que parle le Dr Villermédel'Alsace des Kestnerdes Dollfusces fleurs de la philanthropie etdu républicanisme industriel. Mais avant que le docteur nedresse devant nous le tableau des misères prolétariennesécoutons un manufacturier alsacienM. Th. Miegde la maisonDollfusMieg et Ciedépeignant la situation de l'artisan del'ancienne industrie:

«ÀMulhouseil y a cinquante ans (en 1813alors que la moderneindustrie mécanique naissait)les ouvriers étaienttous enfants du solhabitant la ville et les villages environnantset possédant presque tous une maison et souvent un petit champ[8].»

C'étaitl'âge d'or du travailleur. Maisalorsl'industrie alsaciennen'inondait pas le monde de ses cotonnades et n'emmillionnait pas sesDollfus et ses Koechlin. Mais vingt-cinq ans aprèsquandVillermé visita l'Alsacele minotaure modernel'ateliercapitalisteavait conquis le pays; dans sa boulimie de travailhumainil avait arraché les ouvriers de leurs foyers pourmieux les tordre et pour mieux exprimer le travail qu'ilscontenaient. C'était par milliers que les ouvriers accouraientau sifflement de la machine.

«Ungrand nombredit Villermécinq mille sur dix-sept milleétaient contraintspar la cherté des loyersàse loger dans les villages voisins. Quelques-uns habitaient àdeux lieues et quart de la manufacture où ils travaillaient.

»ÀMulhouseà Dornachle travail commençait àcinq heures du matin et finissait à cinq heures du soirétécomme hiver. [...] Il faut les voir arriver chaque matin en ville etpartir chaque soir. Il y a parmi eux une multitude de femmes pâlesmaigresmarchant pieds nus au milieu de la boue et qui àdéfaut de parapluieportentrenversés sur la têtelorsqu'il pleut ou qu'il neigeleurs tabliers ou jupons de dessuspour se préserver la figure et le couet un nombre plusconsidérable de jeunes enfants non moins salesnon moinshâvescouverts de haillonstout gras de l'huile des métiersqui tombe sur eux pendant qu'ils travaillent. Ces derniersmieuxpréservés de la pluie par l'imperméabilitéde leurs vêtementsn'ont même pas au brascomme lesfemmes dont on vient de parlerun panier où sont lesprovisions de la journée; mais ils portent à la mainou cachent sous leur veste ou comme ils peuventle morceau de painqui doit les nourrir jusqu'à l'heure de leur rentrée àla maison.

»Ainsià la fatigue d'une journée démesurémentlonguepuisqu'elle a au moins quinze heuresvient se joindre pources malheureux celle des allées et venues si fréquentessi pénibles. Il résulte que le soir ils arrivent chezeux accablés par le besoin de dormiret que le lendemain ilssortent avant d'être complètement reposés pour setrouver à l'atelier à l'heure de l'ouverture.»

Voicimaintenant les bouges où s'entassaient ceux qui logeaient enville:

«J'aivu à Mulhouseà Dornach et dans des maisons voisinesde ces misérables logements où deux familles couchaientchacune dans un coinsur la paille jetée sur le carreau etretenue par deux planches... Cette misère dans laquelle viventles ouvriers de l'industrie du coton dans le département duHaut-Rhin est si profonde qu'elle produit ce triste résultatquetandis que dans les familles des fabricants négociantsdrapiersdirecteurs d'usinesla moitié des enfants atteintla vingt et unième annéecette même moitiécesse d'exister avant deux ans accomplis dans les familles detisserands et d'ouvriers de filatures de coton.»

Parlant dutravail de l'atelierVillermé ajoute:

«Cen'est pas là un travailune tâchec'est une tortureet on l'inflige à des enfants de six à huit ans. [...]C'est ce long supplice de tous les jours qui mine principalement lesouvriers dans les filatures de coton.»

Etàpropos de la durée du travailVillermé observait queles forçats des bagnes ne travaillaient que dix heureslesesclaves des Antilles neuf heures en moyennetandis qu'il existaitdans la France qui avait fait la Révolution de 89qui avaitproclamé les pompeux Droits de l'hommedes manufactures oùla journée était de seize heuressur lesquelles onaccordait aux ouvriers une heure et demie pour les repas [9].

Ômisérable avortement des principes révolutionnaires dela bourgeoisie ! ô lugubre présent de son dieu Progrès! Les philanthropes acclament bienfaiteurs de l'humanité ceuxquipour s'enrichir en fainéantantdonnent du travail auxpauvres; mieux vaudrait semer la pesteempoisonner les sources qued'ériger une fabrique au milieu d'une population rustique.Introduisez le travail de fabriqueet adieu joiesantéliberté; adieu tout ce qui fait la vie belle et digne d'êtrevécue [10].

Et leséconomistes s'en vont répétant aux ouvriers:Travaillez pour augmenter la fortune sociale ! et cependant unéconomisteDestut de Tracyleur répond:

«Lesnations pauvresc'est là où le peuple est à sonaise; les nations richesc'est là où il estordinairement pauvre.»

Et sondisciple Cherbuliez de continuer:

«Lestravailleurs eux-mêmesen coopérant àl'accumulation des capitaux productifscontribuent àl'événement quitôt ou tarddoit les priverd'une partie de leur salaire.»

Maisassourdis et idiotisés par leurs propres hurlementsleséconomistes de répondre: Travailleztravailleztoujours pour créer votre bien-être ! Etau nom de lamansuétude chrétienneun prêtre de l'Égliseanglicanele révérend Townshendpsalmodie:Travailleztravaillez nuit et jour; en travaillantvous faitescroître votre misèreet votre misère nousdispense de vous imposer le travail par la force de la loi.L'imposition légale du travail «donne trop de peineexige trop de violence et fait trop de bruit; la faimau contraireest non seulement une pression paisiblesilencieuseincessantemais comme le mobile le plus naturel du travail et de l'industrieelle provoque aussi les efforts les plus puissants».

Travailleztravaillezprolétairespour agrandir la fortune sociale etvos misères individuellestravailleztravaillezpour quedevenant plus pauvresvous avez plus de raisons de travailler etd'être misérables. Telle est la loi inexorable de laproduction capitaliste. Parce queprêtant l'oreille auxfallacieuses paroles des économistesles prolétairesse sont livrés corps et âme au vice du travaililsprécipitent la société tout entière dansces crises industrielles de surproduction qui convulsent l'organismesocial. Alorsparce qu'il y a pléthore de marchandises etpénurie d'acheteursles ateliers se ferment et la faim cingleles populations ouvrières de son fouet aux mille lanières.Les prolétairesabrutis par le dogme du travailnecomprenant pas que le surtravail qu'ils se sont infligépendant le temps de prétendue prospérité est lacause de leur misère présenteau lieu de courir augrenier à blé et de crier: «Nous avons faim etnous voulons manger ! ... Vrainous n'avons pas un rouge liardmaistout gueux que nous sommesc'est nous cependant qui avons moissonnéle blé et vendangé le raisin...» Au lieud'assiéger les magasins de M. Bonnetde Jujurieuxl'inventeur des couvents industrielset de clamer: «MonsieurBonnetvoici vos ouvrières ovalistesmoulineusesfileusestisseuseselles grelottent sous leurs cotonnades rapetasséesà chagriner l'oeil d'un juif etcependantce sont elles quiont filé et tissé les robes de soie des cocottes detoute la chrétienté. Les pauvressestravaillant treizeheures par journ'avaient pas le temps de songer à latoilettemaintenantelles chôment et peuvent faire dufrou-frou avec les soieries qu'elles ont ouvrées. Dèsqu'elles ont perdu leurs dents de laitelles se sont dévouéesà votre fortune et ont vécu dans l'abstinence;maintenantelles ont des loisirs et veulent jouir un peu des fruitsde leur travail.

AllonsMonsieur Bonnetlivrez vos soieriesM. Harmel fournira sesmousselinesM. Pouyer-Quertier ses calicotsM. Pinet ses bottinespour leurs chers petits pieds froids et humides... Vêtues depied en cap et fringanteselles vous feront plaisir àcontempler. Allonspas de tergiversations ‹vous êtesl'ami de l'humanitén'est-ce paset chrétien par-dessus le marché ? ‹Mettez à la disposition de vosouvrières la fortune qu'elles vous ont édifiéeavec la chair de leur chair. Vous êtes ami du commerce ?‹Facilitez la circulation des marchandises; voici desconsommateurs tout trouvés; ouvrez-leur des créditsillimités. Vous êtes bien obligé d'en faire àdes négociants que vous ne connaissez ni d'Adam ni d'Èvequi ne vous ont rien donnémême pas un verre d'eau. Vosouvrières s'acquitteront comme elles le pourront: siau jourde l'échéanceelles gambettisent et laissent protesterleur signaturevous les mettrez en failliteet si elles n'ont rienà saisirvous exigerez qu'elles vous paient en prières:elles vous enverront en paradismieux que vos sacs noirsau nezgorgé de tabac.»

Au lieu deprofiter des moments de crise pour une distribution généraledes produits et un gaudissement universelles ouvrierscrevant defaims'en vont battre de leur tête les portes de l'atelier.Avec des figures hâvesdes corps amaigrisdes discourspiteuxils assaillent les fabricants: «Bon M. Chagotdoux M.Schneiderdonnez-nous du travailce n'est pas la faimmais lapassion du travail qui nous tourmente !» Et ces misérablesqui ont à peine la force de se tenir deboutvendent douze etquatorze heures de travail deux fois moins cher que lorsqu'ilsavaient du pain sur la planche. Et les philanthropes de l'industriede profiter des chômages pour fabriquer à meilleurmarché.

Si lescrises industrielles suivent les périodes de surtravail aussifatalement que la nuit le jourtraînant après elles lechômage forcé et la misère sans issueellesamènent aussi la banqueroute inexorable. Tant que le fabricanta du créditil lâche la bride à la rage dutravailil emprunte et emprunte encore pour fournir la matièrepremière aux ouvriers. Il fait produiresans réfléchirque le marché s'engorge et quesi ses marchandises n'arriventpas à la venteses billets viendront à l'échéance.Acculéil va implorer le juifil se jette à sespiedslui offre son sangson honneur. «Un petit peu d'orferait mieux mon affairerépond le Rothschildvous avez 20000 paires de bas en magasinils valent vingt sousje les prends àquatre sous.» Les bas obtenusle juif les vend six et huitsouset empoche les frétillantes pièces de cent sousqui ne doivent rien à personne: mais le fabricant a reculépour mieux sauter. Enfin la débâcle arrive et lesmagasins dégorgent; on jette alors tant de marchandises par lafenêtrequ'on ne sait comment elles sont entrées par laporte. C'est par centaines de millions que se chiffre la valeur desmarchandises détruites; au siècle dernieron lesbrûlait ou on les jetait à l'eau [11].

Mais avantd'aboutir à cette conclusionles fabricants parcourent lemonde en quête de débouchés pour les marchandisesqui s'entassent; ils forcent leur gouvernement à s'annexer desCongoà s'emparer des Tonkinà démolir àcoups de canon les murailles de la Chinepour y écouler leurscotonnades. Aux siècles derniersc'était un duel àmort entre la France et l'Angleterreà qui aurait leprivilège exclusif de vendre en Amérique et aux Indes.Des milliers d'hommes jeunes et vigoureux ont rougi de leur sang lesmerspendant les guerres coloniales des XIeXVIe et XVIIIe siècles.

Lescapitaux abondent comme les marchandises. Les financiers ne saventplus où les placer; ils vont alors chez les nations heureusesqui lézardent au soleil en fumant des cigarettesposer deschemins de ferériger des fabriques et importer lamalédiction du travail. Et cette exportation de capitauxfrançais se termine un beau matin par des complicationsdiplomatiques: en Égyptela Francel'Angleterre etl'Allemagne étaient sur le point de se prendre aux cheveuxpour savoir quels usuriers seraient payés les premiers; pardes guerres du Mexique où l'on envoie les soldats françaisfaire le métier d'huissier pour recouvrer de mauvaises dettes[12].

Cesmisères individuelles et socialespour grandes etinnombrables qu'elles soientpour éternelles qu'ellesparaissents'évanouiront comme les hyènes et leschacals à l'approche du lionquand le prolétariatdira: «Je le veux.» Mais pour qu'il parvienne à laconscience de sa forceil faut que le prolétariat foule auxpieds les préjugés de la morale chrétienneéconomiquelibre penseuse; il faut qu'il retourne àses instincts naturelsqu'il proclame les "Droits de laparesse"mille et mille fois plus nobles et plus sacrésque les phtisiques "Droits de l'homme"concoctéspar les avocats métaphysiciens de la révolutionbourgeoise; qu'il se contraigne à ne travailler que troisheures par jourà fainéanter et bombancer le reste dela journée et de la nuit.

Jusqu'icima tâche a été facileje n'avais qu'àdécrire des maux réels bien connus de nous toushélas! Mais convaincre le prolétariat que la parole qu'on lui ainoculée est perverseque le travail effrénéauquel il s'est livré dès le commencement du siècleest le plus terrible fléau qui ait jamais frappél'humanitéque le travail ne deviendra un condiment deplaisir de la paresseun exercice bienfaisant à l'organismehumainune passion utile à l'organisme social que lorsqu'ilsera sagement réglementé et limité à unmaximum de trois heures par jourest une tâche ardue au-dessusde mes forces; seuls des physiologistesdes hygiénistesdeséconomistes communistes pourraient l'entreprendre. Dans lespages qui vont suivreje me bornerai à démontrerqu'étant donné les moyens de production modernes etleur puissance reproductive illimitéeil faut mater lapassion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger àconsommer les marchandises qu'ils produisent.






3 - CEQUI SUIT LA SURPRODUCTION


Un poètegrec du temps de CicéronAntipatroschantait ainsil'invention du moulin à eau (pour la mouture du grain): ilallait émanciper les femmes esclaves et ramener l'âged'or:

«Épargnezle bras qui fait tourner la meuleô meunièresetdormez paisiblement ! Que le coq vous avertisse en vain qu'il faitjour ! Dao a imposé aux nymphes le travail des esclaves et lesvoilà qui sautillent allègrement sur la roue et voilàque l'essieu ébranlé roule avec ses raisfaisanttourner la pesante pierre roulante. Vivons de la vie de nos pèreset oisifs réjouissons-nous des dons que la déesseaccorde.»

Hélas! les loisirs que le poète païen annonçait ne sontpas venus: la passion aveugleperverse et homicide du travailtransforme la machine libératrice en instrumentd'asservissement des hommes libres: sa productivité lesappauvrit.

Une bonneouvrière ne fait avec le fuseau que cinq mailles à laminutecertains métiers circulaires à tricoter en fonttrente mille dans le même temps. Chaque minute à lamachine équivaut donc à cent heures de travail del'ouvrière: ou bien chaque minute de travail de la machinedélivre à l'ouvrière dix jours de repos. Ce quiest vrai pour l'industrie du tricotage est plus ou moins vrai pourtoutes les industries renouvelées par la mécaniquemoderne. Mais que voyons-nous ? À mesure que la machine seperfectionne et abat le travail de l'homme avec une rapiditéet une précision sans cesse croissantesl'Ouvrierau lieu deprolonger son repos d'autantredouble d'ardeurcomme s'il voulaitrivaliser avec la machine. Ô concurrence absurde et meurtrière!

Pour quela concurrence de l'homme et de la machine prît libre carrièreles prolétaires ont aboli les sages lois qui limitaient letravail des artisans des antiques corporations; ils ont suppriméles jours fériés [13]. Parce que les producteursd'alors ne travaillaient que cinq jours sur septcroient-ils doncainsi que le racontent les économistes menteursqu'ils nevivaient que d'air et d'eau fraîche ? Allons donc ! Ils avaientdes loisirs pour goûter les joies de la terrepour fairel'amour et rigoler; pour banqueter joyeusement en l'honneur duréjouissant dieu de la Fainéantise. La moroseAngleterreencagotée dans le protestantismese nommait alorsla «joyeuse Angleterre» ("Merry England").RabelaisQuevedoCervantèsles auteurs inconnus des romanspicaresquesnous font venir l'eau à la bouche avec leurspeintures de ces monumentales ripailles [14] dont on se régalaitalors entre deux batailles et deux dévastationset danslesquelles tout «allait par escuelles». Jordaens etl'école flamande les ont écrites sur leurs toilesréjouissantes.

Sublimesestomacs gargantuesquesqu'êtes-vous devenus ? Sublimescerveaux qui encercliez toute la pensée humainequ'êtes-vousdevenus ? Nous sommes bien amoindris et bien dégénérés.La vache enragéela pomme de terrele vin fuchsiné etle schnaps prussien savamment combinés avec le travail forcéont débilité nos corps et rapetissé nos esprits.Et c'est alors que l'homme rétrécit son estomac et quela machine élargit sa productivitéc'est alors que leséconomistes nous prêchent la théoriemalthusiennela religion de l'abstinence et le dogme du travail ?Mais il faudrait leur arracher la langue et la jeter aux chiens.

Parce quela classe ouvrièreavec sa bonne foi simplistes'est laisséendoctrinerparce queavec son impétuosité nativeelle s'est précipitée en aveugle dans le travail etl'abstinencela classe capitaliste s'est trouvée condamnéeà la paresse et à la jouissance forcéeàl'improductivité et à la surconsommation. Maissi lesurtravail de l'ouvrier meurtrit sa chair et tenaille ses nerfsilest aussi fécond en douleurs pour le bourgeois.

L'abstinenceà laquelle se condamne la classe productive oblige lesbourgeois à se consacrer à la surconsommation desproduits qu'elle manufacture désordonnément. Au débutde la production capitalisteil y a un ou deux siècles decelale bourgeois était un homme rangéde moeursraisonnables et paisibles; il se contentait de sa femme ou àpeu près; il ne buvait qu'à sa soif et ne mangeait qu'àsa faim. Il laissait aux courtisans et aux courtisanes les noblesvertus de la vie débauchée. Aujourd'huiil n'est filsde parvenu qui ne se croie tenu de développer la prostitutionet de mercurialiser son corps pour donner un but au labeur ques'imposent les ouvriers des mines de mercure; il n'est bourgeois quine s'empiffre de chapons truffés et de lafite naviguépour encourager les éleveurs de la Flèche et lesvignerons du Bordelais. À ce métierl'organisme sedélabre rapidementles cheveux tombentles dents sedéchaussentle tronc se déformele ventres'entripaillela respiration s'embarrasseles mouvementss'alourdissentles articulations s'ankylosentles phalanges senouent. D'autrestrop malingres pour supporter les fatigues de ladébauchemais dotés de la bosse du prudhommismedessèchent leur cervelle comme les Garnier de l'économiepolitiqueles Acollas de la philosophie juridique. àélucubrer de gros livres soporifiques pour occuper les loisirsdes compositeurs et des imprimeurs.

Les femmesdu monde vivent une vie de martyr. Pour essayer et faire valoir lestoilettes féeriques que les couturières se tuent àbâtirdu soir au matin elles font la navette d'une robe dansune autre; pendant des heureselles livrent leur tête creuseaux artistes capillaires quià tout prixveulent assouvirleur passion pour l'échafaudage des faux chignons. Sangléesdans leurs corsetsà l'étroit dans leurs bottinesdécolletées à faire rougir un sapeurellestournoient des nuits entières dans leurs bals de charitéafin de ramasser quelques sous pour le pauvre monde. Saintes âmes!

Pourremplir sa double fonction sociale de nonproducteur et desurconsommateurle bourgeois dut non seulement violenter ses goûtsmodestesperdre ses habitudes laborieuses d'il y a deux siècleset se livrer au luxe effrénéaux indigestions trufféeset aux débauches syphilitiquesmais encore soustraire autravail productif une masse énorme d'hommes afin de seprocurer des aides.

Voiciquelques chiffres qui prouvent combien colossale est cettedéperdition de forces productives:

«D'aprèsle recensement de 1861la population de l'Angleterre et du pays deGalles comprenait 20 066 224 personnesdont 9 776 259 du sexemasculin et 10 289 965 du sexe féminin. Si l'on en déduitce qui est trop vieux ou trop jeune pour travaillerles femmeslesadolescents et les enfants improductifspuis les professions"idéologiques" telles que gouvernementpoliceclergémagistraturearméesavantsartistesetc.ensuite les gens exclusivement occupés à manger letravail d'autruisous forme de rente foncièred'intérêtsde dividendesetc.et enfin les pauvresles vagabondslescriminelsetc.il reste en gros huit millions d'individus des deuxsexes et de tout âgey compris les capitalistes fonctionnantdans la productionle commercela financeetc. Sur ces huitmillionson compte:

«Travailleursagricoles (y compris les bergersles valets et les filles de fermehabitant chez le fermier) : 1 098 261;

«Ouvriersdes fabriques de cotonde lainede "worsted"de lindechanvrede soiede dentelle et ceux des métiers àbras : 642 607;

«Ouvriersdes mines de charbon et de métal : 565 835;

«Ouvriersemployés dans les usines métallurgiques (hautsfourneauxlaminoirsetc.) et dans les manufactures de métalde toute espèce : 396 998;

«Classedomestique : 1 208 648.

«Sinous additionnons les travailleurs des fabriques textiles et ceux desmines de charbon et de métalnous obtenons le chiffre de 1208 442; si nous additionnons les premiers et le personnel de toutesles usines et de toutes les manufactures de métalnous avonsun total de 1 039 605 personnes ; c'est-à-dire chaque fois unnombre plus petit que celui des esclaves domestiques modernes. Voilàle magnifique résultat de l'exploitation capitaliste desmachines [15].»

Àtoute cette classe domestiquedont la grandeur indique le degréatteint par la civilisation capitalisteil faut ajouter la classenombreuse des malheureux voués exclusivement à lasatisfaction des goûts dispendieux et futiles des classesrichestailleurs de diamantsdentellièresbrodeusesrelieurs de luxecouturières de luxedécorateurs desmaisons de plaisanceetc. [16].

Une foisaccroupie dans la paresse absolue et démoralisée par lajouissance forcéela bourgeoisiemalgré le malqu'elle en euts'accommoda de son nouveau genre de vie. Avec horreurelle envisagea tout changement. La vue des misérablesconditions d'existence acceptées avec résignation parla classe ouvrière et celle de la dégradation organiqueengendrée par la passion dépravée du travailaugmentaient encore sa répulsion pour toute imposition detravail et pour toute restriction de jouissances.

C'estprécisément alors quesans tenir compte de ladémoralisation que la bourgeoisie s'était imposéecomme un devoir socialles prolétaires se mirent en têted'infliger le travail aux capitalistes. Les naïfsils prirentau sérieux les théories des économistes et desmoralistes sur le travail et se sanglèrent les reins pour eninfliger la pratique aux capitalistes. Le prolétariat arborala devise: "Qui ne travaille pasne mange pas"; Lyonen1831se leva pour du plomb ou du travailles fédérésde mars 1871 déclarèrent leur soulèvement la"Révolution du travail".

Àces déchaînements de fureur barbaredestructive detoute jouissance et de toute paresse bourgeoisesles capitalistes nepouvaient répondre que par la répression férocemais ils savaient ques'ils ont pu comprimer ces explosionsrévolutionnairesils n'ont pas noyé dans le sang deleurs massacres gigantesques l'absurde idée du prolétariatde vouloir infliger le travail aux classes oisives et repuesetc'est pour détourner ce malheur qu'ils s'entourent deprétoriensde policiersde magistratsde geôliersentretenus dans une improductivité laborieuse. On ne peut plusconserver d'illusion sur le caractère des arméesmoderneselles ne se sont maintenues en permanence que pourcomprimer «l'ennemi intérieur»; c'est ainsi queles forts de Paris et de Lyon n'ont pas été construitspour défendre la ville contre l'étrangermais pourl'écraser en cas de révolte. Et s'il fallait un exemplesans réplique citons l'armée de la Belgiquede ce paysde Cocagne du capitalisme; sa neutralité est garantie par lespuissances européenneset cependant son armée est unedes plus fortes proportionnellement à la population. Lesglorieux champs de bataille de la brave armée belge sont lesplaines du Borinage et de Charleroi; c'est dans le sang des mineurset des ouvriers désarmés que les officiers belgestrempent leurs épées et ramassent leurs épaulettes.Les nations européennes n'ont pas des arméesnationalesmais des armées mercenaireselles protègentles capitalistes contre la fureur populaire qui voudrait lescondamner à dix heures de mine ou de filature.

Doncense serrant le ventrela classe ouvrière a développéoutre mesure le ventre de la bourgeoisie condamnée à lasurconsommation.

Pour êtresoulagée dans son pénible travailla bourgeoisie aretiré de la classe ouvrière une masse d'hommes debeaucoup supérieure à celle qui restait consacréeà la production utile et l'a condamnée à sontour à l'improductivité et à la surconsommation.Mais ce troupeau de bouches inutilesmalgré sa voracitéinsatiablene suffit pas à consommer toutes les marchandisesque les ouvriersabrutis par le dogme du travailproduisent commedes maniaquessans vouloir les consommeret sans même songersi l'on trouvera des gens pour les consommer.

Enprésence de cette double folie des travailleursde se tuer desurtravail et de végéter dans l'abstinencele grandproblème de la production capitaliste n'est plus de trouverdes producteurs et de décupler leurs forcesmais de découvrirdes consommateursd'exciter leurs appétits et de leur créerdes besoins factices. Puisque les ouvriers européensgrelottant de froid et de faimrefusent de porter les étoffesqu'ils tissentde boire les vins qu'ils récoltentlespauvres fabricantsainsi que des dératésdoiventcourir aux antipodes chercher qui les portera et qui les boira: cesont des centaines de millions et de milliards que l'Europe exportetous les ansaux quatre coins du mondeà des peuplades quin'en ont que faire [17]. Mais les continents explorés ne sontplus assez vastesil faut des pays vierges. Les fabricants del'Europe rêvent nuit et jour de l'Afriquedu lac saharienduchemin de fer du Soudan; avec anxiétéils suivent lesprogrès des Livingstonedes Stanleydes Du Chailludes deBrazza; bouche béanteils écoutent les histoiresmirobolantes de ces courageux voyageurs. Que de merveilles inconnuesrenferme le «continent noir» ! Des champs sont plantésde dents d'éléphantdes fleuves d'huile de cococharrient des paillettes d'ordes millions de culs noirsnus commela face de Dufaure ou de Girardinattendent les cotonnades pourapprendre la décencedes bouteilles de schnaps et des biblespour connaître les vertus de la civilisation.

Mais toutest impuissant : bourgeois qui s'empiffrentclasse domestique quidépasse la classe productivenations étrangèreset barbares que l'on engorge de marchandises européennes;rienrien ne peut arriver à écouler les montagnes deproduits qui s'entassent plus hautes et plus énormes que lespyramides d'Égypte: la productivité des ouvrierseuropéens défie toute consommationtout gaspillage.Les fabricantsaffolésne savent plus où donner de latêteils ne peuvent plus trouver la matière premièrepour satisfaire la passion désordonnéedépravéede leurs ouvriers pour le travail. Dans nos départementslainierson effiloche les chiffons souillés et à demipourrison en fait des draps dits de "renaissance"quidurent ce que durent les promesses électorales; à Lyonau lieu de laisser à la fibre soyeuse sa simplicité etsa souplesse naturelleon la surcharge de sels minéraux quien lui ajoutant du poidsla rendent friable et de peu d'usage. Tousnos produits sont adultérés pour en faciliterl'écoulement et en abréger l'existence. Notre époquesera appelée l'"âge de la falsification"comme les premières époques de l'humanité ontreçu les noms d'"âge de pierre"d'"âgede bronze"du caractère de leur production. Designorants accusent de fraude nos pieux industrielstandis qu'enréalité la pensée qui les anime est de fournirdu travail aux ouvriersqui ne peuvent se résigner àvivre les bras croisés. Ces falsificationsqui ont pourunique mobile un sentiment humanitairemais qui rapportent desuperbes profits aux fabricants qui les pratiquentsi elles sontdésastreuses pour la qualité des marchandisessi ellessont une source intarissable de gaspillage du travail humainprouvent la philanthropique ingéniosité des bourgeoiset l'horrible perversion des ouvriers quipour assouvir leur vice detravailobligent les industriels à étouffer les crisde leur conscience et à violer même les lois del'honnêteté commerciale.

Etcependanten dépit de la surproduction de marchandisesendépit des falsifications industriellesles ouvriersencombrent le marché innombrablementimplorant: du travail !du travail ! Leur surabondance devrait les obliger à refrénerleur passion; au contraireelle la porte au paroxysme. Qu'une chancede travail se présenteils se ruent dessus; alors c'estdouzequatorze heures qu'ils réclament pour en avoir leursaoulet le lendemain les voilà de nouveau rejetés surle pavésans plus rien pour alimenter leur vice. Tous lesansdans toutes les industriesdes chômages reviennent avecla régularité des saisons. Au surtravail meurtrier pourl'organisme succède le repos absolupendant des deux etquatre mois; et plus de travailplus de pitance. Puisque le vice dutravail est diaboliquement chevillé dans le coeur desouvriers; puisque ses exigences étouffent tous les autresinstincts de la nature; puisque la quantité de travail requisepar la société est forcément limitée parla consommation et par l'abondance de la matière premièrepourquoi dévorer en six mois le travail de toute l'année? Pourquoi ne pas le distribuer uniformément sur les douzemois et forcer tout ouvrier à se contenter de six ou de cinqheures par jourpendant l'annéeau lieu de prendre desindigestions de douze heures pendant six mois ? Assurés deleur part quotidienne de travailles ouvriers ne se jalouserontplusne se battront plus pour s'arracher le travail des mains et lepain de la bouche; alorsnon épuisés de corps etd'espritils commenceront à pratiquer les vertus de laparesse.

Abêtispar leur viceles ouvriers n'ont pu s'élever àl'intelligence de ce fait quepour avoir du travail pour tousilfallait le rationner comme l'eau sur un navire en détresse.Cependant les industrielsau nom de l'exploitation capitalisteontdepuis longtemps demandé une limitation légale de lajournée de travail. Devant la Commission de 1860 surl'enseignement professionnelun des plus grands manufacturiers del'AlsaceM. Bourcartde Guebwillerdéclarait:

«Quela journée de douze heures était excessive et devaitêtre ramenée à onze heuresque l'on devaitsuspendre le travail à deux heures le samedi. Je puisconseiller l'adoption de cette mesure quoiqu'elle paraisse onéreuseà première vue; nous l'avons expérimentéedans nos établissements industriels depuis quatre ans et nousnous en trouvons bienet la production moyenneloin d'avoirdiminuéa augmenté.»

Dans sonétude sur les "machines"M. F. Passy cite la lettresuivante d'un grand industriel belgeM. M. Ottavaere:

«Nosmachinesquoique les mêmes que celles des filatures anglaisesne produisent pas ce qu'elles devraient produire et ce queproduiraient ces mêmes machines en Angleterrequoique lesfilatures travaillent deux heures de moins par jour. [...] Noustravaillons tous "deux grandes heures de trop"; j'ai laconviction que si l'on ne travaillait que onze heures au lieu detreizenous aurions la même production et produirions parconséquent plus économiquement.»

D'un autrecôtéM. Leroy-Beaulieu affirme que «c'est uneobservation d'un grand manufacturier belge que les semaines oùtombe un jour férié n'apportent pas une productioninférieure à celle des semaines ordinaires [18]».

Ce que lepeuplepipé en sa simplesse par les moralistesn'a jamaisoséun gouvernement aristocratique l'a osé. Méprisantles hautes considérations morales et industrielles deséconomistesquicomme les oiseaux de mauvais augurecroassaient que diminuer d'une heure le travail des fabriques c'étaitdécréter la ruine de l'industrie anglaiselegouvernement de l'Angleterre a défendu par une loistrictement observéede travailler plus de dix heures parjour; et après comme avantl'Angleterre demeure la premièrenation industrielle du monde.

La grandeexpérience anglaise est làl'expérience dequelques capitalistes intelligents est làelle démontreirréfutablement quepour puissancer la productivitéhumaineil faut réduire les heures de travail et multiplierles jours de paye et de fêteset le peuple françaisn'est pas convaincu. Mais si une misérable réduction dedeux heures a augmenté en dix ans de près d'un tiers laproduction anglaise [19]quelle marche vertigineuse imprimera àla production française une réduction légale dela journée de travail à trois heures ? Les ouvriers nepeuvent-ils donc comprendre qu'en se surmenant de travaililsépuisent leurs forces et celles de leur progéniture;queusésils arrivent avant l'âge à êtreincapables de tout travail; qu'absorbésabrutis par un seulviceils ne sont plus des hommesmais des tronçons d'hommes;qu'ils tuent en eux toutes les belles facultés pour ne laisserdeboutet luxurianteque la folie furibonde du travail.

Ah ! commedes perroquets d'Arcadie ils répètent la leçondes économistes: «Travaillonstravaillons pouraccroître la richesse nationale.» Ô idiots ! c'estparce que vous travaillez trop que l'outillage industriel sedéveloppe lentement. Cessez de braire et écoutez unéconomiste; il n'est pas un aiglece n'est que M. L. Reybaudque nous avons eu le bonheur de perdre il y a quelques mois:

«C'esten général sur les conditions de la main d'oeuvre quese règle la révolution dans les méthodes dutravail. Tant que la main-d'oeuvre fournit ses services à basprixon la prodigue; on cherche à l'épargner quand sesservices deviennent plus coûteux [20].»

Pourforcer les capitalistes à perfectionner leurs machines de boiset de feril faut hausser les salaires et diminuer les heures detravail des machines de chair et d'os. Les preuves à l'appui ?C'est par centaines qu'on peut les fournir. Dans la filaturelemétier renvideur ("self acting mule") fut inventéet appliqué à Manchesterparce que les fileurs serefusaient à travailler aussi longtemps qu'auparavant.

EnAmériquela machine envahit toutes les branches de laproduction agricoledepuis la fabrication du beurre jusqu'ausarclage des blés: pourquoi ? Parce que l'Américainlibre et paresseux. aimerait mieux mille morts que la vie bovine dupaysan français. Le labouragesi pénible en notreglorieuse Francesi riche en courbaturesestdans l'Ouestaméricainun agréable passe-temps au grand air quel'on prend assisen fumant nonchalamment sa pipe.






4 - ÀNOUVEL AIRCHANSON NOUVELLE


Siendiminuant les heures de travailon conquiert à la productionsociale de nouvelles forces mécaniquesen obligeant lesouvriers à consommer leurs produitson conquerra une immensearmée de forces de travail. La bourgeoisiedéchargéealors de sa tâche de consommateur universels'empressera delicencier la cohue de soldatsde magistratsde figaristesdeproxénètesetc.qu'elle a retirée du travailutile pour l'aider à consommer et à gaspiller. C'estalors que le marché du travail sera débordantc'estalors qu'il faudra une loi de fer pour mettre l'interdit sur letravail: il sera impossible de trouver de la besogne pour cette nuéede ci-devant improductifsplus nombreux que les poux des bois. Etaprès eux il faudra songer à tous ceux qui pourvoyaientà leurs besoins et goûts futiles et dispendieux. Quandil n'y aura plus de laquais et de généraux àgalonnerplus de prostituées libres et mariées àcouvrir de dentellesplus de canons à forerplus de palais àbâtiril faudrapar des lois sévèresimposeraux ouvrières et ouvriers en passementeriesen dentellesenferen bâtimentsdu canotage hygiénique et desexercices chorégraphiques pour le rétablissement deleur santé et le perfectionnement de la race. Du moment queles produits européens consommés sur place ne serontpas transportés au diableil faudra bien que les marinsleshommes d'équipeles camionneurs s'assoient et apprennent àse tourner les pouces. Les bienheureux Polynésiens pourrontalors se livrer à l'amour libre sans craindre les coups depied de la Vénus civilisée et les sermons de la moraleeuropéenne.

Il y aplus. Afin de trouver du travail pour toutes les non-valeurs de lasociété actuelleafin de laisser l'outillageindustriel se développer indéfinimentla classeouvrière devracomme la bourgeoisieviolenter ses goûtsabstinentset développer indéfiniment ses capacitésconsommatrices. Au lieu de manger par jour une ou deux onces deviande coriacequand elle en mangeelle mangera de joyeux biftecksd'une ou deux livres; au lieu de boire modérément dumauvais vinplus catholique que le papeelle boira à grandeset profondes rasades du bordeauxdu bourgognesans baptêmeindustrielet laissera l'eau aux bêtes.

Lesprolétaires ont arrêté en leur têted'infliger aux capitalistes des dix heures de forge et de raffinerie;là est la grande fautela cause des antagonismes sociaux etdes guerres civiles. Défendre et non imposer le travailil lefaudra. Les Rothschildles Say seront admis à faire la preuved'avoir étéleur vie durantde parfaits vauriens; ets'ils jurent vouloir continuer à vivre en parfaits vauriensmalgré l'entraînement général pour letravailils seront mis en carte età leurs mairiesrespectivesils recevront tous les matins une pièce de vingtfrancs pour leurs menus plaisirs. Les discordes socialess'évanouiront. Les rentiersles capitalistestout lespremiersse rallieront au parti populaireune fois convaincus queloin de leur vouloir du malon veut au contraire les débarrasserdu travail de surconsommation et de gaspillage dont ils ont étéaccablés dès leur naissance. Quant aux bourgeoisincapables de prouver leurs titres de vaurienson les laisserasuivre leurs instincts: il existe suffisamment de métiersdégoûtants pour les caser ‹Dufaure nettoierait leslatrines publiques; Galliffet chourinerait les cochons galeux et leschevaux forcineux; les membres de la commission des grâcesenvoyés à Poissymarqueraient les boeufs et lesmoutons à abattre; les sénateursattachés auxpompes funèbresjoueraient les croque-morts. Pour d'autreson trouverait des métiers à portée de leurintelligence. LorgerilBroglieboucheraient les bouteilles dechampagnemais on les musellerait pour les empêcher des'enivrer; FerryFreycinetTirard détruiraient les punaiseset les vermines des ministères et autres auberges publiques.Il faudra cependant mettre les deniers publics hors de la portéedes bourgeoisde peur des habitudes acquises.

Mais dureet longue vengeance on tirera des moralistes qui ont pervertil'humaine naturedes cagotsdes cafardsdes hypocrites «etautres telles sectes de gens qui se sont déguisés pourtromper le monde. Car donnant entendre au populaire commun qu'ils nesont occupés sinon à contemplation et dévotionen jeusnes et mascération de la sensualitésinonvrayement pour sustenter et alimenter la petite fragilité deleur humanité: au contraire font chière. Dieu saitqu'elle ! "et Curios simulant sed Bacchanalia vivunt" [21].Vous le pouvez lire en grosse lettre et enlumineure de leurs rougesmuzeaulx et ventre à poulainesinon quand ils se parfument desouphlre [22]».

Aux joursde grandes réjouissances populairesoùau lieud'avaler de la poussière comme aux 15 août et aux 14juillet du bourgeoisismeles communistes et les collectivistesferont aller les flaconstrotter les jambons et voler les gobeletsles membres de l'Académie des sciences morales et politiquesles prêtres à longue et courte robe de l'égliseéconomiquecatholiqueprotestantejuivepositiviste etlibre penseuseles propagateurs du malthusianisme et de la moralechrétiennealtruisteindépendante ou soumisevêtusde jaunetiendront la chandelle à s'en brûler lesdoigts et vivront en famine auprès des femmes galloises et destables chargées de viandesde fruits et de fleursetmourront de soif auprès des tonneaux débondés.Quatre fois l'anau changement des saisonsainsi que les chiens desrémouleurson les enfermera dans les grandes roues et pendantdix heures on les condamnera à moudre du vent. Les avocats etles légistes subiront la même peine.

En régimede paressepour tuer le temps qui nous tue seconde par secondeil yaura des spectacles et des représentations théâtralestoujours et toujours; c'est de l'ouvrage tout trouvé pour nosbourgeois législateurs. On les organisera par bandes courantles foires et les villagesdonnant des représentationslégislatives. Les générauxen bottes àl'écuyèrela poitrine chamarrée d'aiguillettesde crachatsde croix de la Légion d'honneuriront par lesrues et les placesracolant les bonnes gens. Gambetta et Cassagnacson compèreferont le boniment de la porte. Cassagnacengrand costume de matamoreroulant des yeuxtordant la moustachecrachant de l'étoupe enflamméemenacera tout le mondedu pistolet de son père et s'abîmera dans un trou dèsqu'on lui montrera le portrait de Lullier; Gambetta discourra sur lapolitique étrangèresur la petite Grèce quil'endoctorise et mettrait l'Europe en feu pour filouter la Turquie;sur la grande Russie qui le stultifie avec la compote qu'elle prometde faire avec la Prusse et qui souhaite à l'ouest de l'Europeplaies et bosses pour faire sa pelote à l'Est et étranglerle nihilisme à l'intérieur; sur M. de Bismarckqui aété assez bon pour lui permettre de se prononcer surl'amnistie... puisdénudant sa large bedaine peinte aux troiscouleursil battra dessus le rappel et énumérera lesdélicieuses petites bêtesles ortolansles truffesles verres de margaux et d'yquem qu'il y a engloutonnés pourencourager l'agriculture et tenir en liesse les électeurs deBelleville.

Dans lataraqueon débutera par la "Farce électorale".

Devant lesélecteursà têtes de bois et oreilles d'âneles candidats bourgeoisvêtus en paillassesdanseront ladanse des libertés politiquesse torchant la face et lapostface avec leurs programmes électoraux aux multiplespromesseset parlant avec des larmes dans les yeux des misèresdu peuple et avec du cuivre dans la voix des gloires de la France; etles têtes des électeurs de braire en choeur etsolidement: hi han ! hi han !

Puiscommencera la grande pièce: "Le Vol des biens de lanation".

La Francecapitalisteénorme femellevelue de la face et chauve ducrâneavachieaux chairs flasquesbouffiesblafardesauxyeux éteintsensommeillée et bâillants'allongesur un canapé de velours; à ses piedsle Capitalismeindustrielgigantesque organisme de ferà masque simiesquedévore mécaniquement des hommesdes femmesdesenfants dont les cris lugubres et déchirants emplissent l'air;la Banque à museau de fouineà corps d'hyène etmains de harpielui dérobe prestement les pièces decent sous de la poche. Des hordes de misérables prolétairesdécharnésen haillonsescortés de gendarmesle sabre au clairchassés par des furies les cinglant avecles fouets de la faimapportent aux pieds de la France capitalistedes monceaux de marchandisesdes barriques de vindes sacs d'or etde blé. Langloissa culotte d'une mainle testament deProudhon de l'autrele livre du budget entre les dentsse campe àla tête des défenseurs des biens de la nation et montela garde. Les fardeaux déposésà coups decrosse et de baïonnetteils font chasser les ouvriers etouvrent la porte aux industrielsaux commerçants et auxbanquiers. Pêle-mêleils se précipitent sur letasavalant des cotonnadesdes sacs de blédes lingotsd'orvidant des barriques; n'en pouvant plussalesdégoûtantsils s'affaissent dans leurs ordures et leurs vomissements... Alors letonnerre éclatela terre s'ébranle et s'entrouvrelaFatalité historique surgit; de son pied de fer elle écraseles têtes de ceux qui hoquettenttitubenttombent et nepeuvent plus fuiret de sa large main elle renverse la Francecapitalisteahurie et suante de peur.

Sidéracinant de son coeur le vice qui la domine et avilit sanaturela classe ouvrière se levait dans sa force terriblenon pour réclamer les "Droits de l'homme"qui nesont que les droits de l'exploitation capitalistenon pour réclamerle "Droit au travail"qui n'est que le droit à lamisèremais pour forger une loi d'airaindéfendant àtout homme de travailler plus de trois heures par jourla Terrelavieille Terrefrémissant d'allégressesentiraitbondir en elle un nouvel univers... Mais comment demander à unprolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolutionvirile ?

Comme leChristla dolente personnification de l'esclavage antiqueleshommesles femmesles enfants du Prolétariat gravissentpéniblement depuis un siècle le dur calvaire de ladouleur: depuis un sièclele travail forcé brise leursosmeurtrit leurs chairstenaille leurs nerfs; depuis un sièclela faim tord leurs entrailles et hallucine leurs cerveaux !... ÔParesseprends pitié de notre longue misère ! ÔParessemère des arts et des nobles vertussois le baume desangoisses humaines !






APPENDICE


Nosmoralistes sont gens bien modestes; s'ils ont inventé le dogmedu travailils doutent de son efficacité pour tranquilliserl'âmeréjouir l'esprit et entretenir le bonfonctionnement des reins et autres organes; ils veulent enexpérimenter l'usage sur le populaire "in anima vili"avant de le tourner contre les capitalistesdont ils ont missiond'excuser et d'autoriser les vices.

Maisphilosophes à quatre sous la douzainepourquoi vous battreainsi la cervelle à élucubrer une morale dont vousn'osez conseiller la pratique à vos maîtres ? Votredogme du travaildont vous faites tant les fiersvoulez-vous levoir bafouéhonni ? Ouvrons l'histoire des peuples antiqueset les écrits de leurs philosophes et de leurs législateurs.

« Jene saurais affirmerdit le père de l'histoireHérodotesi les Grecs tiennent des Égyptiens le mépris qu'ilsfont du travailparce que je trouve le même méprisétabli parmi les Thracesles Scythesles PerseslesLydiens; en un mot parce que chez la plupart des barbaresceux quiapprennent les arts mécaniques et même leurs enfantssont regardés comme les derniers des citoyens... Tous lesGrecs ont été élevés dans ces principesparticulièrement les Lacédémoniens [23].»

«ÀAthènesles citoyens étaient de véritablesnobles qui ne devaient s'occuper que de la défense et del'administration de la communautécomme les guerrierssauvages dont ils tiraient leur origine. Devant donc êtrelibres de tout leur temps pour veillerpar leur force intellectuelleet corporelleaux intérêts de la Républiqueilschargeaient les esclaves de tout travail. De même àLacédémoneles femmes mêmes ne devaient ni filerni tisser pour ne pas déroger à leur noblesse [24].»

LesRomains ne connaissaient que deux métiers nobles et libresl'agriculture et les armes; tous les citoyens vivaient de droit auxdépens du Trésorsans pouvoir être contraints depourvoir à leur subsistance par aucun des "sordidoeartes" (ils désignaient ainsi les métiers) quiappartenaient de droit aux esclaves. Brutusl'ancienpour souleverle peupleaccusa surtout Tarquinle tyrand'avoir fait desartisans et des maçons avec des citoyens libres [25].

Lesphilosophes anciens se disputaient sur l'origine des idéesmais ils tombaient d'accord s'il s'agissait d'abhorrer le travail.

«Lanaturedit Platondans son utopie socialedans sa "République"modèlela nature n'a fait ni cordonnierni forgeron; depareilles occupations dégradent les gens qui les exercentvils mercenairesmisérables sans nom qui sont exclus par leurétat même des droits politiques. Quant aux marchandsaccoutumés à mentir et à tromperon ne lessouffrira dans la cité que comme un mal nécessaire. Lecitoyen qui se sera avili par le commerce de boutique sera poursuivipour ce délit. S'il est convaincuil sera condamné àun an de prison. La punition sera double à chaque récidive[26].»

Dans son"Économique"Xénophon écrit:

«Lesgens qui se livrent aux travaux manuels ne sont jamais élevésaux chargeset on a bien raison. La plupartcondamnés àêtre assis tout le jourquelques-uns même àéprouver un feu continuelne peuvent manquer d'avoir le corpsaltéré et il est bien difficile que l'esprit ne s'enressente.»

«Quepeut-il sortir d'honorable d'une boutique ? professe Cicéronet qu'est-ce que le commerce peut produire d'honnête ? Tout cequi s'appelle boutique est indigne d'un honnête homme [...]les marchands ne pouvant gagner sans mentiret quoi de plus honteuxque le mensonge ! Doncon doit regarder comme quelque chose de baset de vil le métier de tous ceux qui vendent leur peine etleur industrie; car quiconque donne son travail pour de l'argent sevend lui-même et se met au rang des esclaves [27].»

Prolétairesabrutis par le dogme du travailentendez-vous le langage de cesphilosophesque l'on vous cache avec un soin jaloux: un citoyen quidonne son travail pour de l'argent se dégrade au rang desesclavesil commet un crimequi mérite des années deprison. La tartuferie chrétienne et l'utilitarisme capitalisten'avaient pas perverti ces philosophes des Républiquesantiques; professant pour des hommes libresils parlaient naïvementleur pensée. PlatonAristoteces penseurs géantsdont nos Cousinnos Caronos Simon ne peuvent atteindre la chevillequ'en se haussant sur la pointe des piedsvoulaient que les citoyensde leurs Républiques idéales vécussent dans leplus grand loisircarajoutait Xénophon«le travailemporte tout le temps et avec lui on n'a nul loisir pour laRépublique et les amis». Selon Plutarquele grand titrede Lycurgue«le plus sage des hommes» àl'admiration de la postéritéétait d'avoiraccordé des loisirs aux citoyens de la République enleur interdisant un métier quelconque [28].

Maisrépondront les BastiatDupanloupBeaulieu et compagnie de lamorale chrétienne et capitalisteces penseurscesphilosophes préconisaient l'esclavage. ‹Parfaitmaispouvait- il en être autrementétant donné lesconditions économiques et politiques de leur époque ?La guerre était l'état normal des sociétésantiques; l'homme libre devait consacrer son temps à discuterles affaires de l'État et à veiller à sadéfense; les métiers étaient alors tropprimitifs et trop grossiers pour queles pratiquanton pûtexercer son métier de soldat et de citoyen; afin de posséderdes guerriers et des citoyensles philosophes et les législateursdevaient tolérer les esclaves dans les Républiqueshéroïques. ‹Mais les moralistes et les économistesdu capitalisme ne préconisent-ils pas le salariatl'esclavagemoderne ? Et à quels hommes l'esclavage capitaliste fait-ildes loisirs ? ‹À des Rothschildà des Schneiderà des Mme Boucicautinutiles et nuisibles esclaves de leursvices et de leurs domestiques.

«Lepréjugé de l'esclavage dominait l'esprit de Pythagoreet d'Aristote»a-t-on écrit dédaigneusement; etcependant Aristote prévoyait que «si chaque outilpouvait exécuter sans sommationou bien de lui-mêmesafonction proprecomme les chefs-d'oeuvre de Dédale semouvaient d'eux-mêmesou comme les trépieds de Vulcainse mettaient spontanément à leur travail sacré;sipar exempleles navettes des tisserands tissaient d'elles-mêmesle chef d'atelier n'aurait plus besoin d'aidesni le maîtred'esclaves».

Le rêved'Aristote est notre réalité. Nos machines au soufflede feuaux membres d'acierinfatigablesà la féconditémerveilleuseinépuisableaccomplissent docilement d'elles-mêmes leur travail sacré; et cependant le géniedes grands philosophes du capitalisme reste dominé par lepréjugé du salariatle pire des esclavages. Ils necomprennent pas encore que la machine est le rédempteur del'humanitéle Dieu qui rachètera l'homme des "sordidoeartes" et du travail salariéle Dieu qui lui donnera desloisirs et la liberté.






NOTES

1. Descartes"Les Passions de l'âme".

2. DocteurBeddoe"Memoirs of the Anthropological Society"; Ch.Darwin"Descent of Man".

3. Lesexplorateurs européens s'arrêtait étonnésdevant la beauté physique et la fière allure des hommesdes peuplades primitivesnon souillés par ce que Pæppigappelait le «souffle empoisonné de la civilisation».Parlant des aborigènes des îles océanienneslordGeorge Campbell écrit: «il n'y a pas de peuple au mondequi frappe davantage au premier abord. Leur peau unie et d'une teintelégèrement cuivréeleurs cheveux doréset bouclésleur belle et joyeuse figureen un mot toute leurpersonneformaient un nouvel et splendide échantillon du"genus homo"; leur apparence physique donnait l'impressiond'une race supérieure à la nôtre.» Lescivilisés de l'ancienne Romeles Césarles Tacitecontemplaient avec la même admiration les Germains des tribuscommunistes qui envahissaient l'Empire romain. - Ainsi que TaciteSalvienle prêtre du Ve sièclequ'on surnommait le"maître des évêques"donnait lesbarbares en exemple aux civilisés et aux chrétiens:«Nous sommes impudiques au milieu des barbaresplus chastesque nous. Bien plusles barbares sont blessés de nosimpudicitésles Goths ne souffrent pas qu'il y ait parmi euxdes débauchés de leur nation; seuls au milieu d'euxpar le triste privilège de leur nationalité et de leurnomles Romains ont le droit d'être impurs. [La pédérastieétait alors en grande mode parmi les païens et leschrétiens...] Les opprimés s'en vont chez les barbareschercher de l'humanité et un abri.» ("DeGubernatione Dei".) La vieille civilisation et le christianismevieilli et la moderne civilisation capitaliste corrompent lessauvages du nouveau monde.

M. F. LePlaydont on doit reconnaître le talent d'observationalorsmême que l'on rejette ses conclusions sociologiquesentachéesde prudhommisme philanthropique et chrétiendit dans sonlivre "Les Ouvriers européens" (1885) : «Lapropension des Bachkirs pour la paresse [les Bachkirs sont despasteurs semi-nomades du versant asiatique de l'Oural]; les loisirsde la vie nomadeles habitudes de méditation qu'elles fontnaître chez les individus les mieux doués communiquentsouvent à ceux-ci une distinction de manièresunefinesse d'intelligence et de jugement qui se remarquent rarement aumême niveau social dans une civilisation plus développée...Ce qui leur répugne le plusce sont les travaux agricoles;ils font tout plutôt que d'accepter le métierd'agriculteur.» L'agriculture esten effetla premièremanifestation du travail servile dans l'humanité. Selon latradition bibliquele premier criminelCaïnest unagriculteur.

4. Leproverbe espagnol dit: "Descansar es salud" (Se reposer estsanté).

5. «ÔMélibéeun Dieu nous a donné cette oisiveté»Virgile"Bucoliques".

6.Évangile selon saint Matthieuchap. VI.

7. Aupremier congrès de bienfaisance tenu à Bruxellesen1857un des plus riches manufacturiers de Marquetteprès deLilleM. Scriveaux applaudissements des membres du congrèsracontaitavec la plus noble satisfaction d'un devoir accompli:«Nous avons introduit quelques moyens de distraction pour lesenfants. Nous leur apprenons à chanter pendant le travailàcompter également en travaillant: cela les distrait et leurfait accepter avec courage "ces douze heures de travail qui sontnécessaires pour leur procurer des moyens d'existence."»‹Douze heures de travailet quel travail ! imposées àdes enfants qui n'ont pas douze ans ! ‹Les matérialistesregretteront toujours qu'il n'y ait pas un enfer pour y clouer ceschrétiensces philanthropesbourreaux de l'enfance.

8.Discours prononcé à la Sociétéinternationale d'études pratiques d'économie sociale deParisen mai 1863et publié dans "L'Economistefrançais" de la même époque.

9. L.-R.Villermé"Tableau de l'état physique et moral desouvriers dans les fabriques de cotonde laine et de soie"1848. Ce n'était pas parce que les Dollfusles Koechlin etautres fabricants alsaciens étaient des républicainsdes patriotes et des philanthropes protestants qu'ils traitaient dela sorte leurs ouvriers; car Blanquil'académicien Reybaudle prototype de Jérôme Paturotet Jules Simonlemaître Jacques politiqueont constaté les mêmesaménités pour la classe ouvrière chez lesfabricants très catholiques et très monarchiques deLille et de Lyon. Ce sont là des vertus capitalistess'harmonisant à ravir avec toutes les convictions politiqueset religieuses.

10. LesIndiens des tribus belliqueuses du Brésil tuent leurs infirmeset leurs vieillards; ils témoignent leur amitié enmettant fin à une vie qui n'est plus réjouie par descombatsdes fêtes et des danses. Tous les peuples primitifsont donné aux leurs ces preuves d'affection: les Massagètesde la mer Caspienne (Hérodote)aussi bien que les Wens del'Allemagne et les Celtes de la Gaule. Dans les églises deSuèdedernièrement encoreon conservait des massuesdites "massues familiales"qui servaient à délivrerles parents des tristesses de la vieillesse. Combien dégénéréssont les prolétaires modernes pour accepter en patience lesépouvantables misères du travail de fabrique !

11. AuCongrès industriel tenu à Berlin le 21 janvier 1879onestimait à 568 millions de francs la perte qu'avait éprouvéel'industrie du fer en Allemagne pendant la dernière crise.

12. "LaJustice"de M. Clemenceau dans sa partie financièredisait le 6 avril 1880: «Nous avons entendu soutenir cetteopinion queà défaut de la Prusseles milliards de laguerre de 1870 eussent été "égalementperdus" pour la Franceet cesous forme d'empruntspériodiquement émis pour l'équilibre des budgetsétrangers; telle est également notre opinion.» Onestime à cinq milliards la perte des capitaux anglais dans lesemprunts des Républiques de l'Amérique du Sud. Lestravailleurs français ont non seulement produit les cinqmilliards payés à M. Bismarck; mais ils continuent àservir les intérêts de l'indemnité de guerre auxOllivieraux Girardinaux Bazaine et autres porteurs de titres derente qui ont amené la guerre et la déroute. Cependantil leur reste une fiche de consolation: ces milliardsn'occasionneront pas de guerre de recouvrement.

13. Sousl'Ancien Régimeles lois de l'Église garantissaient autravailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours fériés)pendant lesquels il était strictement défendu detravailler. C'était le grand crime du catholicismela causeprincipale de l'irréligion de la bourgeoisie industrielle etcommerçante. Sous la Révolutiondès qu'elle futmaîtresseelle abolit les jours fériés etremplaça la semaine de sept jours par celle de dix. Elleaffranchit les ouvriers du joug de l'Église pour mieux lessoumettre au joug du travail.

La hainecontre les jours fériés n'apparaît que lorsque lamoderne bourgeoisie industrielle et commerçante prend corpsentre les XVe et XVIe siècles. Henri IV demanda leur réductionau pape ; il refusa parce que «l'une des hérésiesqui courent le jourd'huiest touchant les fêtes» (lettredu cardinal d'Ossat). Maisen 1666Péréfixearchevêque de Parisen supprima 17 dans son diocèse. Leprotestantismequi était la religion chrétienneaccommodée aux nouveaux besoins industriels et commerciaux dela bourgeoisiefut moins soucieux du repos populaire; il détrônaau ciel les saints pour abolir sur terre leurs fêtes.

La réformereligieuse et la libre pensée philosophique n'étaientque des prétextes qui permirent à la bourgeoisiejésuite et rapace d'escamoter les jours de fête dupopulaire.

14. Cesfêtes pantagruéliques duraient des semaines. Don Rodrigode Lara gagne sa fiancée en expulsant les Maures de Calatravala vieilleet le "Romancero" narre que:

"Lasbodas fueron en Burgos

Lastornabodas en Salas:

En bodas ytornabodas

Pasaronsiete semanas

Tantasvienen de las gentes

Que nocaben por las plazas. . ."

(Les nocesfurent à Burgosles retours de noces à Salas: en noceset retours de nocessept semaines passèrent; tant de gensaccourent que les places ne peuvent les contenir. . . )

Les hommesde ces noces de sept semaines étaient les héroïquessoldats des guerres de l'indépendance.

15. KarlMarx"Le Capital"livre premierch. XV§ 6.

16. «Laproportion suivant laquelle la population d'un pays est employéecomme domestique au service des classes aiséesindique sonprogrès en richesse nationale et en civilisation.» (R.M. Martin "Ireland before and after the Union"1818.)Gambettaqui niait la question socialedepuis qu'il n'étaitplus l'avocat nécessiteux du Café Procopevoulait sansdoute parler de cette classe domestique sans cesse grandissante quandil réclamait l'avènement des nouvelles couchessociales.

17. Deuxexemples: le gouvernement anglaispour complaire aux pays indiensquimalgré les famines périodiques désolant lepayss'entêtent à cultiver le pavot au lieu du riz oudu bléa dû entreprendre des guerres sanglantesafind'imposer au gouvernement chinois la libre introduction de l'opiumindien. Les sauvages de la Polynésiemalgré lamortalité qui en fut la conséquencedurent se vêtiret se saouler à l'anglaisepour consommer les produits desdistilleries de l'Écosse et des ateliers de tissage deManchester.

18. PaulLeroy-Beaulieu"La Question ouvrière au XIVe siècle"1872.

19. Voicid'après le célèbre statisticien R. GiffenduBureau de statistique de Londresla progression croissante de larichesse nationale de l'Angleterre et de l'Irlande: en 1814elleétait de 55 milliards de francs; en 1865elle était de1625 milliards de francsen 1875elle était de 2125milliards de francs.

20. LouisReybaud"Le Cotonson régimeses problèmes"1863.

21. «Ilssimulent des Curius et vivent comme aux "Bacchanales"»(Juvénal) .

22."Pantagruel"livre IIchap. LXXIV.

23.Hérodotet. lltrad. Larcher1876.

24. Biot"De l'abolition de l'esclavage ancien en Occident"1840.

25.Tite-Livelivre premier.

26.Platon"République"livre V.

27.Cicéron"Des devoirs"Itit. llchap. XLII.

28.Platon"République"Vet les "Lois"III; Aristote"Politique"II et VII; Xénophon"Economique"IV et VI; Plutarque"Vie de Lycurgue".