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Jean RacineAthalie

ACTEPREMIER



Scènepremière - JOADABNER.


ABNER
Ouije viens dans son temple adorer l'Eternel ;
Je viensselon l'usage antique et solennel
Célébrer avecvous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loinous fut donnée.
Que les temps sont changés ! Sitôtque de ce jour
La trompette sacrée annonçait leretour
Du templeorné partout de festons magnifiques
Le peuple saint en foule inondait les portiques ;
Et tousdevant l'autel avec ordre introduits
De leurs champs dans leursmains portant les nouveaux fruits
Au Dieu de l'universconsacraient ces prémices.
Les prêtres ne pouvaientsuffire aux sacrifices.
L'audace d'une femmearrêtant ceconcours
En des jours ténébreux a changéces beaux jours.
D'adorateurs zélés à peineun petit nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelqueombre.
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal ;
Oumêmes'empressant aux autels de Baal
Se fait initier àses honteux mystères
Et blasphème le nom qu'ontinvoqué leurs pères.
Je tremble qu'Athalieàne vous rien cacher
Vous-même de l'autel vous faisantarracher
N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

JOAD
D'oùvous vient aujourd'hui ce noir pressentiment ?

ABNER
Pensez-vous être saint et juste impunément ?
Dèslongtemps elle hait cette fermeté rare
Qui rehausse enJoad l'éclat de la tiare :
Dès longtemps votreamour pour la religion
Est traité de révolte et desédition.
Du mérite éclatant cette reinejalouse
Hait surtout Josabetvotre fidèle épouse.
Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur
De notredernier roi Josabet est la soeur.
Mathand'ailleursMathanceprêtre sacrilège
Plus méchant qu'Athalieàtoute heure l'assiège ;
Mathande nos autels infâmedéserteur
Et de toute vertu zélépersécuteur.
C'est peu quele front ceint d'une mitreétrangère
Ce lévite à Baal prêteson ministère ;
Ce temple l'importuneet son impiété
Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté.
Pourvous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente ;
Quelquefoisil vous plaintsouvent même il vous vante ;
Il affectepour vous une fausse douceur
Etpar là de son fielcolorant la noirceur
Tantôt à cette reine il vouspeint redoutable
Tantôtvoyant pour l'or sa soifinsatiable
Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez
Vous cachez des trésors par David amassés.
Enfindepuis deux joursla superbe Athalie
Dans un sombre chagrinparaît ensevelie.
Je l'observais hieret je voyais sesyeux
Lancer sur le lieu saint des regards furieux :
Comme sidans le fond de ce vaste édifice
Dieu cachait un vengeurarmé pour son supplice.
Croyez-moiplus j'y penseetmoins je puis douter
Que sur vous son courroux ne soit prêtd'éclater
Et que de Jézabel la fille sanguinaire
Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

JOAD
Celui qui met un frein à la fureur des flots
Saitaussi des méchants arrêter les complots.
Soumis avecrespect à sa volonté sainte
Je crains DieucherAbneret n'ai point d'autre crainte.
Cependant je rends grâceau zèle officieux
Qui sur tous mes périls vous faitouvrir les yeux.
Je vois que l'injustice en secret vous irrite
Que vous avez encore le coeur israélite
Le ciel ensoit béni ! Mais ce secret courroux
Cette oisive vertuvous en contentez-vous ?
La foi qui n'agit pointest-ce une foisincère ?
Huit ans déjà passésuneimpie étrangère
Du sceptre de David usurpe tous lesdroits
Se baigne impunément dans le sang de nos rois
Des enfants de son fils détestable homicide
Et mêmecontre Dieu lève son bras perfide.
Et vousl'un dessoutiens de ce tremblant Etat
Vousnourri dans les camps dusaint roi Josaphat
Qui sous son fils Joram commandiez nosarmées
Qui rassurâtes seul nos villes alarmées
Lorsque d'Okosias le trépas imprévu
Dispersatout son camp à l'aspect de Jéhu :
«Je crainsDieudites-vous ; sa vérité me touche !»
Voicicomme ce Dieu vous répond par ma bouche :
«Du zèlede ma loi que sert de vous parer ?
Par de stériles voeuxpensez-vous m'honorer ?
Quel fruit me revient-il de tous vossacrifices ?
Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses?
Le sang de vos rois crie et n'est point écouté.
Rompezrompez tout pacte avec l'impiété ;
Dumilieu de mon peuple exterminez les crimes
Et vous viendrezalors m'immoler des victimes.»

ABNER
Hé! que puis-je au milieu de ce peuple abattu ?
Benjamin est sansforceet Juda sans vertu.
Le jour qui de leurs rois vit éteindrela race
Eteignit tout le feu de leur antique audace.
«Dieumêmedisent-ilss'est retiré de nous :
Del'honneur des Hébreux autrefois si jaloux
Il voit sansintérêt leur grandeur terrassée
Et samiséricorde à la fin s'est lassée.
On nevoit plus pour nous ses redoutables mains
De merveilles sansnombre effrayer les humains ;
L'arche sainte est muette et nerend plus d'oracles.»

JOAD
Etquel temps fut jamais si fertile en miracles ?
Quand Dieu parplus d'effets montra-t-il son pouvoir ?
Auras-tu donc toujoursdes yeux pour ne point voir
Peuple ingrat ? Quoi ! toujours lesplus grandes merveilles
Sans ébranler ton coeur frapperonttes oreilles ?
Faut-ilAbnerfaut-il vous rappeler le cours
Des prodiges fameux accomplis en nos jours ?
Des tyransd'Israël les célèbres disgrâces
Et Dieutrouvé fidèle en toutes ses menaces ;
L'impie Achabdétruit et de son sang trempé
Le champ que par lemeurtre il avait usurpé ;
Près de ce champ fatalJézabel immolée
Sous les pieds des chevaux cettereine foulée
Dans son sang inhumain les chiensdésaltérés
Et de son corps hideux lesmembres déchirés ;
Des prophètes menteurs latroupe confondue
Et la flamme du ciel sur l'autel descendue ;
Elie aux éléments parlant en souverain
Lescieux par lui fermés et devenus d'airain
Et la terretrois ans sans pluie et sans rosée ;
Les morts se ranimantà la voix d'Elisée :
ReconnaissezAbneràces traits éclatants
Un Dieu tel aujourd'hui qu'il futdans tous les temps.
Il saitquand il lui plaîtfaireéclater sa gloire
Et son peuple est toujours présentà sa mémoire.

ABNER
Mais où sont ces honneurs à David tant promis
Etprédits même encore à Salomon son fils ?
Hélas! nous espérions que de leur race heureuse
Devait sortirde rois une suite nombreuse ;
Que sur toute tribusur toutenation
L'un d'eux établirait sa domination
Feraitcesser partout la discorde et la guerre
Et verrait à sespieds tous les rois de la terre.

JOAD
Auxpromesses du ciel pourquoi renoncez-vous ?

ABNER
Ceroi fils de Davidoù le chercherons-nous ?
Le ciel mêmepeut-il réparer les ruines
De cet arbre séchéjusque dans ses racines ?
Athalie étouffa l'enfant mêmeau berceau.
Les mortsaprès huit anssortent-ils dutombeau ?
Ah ! si dans sa fureur elle s'était trompée;
Si du sang de nos rois quelque goutte échappée...

JOAD
Hébien ! que feriez-vous ?

ABNER
Ojour heureux pour moi !
De quelle ardeur j'irais reconnaîtremon roi !
Doutez-vous qu'à ses pieds nos tribusempressées...
Mais pourquoi me flatter de ces vainespensées ?
Déplorable héritier de ces roistriomphants
Okosias restait seul avec ses enfants ;
Par lestraits de Jéhu je vis percer le père ;
Vous avez vules fils massacrés par la mère.

JOAD
Jene m'explique point ; maisquand l'astre du jour
Aura surl'horizon fait le tiers de son tour
Lorsque la troisièmeheure aux prières rappelle
Retrouvez-vous au temple avecce même zèle.
Dieu pourra vous montrerpard'importants bienfaits
Que sa parole est stable et ne trompejamais.
Allez : pour ce grand jour il faut que je m'apprête
Et du temple déjà l'aube blanchit le faîte.

ABNER
Quel sera ce bienfait que je ne comprends pas ?
L'illustreJosabet porte vers vous ses pas :
Je sors et vais me joindre àla troupe fidèle
Qu'attire de ce jour la pompe solennelle.


ScèneII. - JOADJOSABET.


JOAD
Les temps sont accomplisprincesse : il faut parler
Etvotre heureux larcin ne se peut plus celer.
Des ennemis de Dieula coupable insolence
Abusant contre lui de ce profond silence
Accuse trop longtemps ses promesses d'erreur.
Que dis-je ? Lesuccès animant leur fureur
Jusque sur notre autel votreinjuste marâtre
Veut offrir à Baal un encensidolâtre.
Montrons ce jeune roi que vos mains ont sauvé
Sous l'aile du Seigneur dans le temple élévé.
De nos princes hébreux il aura le courage
Et déjàson esprit a devancé son âge.
Avant que son destins'explique par ma voix
Je vais l'offrir au Dieu par qui règnentles rois.
Aussitôt assemblant nos lévitesnosprêtres
Je leur déclarerai l'héritier deleurs maîtres.

JOSABET
Sait-il déjà son nom et son noble destin ?

JOAD
Ilne répond encor qu'au nom d'Eliacin
Et se croit quelqueenfant rejeté par sa mère
A qui j'ai par pitiédaigné servir de père.

JOSABET
Hélas ! de quel péril je l'avais su tirer !
Dansquel péril encore est-il prêt de rentrer !

JOAD
Quoi! déjà votre foi s'affaiblit et s'étonne ?

JOSABET
Avos sages conseilsseigneurje m'abandonne.
Du jour quej'arrachai cet enfant à la mort
Je remis en vos mainstout le soin de son sort ;
Mêmede mon amour craignant laviolence
Autant que je le puis j'évite sa présence.
De peur qu'en le voyant quelque trouble indiscret
Ne fasseavec mes pleurs échapper mon secret.
Surtout j'ai crudevoir aux larmesaux prières
Consacrer ces trois jourset ces trois nuits entières.
Cependant aujourd'hui puis-jevous demander
Quels amis vous avez prêts à vousseconder ?
Abnerle brave Abnerviendra-t-il vous défendre?
A-t-il près de son roi fait serment de se rendre ?

JOAD
Abnerquoiqu'on se pût assurer sur sa foi
Ne sait pasmême encor si nous avons un roi.

JOSABET
Mais à qui de Joas confiez-vous la garde ?
Est-ceObedest-ce Amnon que cet honneur regarde ?
De mon pèresu eux les bienfaits répandus...

JOAD
Al'injuste Athalie ils se sont tous vendus.

JOSABET
Qui donc opposez-vous contre ses satellites ?

JOAD
Nevous l'ai-je pas dit ? nos prêtresnos lévites.

JOSABET
Je sais queprès de vous en secret assemblé
Parvos soins prévoyants leur nombre est redoublé ;
Quepleins d'amour pour vousd'horreur pour Athalie
Un sermentsolennel par avance les lie
A ce fils de David qu'on leur doitrévéler.
Maisquelque noble ardeur dont ilspuissent brûler
Peuvent-ils de leur roi venger seuls laquerelle ?
Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle?
Doutez-vous qu'Athalieau premier bruit semé
Qu'unfils d'Okosias est ici renfermé
De ses fiers étrangersassemblant les cohortes
N'environne le temple et n'en brise lesportes ?
Suffira-t-il contre eux de vos ministres saints
Quilevant au Seigneur leurs innocentes mains
Ne savent que gémiret prier pour nos crimes
Et n'ont jamais versé que lesang des victimes ?
Peut-être dans leurs bras Joas percéde coups...

JOAD
Etcomptez-vous pour rien Dieuqui combat pour nous ?
Dieuqui del'orphelin protège l'innocence
Et fait dans la faiblesseéclater se puissance ;
Dieu qui hait les tyrans et quidans Jezraël
Jura d'exterminer Achab et Jézabel ;
Dieuqui frappant Joramle mari de leur fille
A jusque surson fils poursuivi leur famille ;
Dieu dont le bras vengeurpourun temps suspendu
Sur cette race impie est toujours étendu?

JOSABET
Et c'est sur tous ces rois sa justice sévère
Queje crains pour le fils de mon malheureux frère.
Qui saitsi cet enfantpar leur crime entraîné
Avec eux ennaissant ne fut pas condamné ?
Si Dieule séparantd'une odieuse race
En faveur de David voudra lui faire grâce?
Hélas ! l'état horrible où le ciel mel'offrit
Revient à tout moment effrayer mon esprit.
Deprinces égorgés la chambre était remplie ;
Unpoignard à la mainl'implacable Athalie
Au carnageanimait ses barbares soldats
Et poursuivait le cours de sesassassinats.
Joaslaissé pour mortfrappa soudain mavue.
Je me figure encor sa nourrice éperdue
Quidevant les bourreaux s'était jetée en vain
Etfaiblele tenait renversé sur son sein.
Je le pris toutsanglant. En baignant son visage
Mes pleurs du sentiment luirendirent l'usage ;
Etsoit frayeur encoreou pour me caresser
De ses bras innocents je me sentis presser.
Grand Dieu ! quemon amour ne lui soit point funeste !
Du fidèle Davidc'est le précieux reste.
Nourri dans ta maisonen l'amourde ta loi
Il ne connaît encore d'autre père quetoi.
Sur le point d'attaquer une reine homicide
A l'aspectdu péril si ma foi s'intimide
Si la chair et le sangsetroublant aujourd'hui
Ont trop de part aux pleurs que je répandspour lui
Conserve l'héritier de tes saintes promesses
Et ne punis que moi de toutes mes faiblesses.

JOAD
VoslarmesJosabetn'ont rien de criminel :
Mais Dieu veut qu'onespère en son soin paternel.
Il ne recherche pointaveugle en sa colère
Sur le fils qui le craint l'impiétédu père.
Tout ce qui reste encor de fidèles Hébreux
Lui viendront aujourd'hui renouveler leurs voeux.
Autant quede David la race est respectée
Autant de Jézabella fille est détestée.
Joas les touchera par sanoble pudeur
Où semble de son sang reluire la splendeur ;
Et Dieupar sa voix même appuyant notre exemple
Deplus près à leur coeur parlera en son temple.
Deuxinfidèles rois tour à tour l'ont bravé :
Ilfaut que sur le trône un roi soit élevé
Quise souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres
Dieu l'afait remonter par la main de ses prêtres
L'a tirépar leur main de l'oubli du tombeau
Et de David éteintrallumé le flambeau.
Grand Dieusi tu prévoisqu'indigne de sa race
Il doive de David abandonner la trace
Qu'il soit comme le fuit en naissant arraché
Ou qu'unsouffle ennemi dans sa fleur a séché.
Mais si cemême enfantà tes ordres docile
Doit être àtes desseins un instrument utile
Fais qu'au juste héritierle sceptre soit remis ;
Livre en mes faibles mains ses puissantsennemis ;
Confonds dans ses conseils une reine cruelle.
Daignedaignemon Dieusur Mathan et sur elle
Répandre cetesprit d'imprudence et d'erreur
De la chute des rois funesteavant-coureur !
L'heure me presseadieu. Des plus saintesfamilles
Votre fils et sa soeur vous amènent les filles.


ScèneIII. - JOSABETZACHARIESALOMITHle choeur.


JOSABET
Cher Zacharieallezne vous arrêtez pas ;
De votreauguste père accompagnez les pas.
O filles de Lévitroupe jeune et fidèle
Que déjà le Seigneurembrase de son zèle
Qui venez si souvent partager messoupirs
Enfantsma seule joie en mes longs déplaisirs
Ces festons en vos mainset ces fleurs sur vos têtes
Autrefois convenaient à nos pompeuses fêtes.
Maishélas ! en ces temps d'opprobre et de douleurs
Quelleoffrande sied mieux que celles de nos pleurs ?
J'entends déjàj'entends la trompette sacrée
Et du temple bientôton permettra l'entrée.
Tandis que je me vais préparerà marcher
Chantezlouez le Dieu que vous venez chercher.


ScèneIV. - Le choeur.


(Toutle choeur chante.)
Tout l'univers est plein de sa magnificence.
Qu'on adore ce Dieuqu'on l'invoque à jamais !
Sonempire a des temps précédé la naissance ;
Chantonspublions ses bienfaits.

(Une voixseule.)
En vain l'injuste violence
Au peuple qui le loueimposerait silence :
Son nom ne périra jamais.
Le jourannonce au jour sa gloire et sa puissance
Tout l'univers estplein de sa magnificence :
Chantonspublions ses bienfaits.

(Tout lechoeur répète.)
Tout l'univers est plein de samagnificence :
Chantonspublions ses bienfaits.

(Une voixseule.)
Il donne aux fleurs leur aimable peinture :
Il faitnaître et mourir les fruits ;
Il leur dispense avec mesure
Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits ;
Lechamp qui les reçut les rend avec usure.

(Uneautre.)
Il commande au soleil d'animer la nature
Et lalumière est un nom de ses mains ;
Mais sa loi saintesaloi pure
Est le plus riche don qu'il ait fait aux humains.

(Uneautre.)
O mont de Sinaïconserve la mémoire
Dece jour à jamais auguste et renommé
Quandsur tonsommet enflammé
Dans un nuage épais le Seigneurenfermé
Fit luire aux yeux mortels un rayon de sa gloire.
Dis-nous pourquoi ces feux et ces éclairs
Cestorrents de fuméeet ce bruit dans les airs
Cestrompettes et ce tonnerre ?
Venait-il renverser l'ordre deséléments ?
Sur ses antiques fondements
Venait-ilébranler la terre ?

(Uneautre.)
Il venait révéler aux enfants des Hébreux
De ses préceptes saints la lumière immortelle :
Ilvenait à ce peuple heureux
Ordonner de l'aimer d'une amouréternelle.

(Tout lechoeur.)
O divineô charmante loi !
O justiceôbonté suprême !
Que de raisonsquelle douceurextrême
D'engager à ce Dieu son amour et sa foi !

(Une voixseule.)
D'un joug cruel il sauva nos aïeux
Les nourritau désert d'un pain délicieux.
Il nous donne sesloisil se donne lui-même.
Pour tant de biensil commandequ'on l'aime.

(Lechoeur.)
O justiceô bonté suprême !

(La mêmevoix.)
Des mers pour eux il entr'ouvrit les eaux ;
D'un ariderocher fit sortir des ruisseaux.
Il nous donne ses loisil sedonne lui-même.
Pour tant de biensil commande qu'onl'aime.

(Lechoeur.)
O divineô charmante loi !
Que de raisonsquelle douceur extrême
D'engager à ce Dieu son amouret sa foi !

(Une autrevoixseule.)
Vous qui ne connaissez qu'une crainte servile
Ingratsun Dieu si bon ne peut-il vous charmer ?
Est-il doncà vos coeursest-il si difficile
Et si pénible del'aimer ?
L'esclave craint le tyran qui l'outrage ;
Mais desenfants l'amour est le partage.
Vous voulez que ce Dieu vouscomble de bienfaits
Et ne l'aimer jamais ?

(Tout lechoeur.)
O divineô charmante loi !
O justiceôbonté suprême !
Que de raisonsquelle douceurextrême
D'engager à ce Dieu son amour et sa foi !




ACTEII

Scène première. - JOSABETSALOMITHle choeur.


JOSABET
Mes fillesc'est assez ; suspendez vos cantiques.
Il esttemps de nous joindre aux prières publiques.
Voici notreheure : allons célébrer ce grand jour
Et devant leSeigneur paraître à notre tour.


ScèneII. - JOSABETZACHARIESALOMITHle choeur.


JOSABET
Mais que vois-je ? Mon filsquel sujet vous ramène ?
Oùcourez-vous ainsi tout pâle et hors d'haleine ?

ZACHARIE
O ma mère !

JOSABET
Hé bien ! quoi ?

ZACHARIE
Le temple est profané.

JOSABET
Comment ?

ZACHARIE
Et du Seigneur l'autel abandonné.

JOSABET
Je tremble. Hatez-vous d'éclaircir votre mère.

ZACHARIE
Déjàselon la loile grand prêtre mon père
Après avoir au Dieu qui nourrit les humains
De lamoisson nouvelle offert les premiers pains
Lui présentaitencore entre ses mains sanglantes
Des victimes de paixlesentrailles fumantes ;
Debout à ses côtés lejeune Eliacin
Comme moi le servait en long habit de lin ;
Etcependant du sang de la chair immolée
Les prêtrearrosaient l'autel et l'assemblée.
Un bruit confuss'élèveet du peuple surpris
Détourne toutà coup les yeux et les esprits.
Une femme... peut-on lanommer sans blasphème ?
Une femme... c'étaitAthalie elle-même.

JOSABET
Ciel !

ZACHARIE
Dans un des parvisaux hommes réservé
Cettefemme superbe entrele front levé
Et se préparaitmême à passer les limites
De l'enceinte sacréeouverte aux seuls lévites.
Le peuple s'épouvante etfuit de toutes parts.
Mon père... Ah ! quel courrouxanimait ses regards !
Moïse à Pharaon parut moinsformidable :
« Reinesorsa-t-il ditde ce lieuredoutable
D'où te bannit ton sexe et ton impiété.
Viens-tu du Dieu vivant braver la majesté ? »
Lareine alorssur lui jetant un oeil farouche
Pour blasphémersans doute ouvrait déjà la bouche.
J'ignore si deDieu l'ange se dévoilant
Est venu lui montrer un glaiveétincelant ;
Mais sa langue en sa bouche àl'instant s'est glacée
Et toute son audace a paruterrassée ;
Ses yeuxcomme effrayésn'osaient sedétourner ;
Surtout Eliacin paraissait l'étonner.

JOSABET
Quoi donc ? Eliacin a paru devant elle ?

ZACHARIE
Nous regardions tous deux cette reine cruelle
Et d'une égalehorreur nos coeurs étaient frappés.
Mais lesprêtres bientôt nous ont enveloppés.
On nous afait sortir. J'ignore tout le reste
Et venais vous conter cedésordre funeste.

JOSABET
Ah ! de nos bras sans doute elle vient l'arracher ;
Et c'estlui qu'à l'autel sa fureur vient chercher.
Peut-êtreen ce moment l'objet de tant de larmes...
Souviens-toi de DavidDieuqui vois mes alarmes.

SALOMITH
Quel est-ilcet objet des pleurs que vous versez ?

ZACHARIE
Les jours d'Eliacin seraient-ils menacés ?

SALOMITH
Aurait-il de la reine attiré la colère ?

ZACHARIE
Que craint-on d'un enfant sans support et sans père ?

JOSABET
Ah ! la voici. Sortons : il la faut éviter.


ScèneIII. - ATHALIEABNERAGARsuite d'Athalie.


AGAR
Madamedans ces lieux pourquoi vous arrêter ?
Ici tousles objets vous blessentvous irritent.
Abandonnez ce temple auxprêtres qui l'habitent :
Fuyez tout ce tumulteet dansvotre palais
A vos sens agités venez rendre la paix.

ATHALIE
Nonje ne puis : tu vois mon trouble et ma faiblesse.
Vafais dire à Mathan qu'il viennequ'il se presse ;
Heureusesi je puis trouver par son secours
Cette paix que je cherche etqui me fuit toujours.
(Elle s'assied.)


ScèneIV. - ATHALIEABNERsuite d'Athalie.


ABNER
Madamepardonnz si j'ose le défendre.
Le zèlede JOAD n'a point dû vous surprendre.
Du Dieu que nousservons tel est l'ordre éternel.
Lui-mêmeil noustraça son temple et son autel
Aux seuls enfants d'Aaroncommit ses sacrifices
Aux lévites marqua leur place etleurs offices
Et surtout défendit à leur postérité
Avec tout autre Dieu toute société.
Héquoi ! vous de nos rois et la femme et la mère
Etes-vousà ce point parmi nous étrangère ?
Ignorez-vousnos lois ? et faut-il qu'aujourd'hui...
Voici votre Mathan : jevous laisse avec lui.

ATHALIE
Votre présenceAbnerest ici nécessaire.
Laissons-là de Joad l'audace téméraire
Ettout ce vain amas de superstitions
Qui ferment votre temple auxautres nations.
Un sujet plus pressant excite mes alarmes.
Jesais quedès l'enfance élevé dans les armes
Abner a le coeur nobleet qu'il rend à la fois
Cequ'il doit à son Dieuce qu'il doit à ses rois.
Demeurez.


ScèneV. - MATHANATHALIEABNERsuite d'Athalie.


MATHAN
Grande reineest-ce ici votre place ?
Quel trouble vousagiteet quel effroi vous glace ?
Parmi vos ennemis quevenez-vous chercher ?
De ce temple profane osez-vous approcher ?
Avez-vous dépouillé cette haine si vive...

ATHALIE
Prêtez-moi l'un et l'autre une oreille attentive.
Je neveux point ici rappeler le passé
Ni vous rendre raison dusang que j'ai versé.
Ce que j'ai faitAbnerj'ai cru ledevoir faire.
Je ne prends point pour juge un peuple téméraire:
Quoi que son insolence ait osé publier
Le ciel mêmea pris soin de me justifier.
Sur d'éclatants succèsma puissance établie
A fait jusqu'au deux mers respecterAthalie ;
Par moi Jérusalem goûte un calme profond :
Le Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond
Ni l'altierPhilistinpar d'éternels ravages
Comme au temps de vosroisdésoler ses rivages ;
Le Syrien me traite et dereine et de soeur ;
Enfinde ma maison le perfide oppresseur
Qui devait jusqu'à moi pousser sa barbarie
Jéhule fier Jéhutremble dans Samarie.
De toutes parts pressépar un puissant voisin
Que j'ai su soulever contre cet assassin
Il me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.
Jejouissais en paix du fruit de ma sagesse ;
Mais un troubleimportun vientdepuis quelques jours
De mes prospéritésinterrompre le cours.
Un songe (me devrais-je inquiéterd'un songe ?)
Entretient dans mon coeur un chagrin qui le ronge.
Je l'évite partoutpartout il me poursuit.
C'étaitpendant l'horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jézabeldavant moi s'est montrée
Comme au jour de sa mortpompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu safierté ;
Même elle avait encor cet éclatemprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner sonvisage
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
«Tremblem'a-t-elle ditfille digne de moi ;
Le cruelDieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomberdans ses mains redoutables
Ma fille.» En achevant ces motsépouvantables
Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;
Et moije lui tendais les mains pour l'embrasser.
Mais jen'ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os et dechairs meurtris et traînés dans la fange
Deslambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiensdévorants se disputaient entre eux.

ABNER
Grand Dieu !

ATHALIE
Dans ce désordre à mes yeux se présente
Unjeune enfant couvert d'une robe éclatante
Tels qu'on voitdes Hébreux les prêtres revêtus.
Sa vue aranimé mes esprits abattus ;
Maislorsque revenant de montrouble funeste
J'admirais sa douceurson air noble et modeste
J'ai senti tout à coup un homicide acier
Que letraître en mon sein a plongé tout entier.
De tantd'objets divers le bizarre assemblage
Peut-être du hasardvous paraît un ouvrage.
Moi-même quelque tempshonteuse de ma peur
Je l'ai pris pour l'effet d'une sombrevapeur.
Mais de ce souvenir mon âme possédée
A deux fois en dormant revu la même idée ;
Deuxfois mes tristes yeux se sont vu retracer
Ce même enfanttoujours tout prêt à me percer.
Lasse enfin deshorreurs dont j'étais poursuivie
J'allais prier Baal deveiller sur ma vie
Et chercher du repos au pied de ses autels.
Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels !
Dans letemple des Juifs un instinct m'a poussée
Et d'apaiserleur Dieu j'ai conçu la pensée ;
J'ai cru que desprésents calmeraient son courroux
Que ce Dieuquel qu'ilsoiten deviendrait plus doux.
Pontife de Baalexcusez mafaiblesse.
J'entre : le peuple fuitle sacrifice cesse
Legrand prêtre vers moi s'avance avec fureur.
Pendant qu'ilme parlaitô surprise ! ô terreur !
J'ai vu ce mêmeenfant dont je suis menacée
Tel qu'un songe effrayant l'apeint à ma pensée.
Je l'ai vuson même airson même habit de lin
Sa démarcheses yeuxettous ses traits enfin ;
C'est lui-même. Il marchait àcôté du grand prêtre
Mais bientôt àma vue on l'a fait disparaître.
Voilà quel troubleici m'oblige à m'arrêter
Et sur quoi j'ai voulutous deux vous consulter.
Que présageMathance prodigeincroyable ?

MATHAN
Cesonge et ce rapporttout me semble effroyable.

ATHALIE
Mais cet enfant fatalAbnervous l'avez vu :
Quel est-il ?de quel sang ? et de quelle tribu ?

ABNER
Deux enfants à l'autel prêtaient leur ministère:
L'un est fils de JoadJosabet est sa mère ;
L'autrem'est inconnu.

MATHAN
Pourquoi délibérer ?
De tous les deuxmadameil se faut assurer.
Vous savez pour Joad mes égardsmesmesures
Que je ne cherche point à venger mes injures
Que la seule équité règne en tous mes avis ;
Mais lui-mêmeaprès toutfût-ce son proprefils
Voudrait-il un moment laisser vivre un coupable ?

ABNER
Dequel crime un enfant peut-il être capable ?

MATHAN
Leciel nous le fait voir un poignard à la main :
Le ciel estjuste et sage et ne fait rien en vain.
Que cherchez-vous de plus?

ABNER
Maissur la foi d'un songe
Dans le sang d'un enfantvoulez-vous qu'on se plonge ?
Vous ne savez encor de quel pèreil est né
Quel il est.

MATHAN
Onle crainttout est examiné.
A d'illustres parents s'ildoit son origine
La spendeur de son sort doit hâter saruine.
Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé
Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé ?
Est-ceaux rois à garder cette lente justice ?
Leur sûretésouvent dépend d'un prompt supplice.
N'allons point lesgêner d'un soin embarrassant ;
Dès qu'on leur estsuspecton n'est plus innocent.

ABNER
Héquoi ! Mathand'un prêtre est-ce là le langage ?
Moinourri dans la guerre aux horreurs du carnage
Des vengeances desrois ministre rigoureux
C'est moi qui prête ici ma voix aumalheureux !
Et vousqui lui devez des entrailles de père
Vousministre de paix dans les temps de colère
Couvrantd'un zèle faux votre ressentiment
Le sang à votregré coule trop lentement !
Vous m'avez commandé deparler sans feinte
Madame : quel est donc ce grand sujet decrainte ?
Un songeun faible enfant que votre oeil prévenu
Peut-être sans raison croit avoir reconnu.

ATHALIE
Je le veux croireAbner ; je puis m'être trompée.
Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée.
Hé bien ! il faut revoir cet enfant de plus près ;
Il en faut à loisir examiner les traits.
Qu'on lesfasse tous deux paraître en ma présence.

ABNER
Jecrains...

ATHALIE
Manquerait-on pour moi de complaisance ?
De ce refus bizarreoù seraient les raisons ?
Il pourrait me jeter end'étranges soupçons.
Que Josabetvous dis-jeouJoad les amène ;
Je puisquand je voudraiparler ensouveraine.
Vos prêtresje veux bienAbnervousl'avouer
Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer.
Jesais sur ma conduite et contre ma puissance
Jusqu'où deleurs discours ils portent la licence.
Ils vivent cependantetleur temple est debout
Mais je sens que bientôt ma douceurest à bout.
Que JOAD mette un frein à son zèlesauvage
Et ne m'irrite point par un second outrage.
Allez.


ScèneVI. - ATHALIEMATHANsuite d'Athalie.


MATHAN
Enfin je puis parler en liberté ;
Je puis dans toutson jour mettre la vérité.
Quelque monstre naissantdans ce temple s'élève
Reine : n'attendez pas quele nuage crève.
Abner chez le grand prêtre a devancéle jour.
Pour le sang de ses rois vous savez son amour.
Etqui sait si Joad ne veut point en leur place
Substituer l'enfantdont le ciel vous menace
Soit son filssoit quelque autre...

ATHALIE
Ouivous m'ouvrez les yeux.
Je commence à voir clairdans cet avis des cieux.
Mais je veux de mon doute êtredébarrassée.
Un enfant est peu propre àtrahir sa pensée ;
Souvent d'un grand dessein un mot nousfait juger.
Laissez-moicher Mathanle voirl'interroger.
Vouscependantallezet sans jeter d'alarmes
A tous mesTyriens faites prendre les armes.


ScèneVII. - JOASJOSABETATHALIEZACHARIEABNERSALOMITH
deuxlévitesle choeursuite d'Athalie.


JOSABETaux deux lévites.
O voussur ces enfants si cherssiprécieux
Ministres du Seigneurayez toujours les yeux.

ABNERàJosabet.
Princesseassurez-vousje les prends sous ma garde.

ATHALIE
Ociel ! plus j'examine et plus je le regarde
C'est lui !D'horreur encor tous mes sens sont saisis.
(Montrant Joas.)
Epouse de Joadest-ce là votre fils ?

JOSABET
Qui ? luimadame ?

ATHALIE
Lui.

JOSABET
Je ne suis point sa mère.
(Montrant Zacharie.)
Voilàmon fils.

ATHALIEàJoas.
Et vousquel est donc votre père ?
Jeuneenfantrépondez.

JOSABET
Le ciel jusqu'aujourd'hui...

ATHALIE
Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui ?
C'està lui de parler.

JOSABET
Dans un âge si tendre
Quel éclaircissement enpouvez-vous attendre ?

ATHALIE
Cet âge est innocent : son ingénuité
N'altère point encor la simple vérité.
Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le touche.

JOSABETtout bas.
Daigne mettregrand Dieuta sagesse en sa bouche.

ATHALIE
Comment vous nommez-vous ?

JOAS
J'ainom Eliacin.

ATHALIE
Votre père ?

JOAS
Jesuisdit-onun orphelin.
Entre les bras de Dieu jeté dèsma naissance
Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.

ATHALIE
Vous êtes sans parents ?

JOAS
Ilsm'ont abandonné.

ATHALIE
Comment ? et depuis quand ?

JOAS
Depuis que je suis né.

ATHALIE
Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre ?

JOAS
Cetemple est mon pays : je n'en connais point d'autre.

ATHALIE
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ?

JOAS
Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.

ATHALIE
Qui vous mit dans ce temple ?

JOAS
Unefemme inconnue
Qui ne dit point son nomet qu'on n'a pointrevue.

ATHALIE
Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin ?

JOAS
Dieulaissa-t-il jamais ses enfants au besoin ?
Aux petits des oiseauxil donne leur pâture
Et sa bonté s'étend surtoute la nature.
Tous les jours je l'invoqueet d'un soinpaternel
Il me nourrit des dons offerts sur son autel.

ATHALIE
Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse ?
La douceurde sa voixson enfancesa grâce
Font insensiblement àmon inimitié
Succéder... Je serais sensible àla pitié ?

ABNER
Madamevoilà donc cet ennemi terrible.
De vos songesmenteurs l'imposture est visible
A moins que la pitié quisemble vous troubler
Ne soit ce coup fatal qui vous faisaittrembler.

ATHALIEàJoas et à Josabet.
Vous sortez ?

JOSABET
Vous avez entendu sa fortune.
Sa présence à lafin pourrait être importune.

ATHALIEàJoas.
Non : revenez. Quel est tous les jours votre emploi ?

JOAS
J'adore le Seigneur ; on m'explique sa loi ;
Dans son livredivin on m'apprend à la lire
Et déjà de mamain je commence à l'écrire.

ATHALIE
Que vous dit cette loi ?

JOAS
QueDieu veut être aimé
Qu'il venge tôt ou tardson saint nom blasphémé
Qu'il est le défenseurde l'orphelin timide
Qu'il résiste au superbe et punitl'homicide.

ATHALIE
J'entends. Mais tout ce peuple enfermé en ce lieu
Aquoi s'occupe-t-il ?

JOAS
Illoueil bénit Dieu.

ATHALIE
Dieu veut-il qu'à toute heure on prieon le contemple ?

JOAS
Toutprofane exercice est banni de son temple.

ATHALIE
Quels sont donc vos plaisirs ?

JOAS
Quelquefois à l'autel
Je présente au grandprêtre ou l'encens ou le sel ;
J'entends chanter de Dieules grandeurs infinies ;
Je vois l'ordre pompeux de sescérémonies.

ATHALIE
Hé quoi ! vous n'avez point de passe-temps plus doux ?
Jeplains le triste sort d'un enfant tel que vous.
Venez dans monpalaisvous y verrez ma gloire.

JOAS
Moi! des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire ?

ATHALIE
Nonje ne vous veux pas contraindre à l'oublier.

JOAS
Vousne le priez point.

ATHALIE
Vous le pourrez prier.

JOAS
Jeverrais cependant en invoquer un autre.

ATHALIE
J'ai mon Dieu que je sers ; vous servirez le vôtre :
Cesont deux puissants dieux.

JOAS
Ilfaut craindre le mien ;
Lui seul est Dieumadameet le vôtren'est rien.

ATHALIE
Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule.

JOAS
Lebonheur des méchants comme un torrent s'écoule.

ATHALIE
Ces méchantsqui sont-ils ?

JOSABET
Hé ! madameexcusez
Un enfant...

ATHALIEàJosabet.
J'aime à voir comme vous l'instruisez.
EnfinEliacinvous avez su me plaire ;
Vous n'êtes point sansdoute un enfant ordinaire.
Vous voyezje suis reineet n'aipoint d'héritier.
Laissez là cet habitquittez cevil métier ;
Je veux vous faire part de toutes mesrichesses ;
Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses.
A ma tablepartoutà mes côtés assis
Jeprétends vous traiter comme mon propre fils.

JOAS
Comme votre fils ?

ATHALIE
Oui... Vous vous taisez ?

JOAS
Quelpère je quitterais ! Et pour...

ATHALIE
Hé bien ?

JOAS
Pourquelle mère !

ATHALIEàJosabet.
Sa mémoire est fidèleet dans tout cequ'il dit
De vous et de Joad je reconnais l'esprit.
Voilàcommeinfectant cette simple jeunesse
Vous employez tous deuxle calme où je vous laisse.
Vous cultivez déjàleur haine et leur fureur ;
Vous ne leur prononcez mon nomqu'avec horreur.

JOSABET
Peut-on de nos malheurs leur dérober l'histoire ?
Tousl'univers les sait ; vous-même en faites gloire.

ATHALIE
Ouima juste fureuret j'en fais vanité
A vengémes parents sur ma postérité.
J'aurais vu massacreret mon père et mon frère
Du haut de son palaisprécipiter ma mère
Et dans un même jourégorger à la fois
(Quel spectacle d'horreur !)quatre-vingts fils de rois :
Et pourquoi ? Pour venger je ne saisquels prophètes
Dont elle avait puni les fureursindiscrètes :
Et moireine sans coeurfille sans amitié
Esclave d'une lâche et frivole pitié
Jen'aurais pas du moins à cette aveugle rage
Rendu meurtrepour meurtreoutrage pour outrage
Et de votre David traitétous les neveux
Comme on traitait d'Achab les restes malheureux ?
Où serais-je aujourd'huisidomptant ma faiblesse
Jen'eusse d'une mère étouffé la tendresse ;
Side mon propre sang ma main versant des flots
N'eût par cecoup hardi réprimé vos complots ?
Enfin de votreDieu l'implacable vengeance
Entre nos deux maisons rompit toutealliance.
David m'est en horreuret les fils de ce roi
Quoiquenés de mon sangsont étrangers pour moi.

JOSABET
Tout vous a réussi ? Que Dieu voie et nous juge.

ATHALIE
Ce Dieudepuis longtemps votre unique refuge
Que deviendral'effet de ses prédictions ?
Qu'il vous donne ce roipromis aux nations
Cet enfant de Davidvotre espoirvotreattente...
Mais nous nous reverrons. Adieu. Je sors contente :
J'ai voulu voirj'ai vu.

ABNERàJosabet.
Je vous l'avais promis :
Je vous rends le dépôtque vous m'avez commis.


ScèneVIII. - JOADJOSABETJOASZACHARIEABNERSALOMITH
lévitesle choeur.


JOSABETà Joad.
Avez-vous entendu cette superbe reine
Seigneur?

JOAD
J'entendais toutet plaignais votre peine.
Ces léviteset moiprêts à vous secourir
Nous étionsavec vous résolus de périr.
(A Joasenl'embrassant.)
Que Dieu veille sur vousenfant dont le courage
Vient de rendre à son nom le noble témoignage.
JereconnaisAbnerce service important.
Souvenez-vous de l'heureoù Joad vous attend.
Et nousdont cette femme impie etmeurtrière
A souillé les regards et troubléla prière
Rentronset qu'un sang purpar mes mainsépanché
Lave jusques au marbre où ses pasont touché.


ScèneIX. - Le choeur.


(Unedes filles du choeur.)
Quel astre à nos yeux vient deluire ?
Quel sera quelque jour cet enfant merveilleux ?
Ilbrave le faste orgueilleux
Et ne se laisse point séduire
A tous ses attraits périlleux.

(Uneautre.)
Pendant que du dieu d'Athalie
Chacun court encenserl'autel
Un enfant courageux publie
Que Dieu lui seul estéternel
Et parle comme un autre Elie
Devant cetteautre Jézabel.

(Uneautre.)
Qui nous révélera ta naissance secrète
Cher enfant ? Es-tu fils de quelque saint prophète ?

(Uneautre.)
Ainsi l'on vit l'aimable Samuel
Croître àl'ombre du tabernacle.
Il devint des Hébreux l'espéranceet l'oracle.
Puisses-tucomme luiconsoler Israël !

(Une autrechante.)
O bienheureux mille fois
L'enfant que le Seigneuraime
Qui de bonne heure entend sa voix
Et que ce Dieudaigne instruire lui-même !
Loin du monde élevéde tous les dons des cieux
Il est orné dès sanaissance ;
Et du méchant l'abord contagieux
N'altèrepoint son innocence.

(Tout lechoeur.)
Heureuseheureuse enfance
Que le Seigneur instruitet prend sous sa défense !

(La mêmevoixseule.)
Tel en un secret vallon
Sur le bord d'une ondepure
Croîtà l'abri de l'aquilon
Un jeunelisl'amour de la nature
Loin du monde élevédetous les dons des cieux
Il est orné dès sanaissance ;
Et du méchant l'abord contagieux
N'altèrepoint son innocence.

(Tout lechoeur.)
Heureuxheureux mille fois
L'enfant que le Seigneurrend docile à ses lois !

(Une voixseule.)
Mon Dieuqu'une vertu naissante
Parmi tant de périlsmarche à pas incertains !
Qu'une âme qui te chercheet veut être innocente
Trouve d'obstacle à tesdesseins !
Que d'ennemis lui font la guerre !
Où sepeuvent cacher tes saints ?
Les pécheurs couvrent laterre.

(Uneautre.)
O palais de Davidet sa chère cité
Montfameuxque Dieu même a longtemps habité
Commentas-tu du ciel attiré la colère ?
SionchèreSionque dis-tu quand tu vois
Une impie étangère
Assisehélas ! au trône de tes rois ?

(Tout lechoeur.)
Sionchère Sionque dis-tu quand tu vois
Uneimpie étangère
Assisehélas ! au trônede tes rois ?

(La mêmevoix continue.)
Au lieu des cantiques charmants
OùDavid t'exprimait ses saints ravissements
Et bénissaitson Dieuson Seigneur et son père
SionchèreSionque dis-tu quand tu vois
Louer le dieu de l'impieétrangère
Et blasphémer le nom qu'ont adorétes rois ?

(Une voixseule.)
Combien de tempsSeigneurcombien de temps encore
Verrons-nous contre toi les méchants s'élever ?
Jusque dans ton saint temple ils viennent te braver.
Ilstraitent d'insensé le peuple qui t'adore.
Combien detempsSeigneurcombien de temps encore
Verrons-nous contre toiles méchants s'élever ?

(Uneautre.)
Rionschantonsdit cette troupe impie :
De fleursen fleursde plaisirs en plaisirs
Promenons nos désirs.
Sur l'avenir insensé qui se fie.
De nos ans passagersle nombre est incertain :
Hâtons-nous aujourd'hui de jouirde la vie ;
Qui sait si nous serons demain ?

(Tout lechoeur.)
Qu'ils pleurentô mon Dieuqu'ils frémissentde crainte
Ces malheureuxqui de ta cité sainte
Neverront point l'éternelle splendeur.
C'est à nousde chanternous à qui tu révèles
Tesclartés immortelles ;
C'est à nous de chanter tesdons et ta grandeur.

(Une voixseule.)
De tous ces vains plaisirs où leur âme seplonge
Que leur restera-t-il ? Ce qui reste d'un songe
Donton a reconnu l'erreur.
A leur réveilô réveilplein d'horreur !
Pendant que le pauvre à ta table
Goûtera de ta paix la douceur ineffable
Ils boirontdans la coupe affreuseinépuisable
Que tu présenterasau jour de ta fureur
A toute la race coupable.

(Tout lechoeur.)
O réveil plein d'horreur !
O songe peudurable !
O dangereuse erreur !


ACTEIII



MATHAN
Jeunes fillesallez : qu'on dise à Josabet
Que Mathanveut ici lui parler en secret.

UNE DESFILLES DU CHOEUR
Mathan ! O Dieu du cielpuisses-tu le confondre!

NABAL
Héquoi ! tout se disperse et fuit sans vous répondre ?

MATHAN
Approchons.


ScèneII. - ZACHARIEMATHANNABAL.


ZACHARIE
Téméraireoù voulez-vous passer ?
Au-delàde ce lieu gardez-vous d'avancer.
C'est des ministres saints lademeure sacrée ;
Les lois à tout profane endéfendent l'entrée.
Qui cherchez-vous ? Mon pèreen ce jour solennel
De l'idolâtre impur fuit l'aspectcriminel ;
Et devant le Seigneur maintenant prosternée
Ma mère en ce devoir craint d'être détournée.

MATHAN
Mon filsnous attendrons ; cessez de vous troubler.
C'estvotre illustre mère à qui je veux parler.
Je viensici chargé d'un ordre de la reine.


ScèneIII. - MATHANNABAL.


NABAL
Leurs enfants ont déjà leur audace hautaine.
Maisque veut Athalie en cette occasion ?
D'où naît dansses conseils cette confusion ?
Par l'insolent Joad ce matinoffensée
Et d'un enfant fatal en songe menacée
Elle allait immoler Joad à son courroux
Et dans cetemple enfin placer Baal et vous.
Vous m'en aviez déjàconfié votre joie
Et j'espérais ma part d'une siriche proie.
Qui fait changer ainsi ses voeux irrésolus ?

MATHAN
Amidepuis deux jours je ne la connais plus.
Ce n'est pluscette reine éclairéeintrépide
Elevéeau-dessus de son sexe timide
Qui d'abord accablait ses ennemissurpris
Et d'un instant perdu connaissait tout le prix.
Lapeur d'un vain remords trouble cette grande âme :
Elleflotteelle hésite ; en un motelle est femme.
J'avaistantôt rempli d'amertume et de fiel
Son coeurdéjàsaisi des menaces du ciel ;
Elle-mêmeà mes soinsconfiant sa vengeance
M'avait dit d'assembler sa garde endiligence ;
Maissoit que cet enfant devant elle amené
De ses parentsdit-onrebut infortuné
Eûtd'un songe effrayant diminué l'alarme
Soit qu'elle eûtmême en lui vu je ne sais quel charme
J'ai trouvéson courroux chancelantincertain
Et déjàremettant sa vengeance à demain.
Tous ses projetssemblaient l'un l'autre se détruire.
«Du sort de cetenfantje me suis fait instruire
Ai-je dit. On commence àvanter ses aïeux ;
Joad de temps en temps le montre auxfactieux
Le fait attendre aux Juifs comme un autre Moïse
Et d'oracles menteurs s'appuie et s'autorise.»
Ces motsont fait monter la rougeur sur son front.
Jamais mensonge heureuxn'eut un effet si prompt.
«Est-ce à moi de languirdans cette incertitude ?
Sortonsa-t-elle ditsortonsd'inquiétude.
Vous-même à Josabet prononcezcet arrêt :
Les feux vont s'allumeret le fer est toutprêt :
Rien ne peut de leur temple empêcher leravage
Si je n'ai de leur foi cet enfant pour otage.»

NABAL
Hébien ! pour un enfant qu'ils ne connaissent pas
Que le hasardpeut-être a jeté dans leurs bras
Voudront-ils queleur templeenseveli sous l'herbe...

MATHAN
Ah! de tous les mortels connais le plus superbe.
Plutôt quedans mes mains par Joad soit livré
Un enfant qu'àson Dieu Joad a consacré
Tu lui verras subir la mort laplus terrible.
D'ailleurs pour cet enfant leur attache estvisible.
Si j'ai bien de la reine entendu le récit
Joadsur sa naissance en sait plus qu'il ne dit.
Quel qu'il soitjeprévois qu'il leur sera funeste.
Ils le refuseront : jeprends sur moi le reste ;
Et j'espère qu'enfin de cetemple odieux
Et la flamme et le fer vont délivrer mesyeux.

NABAL
Quipeut vous inspirer une haine si forte ?
Est-ce que de Baal lezèle vous transporte ?
Pour moivous le savezdescendud'Ismaël
Je ne sers ni Baalni le Dieu d'Israël.

MATHAN
Amipeux-tu penser que d'un zèle frivole
Je me laisseaveugler par une vaine idole
Pour un fragile bois quemalgrémon secours
Les vers sur son autel consument tous les jours ?
Né ministre du Dieu qu'en ce temple on adore
Peut-êtreque Mathan le servirait encore
Si l'amour des grandeursla soifde commander
Avec son joug étroit pouvaient s'accommoder.
Qu'est-il besoinNabalqu'à tes yeux je rappelle
DeJoad et de moi la fameuse querelle
Quand j'osai contre luidisputer l'encensoir
Mes briguesmes combatsmes pleursmondésespoir ?
Vaincu par luij'entrai dans une autrecarrière
Et mon âme à la cour s'attachatoute entière.
J'approchai par degrés de l'oreilledes rois
Et bientôt en oracle on érigea ma voix.
J'étudiai leur coeurje flattai leurs caprices
Jeleur semai de fleurs les bords des précipices ;
Prèsde leurs passions rien ne me fut sacré ;
De mesure et depoids je changeais a leur gré.
Autant que de Joadl'inflexible rudesse
De leur superbe oreille offensait lamollesse
Autant je les charmais par ma dextérité
Dérobant à leurs yeux la triste vérité
Prêtant à leurs fureurs des couleurs favorables
Etprodigue surtout du sang des misérables.
Enfinau dieunouveau qu'elle avait introduit
Par les mains d'Athalie untemple fut construit.
Jérusalem pleura de se voir profanée;
Des enfants de Lévi la troupe consternée
Enpoussa vers le ciel des hurlements affreux.
Moi seuldonnantl'exemple aux timides Hébreux
Déserteur de leurloij'approuvai l'entreprise
Et par là de Baal méritaila prêtrise.
Par là je me rendis terrible àmon rival ;
Je ceignis la tiareet marchai son égal.
Toutefoisje l'avoueen ce comble de gloire
Du Dieu quej'ai quitté l'importune mémoire
Jette encore en monâme un reste de terreur ;
Et c'est ce qui redouble etnourrit ma fureur.
Heureux sisur son temple achevant lavengeance
Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance
Etparmi le débrisle ravage et les morts
A forced'attentats perdre tous mes remords !
Mais voici Josabet.


ScèneIV. - JOSABETMATHANNABAL.


MATHAN
Envoyé par la reine
Pour rétablir le calme etdissiper la haine
Princesseen qui le ciel mit un esprit sidoux
Ne vous étonnez-pas si je m'adresse à vous.
Un bruitque j'ai pourtant soupçonné de mensonge
Appuyant les avis qu'elle a reçu en songe
Si Joadaccusé de dangereux complots
Allait de sa colèreattirer tous les flots.
Je ne veux point ici vous vanter messervices.
De Joad contre moije sais les injustices ;
Maisil faut à l'offense opposer les bienfaits.
Enfin je vienschargé de paroles de paix.
Vivezsolennisez vos fêtessans ombrage.
De votre obéissance elle ne veut qu'un gage:
C'estpour l'en détourner j'ai fait ce que j'ai pu
Cet enfant sans parents qu'elle dit qu'elle a vu.

JOSABET
Eliacin !

MATHAN
J'en ai pour elle quelque honte :
D'un vain songe peut-êtreelle fait trop de compte.
Mais vous vous déclarez sesmortels ennemis
Si cet enfant sur l'heure en mes mains n'estremis.
La reineimpatienteattend votre réponse.

JOSABET
Et voilà de sa part la paix qu'on nous annonce !

MATHAN
Pourriez-vous un moment douter de l'accepter ?
D'un peu decomplaisance est-ce trop l'acheter ?

JOSABET
J'admirais si Mathandépouillant l'artifice
Avait pude son coeur surmonter l'injustice
Et si de tant de maux lefuneste inventeur
De quelque ombre de bien pouvait êtrel'auteur.

MATHAN
Dequoi vous plaignez-vous ? Vient-on avec furie
Arracher de vosbras votre fils Zacharie ?
Quel est cet autre enfant si cher àvotre amour ?
Ce grand attachement me surprend à mon tour.
Est-ce un trésor pour vous si précieuxsi rare ?
Est-ce un libérateur que le ciel vous prépare ?
Songez-y : vos refus pourraient me confirmer
Un bruit sourdque déjà l'on commence à semer.

JOSABET
Quel bruit ?

MATHAN
Que cet enfant vient d'illustre origine ;
Qu'à quelquegrand projet votre époux le destine.

JOSABET
Et Mathanpar ce bruit qui flatte sa fureur...

MATHAN
Princessec'est à vous à me tirer d'erreur.
Jesais quedu mensonge implacable ennemie
Josabet livrerait mêmesa propre vie
S'il fallait que sa vie à sa sincérité
Coûtât le moindre mot contre la vérité.
Du sort de cet enfant on n'a donc nulle trace ?
Une profondenuit enveloppe sa race ?
Et vous-même ignorez de quelsparents issu
De quelles mains Joad en ses bras l'a reçu ?
Parlez ; je vous écoute et suis prêt de vous croire.
Au Dieu que vous servezprincesserendez gloire.

JOSABET
Méchantc'est bien à vous d'oser ainsi nommer
UnDieu que votre bouche enseigne à blasphémer.
Savérité par vous peut-elle être attestée
Vousmalheureuxassis dans la chaire empestée
Oùle mensonge règne et répand son poison ;
Vousnourri dans la fourbe et dans la trahison ?


ScèneV. - JOADJOSABETMATHANNABAL

JOAD
Oùsuis-je ? De Baal ne vois-je pas le prêtre ?
Quoi ! fillede Davidvous parlez à ce traître ?
Vous souffrezqu'il vous parle ? Et vous ne craignez pas
Quedu fond del'abîme entr'ouvert sous ses pas
Il ne sorte àl'instant des feux qui vous embrasent
Ou qu'en tombant sur luices murs ne vous écrasent ?
Que veut-il ? De quel frontcet ennemi de Dieu
Vient-il infecter l'air qu'on respire en celieu ?

MATHAN
Onreconnaît Joad à cette violence.
Toutefois ildevrait montrer plus de prudence
Respecter une reineet ne pasoutrager
Celui que de son ordre elle a daigné charger.

JOAD
Hébien ! que nous fait-elle annoncer de sinistre ?
Quel seral'ordre affreux qu'apporte un tel ministre ?

MATHAN
J'ai fait à Josabet savoir sa volonté.

JOAD
Sorsdonc de devant moimonstre d'impiété.
De toutestes horreursvacomble la mesure.
Dieu s'apprête àte joindre à la race parjure
Abiron et DathanDoëgAchitophel.
Les chiensà qui son bras a livréJézabel
Attendant que sur toi sa fureur se déploie
Déjà sont à ta porte et demandent leurproie.

MATHAN (Ilse trouble.)
Avant la fin du jour... on verra qui de nous...
Doit... Mais sortonsNabal.

NABAL
Oùvous égarez-vous ?
De vos sens étonnés queldésordre s'empare ?
Voilà votre chemin.


ScèneVI. - JOADJOSABET.


JOSABET
L'orage se déclare.
Athalie en fureur demande Eliacin.
Déjà de sa naissance et de votre dessein
Oncommenceseigneurà percer le mystère !
Peu s'enfaut que Mathan ne m'ait nommé son père.

JOAD
Auperfide Mathan qui l'aurait révélé ?
Votretrouble à Mathan n'a-t-il point trop parlé ?

JOSABET
J'ai fait ce que j'ai pu pour m'en rendre maîtresse.
Cependantcroyez-moiseigneurle péril presse.
Réservons cet enfant pour un temps plus heureux.
Tandisque les méchants délibèrent entre eux
Avantqu'on l'environneavant qu'on nous l'arrache
Une seconde foissouffrez que je le cache.
Les portesles chemins lui sont encoreouverts.
Faut-il le transporter aux plus affreux déserts ?
Je suis prête. Je sais une secrète issue
Par oùsans qu'on le voieet sans être aperçue
De Cédronavec lui traversant le torrent
J'irai dans le désert oùjadis en pleurant
Et cherchant comme nous son salut dans lafuite
David d'un fils rebelle évita la poursuite.
Jecraindrai moins pour lui les lions et les ours...
Mais pourquoide Jéhu refuser le secours ?
Je vous ouvre peut-êtreun avis salutaire.
Faisons de ce trésor Jéhudépositaire.
On peut dans ses Etats le conduireaujourd'hui
Et le chemin est court qui mène jusqu'àlui.
Jéhu n'a point un coeur faroucheinexorable ;
DeDavid a ses yeux le nom est favorable.
Hélas ! est-il unroi si dur et si cruel
A moins qu'il n'eut pour mère uneautre Jézabel
Qui d'un tel suppliant ne plaignîtl'infortune ?
Sa cause à tous les rois n'est-elle pascommune ?

JOAD
Quels timides conseils m'osez-vous suggérer ?
Enl'appui de Jéhu pourriez-vous espérer ?

JOSABET
Dieu défend-il tout soin et toute prévoyance ?
Nel'offense-t-on point par trop de confiance ?
A ses desseinssacrés employant les humains
N'a-t-il pas de Jéhului-même armé les mains ?

JOAD
Jéhuqu'avait choisi sa sagesse profonde
Jéhusur qui je vois que votre espoir se fonde
D'un oubli trop ingrata payé ses bienfaits.
Jéhu laisse d'Achabl'affreuse fille en paix
Suit des rois d'Israël lesprofanes exemples
Du vil dieu de l'Egypte a conservé lestemples ;
Jéhusur les hauts lieux enfin osant offrir
Untéméraire encens que Dieu ne peut souffrir
N'apour servir sa cause et venger ses injures
Ni le coeur assezdroitni les mains assez pures.
Nonnon ; c'est à Dieuseul qu'il nous faut attacher.
Montrons Eliacin ; etloin de lecacher
Que du bandeau royal sa tête soit ornée.
Jeveux même avancer l'heure déterminée
Avantque de Mathan le complot soit formé.


ScèneVII. - JOADJOSABETAZARIAS suivi du choeur
et de plusieurslévites.

JOAD
HébienAzariasle temple est-il fermé ?

AZARIAS
J'en ai fait devant moi fermer toutes les portes.

JOAD
N'yreste-t-il que vous et vos saintes cohortes ?

AZARIAS
De ses parvis sacrés j'ai deux fois fait le tour.
Touta fuitous se sont séparés sans retour
Misérabletroupeau qu'a dispersé la crainte ;
Et Dieu n'est plusservi que dans la tribu sainte.
Depuis qu'à Pharaon cepeuple est échappé
Une égale terreur nel'avait point frappé.

JOAD
Peuple lâcheen effetet né pour l'esclavage
Hardi contre Dieu seul ! Poursuivons notre ouvrage.
Mais quiretient encor ces enfants parmi nous ?

UNE DESFILLES DU CHOEUR
Hé ! pourrions-nousseigneurnousséparer de vous.
Dans le temple de Dieu sommes-nousétrangères ?
Vous avez près de vous nospères et nos frères.

UNE AUTRE
Hélas ! si pour venger l'opprobre d'Israël
Nosmais ne peuvent pascomme autrefois Jahel
Des ennemis de Dieupercer la tête impie
Nous lui pouvons du moins immolernotre vie.
Quand vos bras combattront pour son temple attaqué
Par nos larmes du moins il peut être invoqué.

JOAD
Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle !
Desprêtresdes enfantsô sagesse éternelle !
Maissi tu les soutiensqui les peut ébranler ?
Du tombeauquand tu veuxtu sais nous rappeler ;
Tu frappes et guéristu perds et ressuscites.
Ils ne s'assurent point en leurs propresmérites
Mais en ton nom sur eux invoqué tant defois
En tes serments jurés au plus saint de leurs rois
En ce temple où tu fais ta demeure sacrée
Etqui doit du soleil égaler la durée.
Mais d'oùvient que mon coeur frémit d'un saint effroi ?
Est-cel'Esprit divin qui s'empare de moi ?
C'est lui-même. Ilm'échauffe. Il parle. Mes yeux s'ouvrent
Et des sièclesobscurs devant moi se découvrent.
Lévitesde vossons prêtez-moi les accords
Et de ses mouvements secondezles transports.

(Le choeurchante au son de toute la symphonie des instruments.)
Que duSeigneur la voix se fasse entendre
Et qu'à nos coeurs sonoracle divin
Soit ce qu'à l'herbe tendre
Estauprintempsla fraîcheur du matin.

JOAD
Cieuxécoutez ma voix ; terreprête l'oreille.
Nedis plusô Jacobque ton Seigneur sommeille.
Pécheursdisparaissez : le Seigneur se réveille.
(Ici recommence lasymphonieet Joad aussitôt reprend la parole.)
Comment enun plomb vil l'or pur s'est-il changé ?
Quel est dans celieu saint ce pontife égorgé ?
PleureJérusalempleurecité perfide
Des prophètes divinsmalheureuse homicide.
De son amour pour toi ton Dieu s'estdépouillé.
Ton encens à ses yeux est unencens souillé.
Où menez-vous ces enfants et cesfemmes ?
Le Seigneur a détruit la reine des cités :
Ses prêtres sont captifsses rois sont rejetés.
Dieu ne veut plus qu'on vienne à ses solennités.
Templerenverse-toi ; cèdresjetez des flammes.
Jérusalemobjet de ma douleur
Quelle main en ce jourt'a ravi tous tes charmes ?
Qui changera mes yeux en deux sourcesde larmes
Pour pleurer ton malheur ?

AZARIAS
Osaint temple !

JOSABET
ODavid !

LE CHOEUR
Dieu de Sionrappelle
Rappelle en sa faveur tes antiquesbontés.

(Lasymphonie recommence encoreet Joadun moment après
l'interrompt.)

JOAD
Quelle Jérusalem nouvelle
Sort du fond du désertbrillante de clartés
Et porte sur le front une marqueimmortelle ?
Peuples de la terrechantez.
Jérusalemrenaît plus charmante et plus belle.
D'où luiviennent de tous cotés
Ces enfants qu'en son sein elle n'apoint portés ?
LèveJérusalemlèveta tête altière ;
Regarde tous ces rois de ta gloireétonnés :
Les rois des nationsdevant toiprosternés
De tes pieds baisent la poussière ;
Les peuples à l'envi marchent à ta lumière.
Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur
Sentira son âmeembrasée !
Cieuxrépandez votre rosée
Etque la terre enfante son Sauveur !

JOSABET
Hélas ! d'où nous viendra cette insigne faveur
Siles rois de qui doit descendre ce Sauveur...

JOAD
PréparezJosabetle riche diadème
Que sur sonfront sacré David porta lui-même.
(Aux lévites.)
Et vouspour vous armersuivez-moi dans ces lieux
Oùse garde cachéloin des profanes yeux
Ce formidable amasde lances et d'épées
Qui du sang philistin jadisfurent trempées
Et que David vainqueurd'ans etd'honneurs chargé
Fit consacrer au Dieu qui l'avaitprotégé.
Peut-on les employer pour un plus nobleusage ?
Venezje veux moi-même en faire le partage.


ScèneVIII. - SALOMITHle choeur.


SALOMITH
Que de craintesmes soeursque de troubles mortels !
Dieutout-puissantsont-ce là les prémices
Les parfumset les sacrifices
Qu'on devait en ce jour offrir sur tes autels ?

UNE DESFILLES DU CHOEUR
Quel spectacle à nos yeux timides !
Quil'eût cruqu'on dût voir jamais
Les glaivesmeurtriersles lances homicides
Briller dans la maison de paix ?

UNE AUTRE
D'où vient que pour son Dieupleine d'indifférence
Jérusalem se tait en ce pressant danger ?
D'oùvientmes soeursque pour nous protéger
Le brave Abnerau moins ne rompt pas le silence ?

SALOMITH
Hélas ! dans une cour où l'on n'a d'autres lois
Que la force et la violence
Où les honneurs et lesemplois
Sont le prix d'une aveugle et basse obéissance
Ma soeurpour la triste innocence
Qui voudrait éleversa voix ?

UNE AUTRE
Dans ce périldans ce désordre extrême
Pour qui prépare-t-on le sacré diadème ?

SALOMITH
Le Seigneur a daigné parler ;
Mais ce qu'à sonprophète il vient de révéler
Qui pourranous le faire entendre ?
S'arme-t-il pour nous défendre ?
S'arme-t-il pour nous accabler ?

(Tout lechoeur chante.)
O promesse ! ô menace ! ô ténébreuxmystère !
Que de mauxque de biens sont préditstour à tour !
Comment peut-on avec tant de colère
Accorder tant d'amour ?

(Une voixseule.)
Sion ne sera plus. Une flamme cruelle
Détruiratous ses ornements.

(Une autrevoix.)
Dieu protège Sion. Elle a pour fondements
Saparole éternelle.

(Lapremière.)
Je vois tout son éclat disparaîtreà mes yeux.

(Laseconde.)
Je vois de toutes parts sa clarté répandue.

(Lapremière.)
Dans un gouffre profond Sion est descendue.

(Laseconde.)
Sion a le front dans les cieux.

(Lapremière.)
Quel triste abaissement !

(Laseconde.)
Quelle immortelle gloire !

(Lapremière.)
Que de cris de douleur !

(Laseconde.)
Que de chants de victoire !

(Unetroisième.)
Cessons de nous troubler : notre Dieuquelquejour
Dévoilera ce grand mystère.

(Toutestrois.)
Révérons sa colère ;
Espéronsen son amour.

(Uneautre.)
D'un coeur qui t'aime
Mon Dieuqui peut troubler lapaix ?
Il cherche en tout ta volonté suprême
Etne se cherche jamais.
Sur la terredans le ciel même
Est-il d'autre bonheur que la tranquille paix
D'un coeur quit'aime ?




ACTEIV


Scènepremière. - JOASJOSABETZACHARIESALOMITH
un lévitele choeur.


SALOMITH
D'un pas majestueuxà coté de ma mère
Lejeune Eliacin s'avance avec mon frère.
Dans ces voilesmes soeursque portent-ils tous deux ?
Quel est ce glaive enfinqui marche devant eux ?

JOSABETàZacharie.
Mon filsavec respect posez sur cette table
Denotre sainte loi le livre redoutable.
Et vous aussiposezaimable Eliacin
Cet auguste bandeau près du livre divin.
Léviteil faut placerJoad ainsi l'ordonne
Leglaive de David auprès de sa couronne.

JOAS
Princessequel est donc ce spectacle nouveau ?
Pourquoi celivre saintce glaivece bandeau ?
Depuis que le Seigneur m'areçu dans son temple
D'un semblable appareil je n'aipoint vu d'exemple.

JOSABET
Tous vos doutesmon filsbientôt s'éclairciront.

JOAS
Vousvoulez essayer ce bandeau sur mon front ?
Ah ! princessegardezd'en profaner la gloire.
Du roi qui l'a porté respectez lamémoire.
Un malheureux enfant aux ours abandonné...

JOSABETlui essayant le diadème.
Laissezmon fils ; je fais cequi m'est ordonné.

JOAS
Maisj'entends les sanglots sortir de votre bouche !
Princessevouspleurez ! Quelle pitié vous touche !
Est-ce qu'enholocauste aujourd'hui présenté
Je doiscommeautrefois la fille de Jephté
Du Seigneur par ma mortapaiser la colère ?
Hélas ! un fils n'a rien qui nesoit à son père.

JOSABET
Voici qui vous dira les volontés des cieux.
Necraignez rien. Et noussortons tous de ces lieux.


ScèneII. - JOASJOAD


JOAScourant dans les bras du grand prêtre
Mon père !

JOAD
Hébienmon fils ?

JOAS
Qu'est-ce donc qu'on prépare ?

JOAD
Ilest justemon filsque je vous le déclare.
Il faut quevous soyez instruitmême avant tous
Des grands desseinsde Dieu sur son peuple et sur vous.
Armez-vous d'un courage etd'une foi nouvelle.
Il est temps de montrer cette ardeur et cezèle
Qu'au fond de votre coeur mes soins ont cultivés
Et de payer à Dieu ce que vous lui devez.
Sentez-vouscette noble et généreuse envie ?

JOAS
Jeme sens prêts'il veutde lui donner ma vie.

JOAD
Onvous a lu souvent l'histoire de nos rois.
Vous souvient-ilmonfilsquelle étroites lois
Doit s'imposer un roi digne dudiadème ?

JOAS
Unroi sageainsi Dieu l'a prononcé lui-même
Sur larichesse et l'or ne met point son appui
Craint le Seigneur sonDieusans cesse a devant lui
Ses préceptesses loissesjugements sévères
Et d'injustes fardeaux n'accablepoint ses frères.

JOAD
Maissur l'un de ces rois s'il fallait vous régler
A quichoisiriez-vousmon filsde ressembler ?

JOAS
Davidpour le Seigneur plein d'un amour fidèle
Meparaît des grands rois le plus parfait modèle.

JOAD
Ainsi dans leurs excès vous n'imiteriez pas
L'infidèleJoraml'impie Okosias ?

JOAS
Omon père !

JOAD
Achevezdites : que vous en semble ?

JOAS
Puisse périr comme eux quiconque leur ressemble !
(Joadse prosterne à ses pieds.)
Mon pèreen quel étatvous vois-je devant moi ?

JOAD
Jevous rends le respect que je dois à mon roi.
De votreaïeul DavidJoasrendez-vous digne.

JOAS
Joas? Moi ?

JOADserelevant.
Vous saurez par quelle grâce insigne
D'unemère en fureur Dieutrompant le dessein
Quand déjàson poignard était dans votre sein
Vous choisitvoussauva du milieu du carnage.
Vous n'êtes pas encore échappéde sa rage :
Avec la même ardeur qu'elle voulut jadis
Perdre en vous le dernier des enfants de son fils
A vousfaire périr sa cruauté s'attache
Et vous poursuitencor sous le nom qui vous cache.
Mais sous vos étendardsj'ai déjà su ranger
Un peuple obéissant etprompt à vous venger.
Entrezgénéreux chefsdes familles sacrées
Du ministère saint tour àtour honorées.


ScèneIII. - JOASJOADAZARIASISMAELet les
trois autres chefs deslévites.


JOADcontinue.
Roivoilà vos vengeurs contre vos ennemis.
Prêtresvoilà le roi que je vous ai promis.

AZARIAS
Quoi ? c'est Eliacin ?

ISMAËL
Quoi ! cet enfant aimable...

JOAD
Estdu roi Juda l'héritier véritable
Dernier nédes enfants du triste Okosias
Nourrivous le savezsous le nomde Joas.
De cette fleur si tendre et sitôt moissonnée
Tout Judacomme vousplaignant la destinée
Avec sesfrères morts le crut enveloppé.
Du perfide couteaucomme eux il fut frappé ;
Mais Dieu d'un coup mortel sutdétourner l'atteinte
Conserva dans son coeur la chaleurpresque éteinte
Permit quedes bourreaux trompant l'oeilvigilant
Josabet dans son sein l'emportât tout sanglant
Et n'ayant de son vol que moi seul pour complice
Dans letemple cachât l'enfant et la nourrice.

JOAS
Hélas ! de tant d'amour et de tant de bienfaits
Monpèrequel moyen de m'acquitter jamais ?

JOAD
Gardez pour d'autres temps cette reconnaissance.
Voilàdonc votre roivotre unique espérance.
J'ai pris soinjusqu'ici de vous le conserver :
Ministres du Seigneurc'est àvous d'achever.
Bientôt de Jézabel la fillemeurtrière
Instruite que Joas voit encor la lumière
Dans l'horreur du tombeau viendra la replonger.
Déjàsans le connaîtreelle veut l'égorger.
Prêtressaintsc'est à vous de prévenir sa rage.
Il fautfinir des Juifs le honteux esclavage
Venger vos princes mortsrelever votre loi
Et faire aux deux tribus reconnaîtreleur roi.
L'entreprisesans douteest grande et périlleuse.
J'attaque sur son trône une reine orgueilleuse
Quivoit sous ses drapeaux marcher un camp nombreux
De hardisétrangersd'infidèles Hébreux.
Mais maforce est au Dieu dont l'intérêt me guide.
Songezqu'en cet enfant tout Israël réside.
Déjàce Dieu vengeur commence à la troubler ;
Déjàtrompant ses soinsj'ai su vous rassembler.
Elle vous croit icisans armessans défense.
Couronnonsproclamons Joas endiligence.
De làdu nouveau prince intrépidessoldats
Marchonsen invoquant l'arbitre des combats
Etréveillant la foi dans les coeurs endormie
Jusque dansson palais cherchons notre ennemie.
Et quels coeurs si plongésdans un lâche sommeil
Nous voyant avancer dans ce saintappareil
Ne s'empresseront pas à suivre notre exemple ?
Un roi que Dieu lui-même a nourri dans son temple
Lesuccesseur d'Aaron de ses prêtres suivi
Conduisant aucombat les enfants de Lévi
Etdans ces mêmesmainsdes peuples révérées
Les armes auSeigneur par David consacrées !
Dieu sur ses ennemisrépandra sa terreur.
Dans l'infidèle sangbaignez-vous sans horreur ;
Frappezet Tyrienset mêmeIsraélites.
Ne descendez-vous pas de ces fameux lévites
Quilorsqu'au dieu du Nil le volage Israël
Rendit dansle désert un culte criminel
De leurs plus chers parentssaintement homicides
Consacrèrent leurs mains dans lesang des perfides
Et par ce noble exploit vous acquirentl'honneur
D'être seuls employés aux autels duSeigneur ?
Mais je vois que déjà vous brûlezde me suivre.
Jurez doncavant toutsur cet auguste livre
Ace roi que le ciel vous redonne aujourd'hui
De vivredecombattre et de mourir pour lui.

AZARIAS
Ouinous jurons ici pour nouspour tous nos frères
Derétablir Joas au trône de ses pères
De neposer le fer entre nos mains remis
Qu'après l'avoir vengéde tous ses ennemis.
Si quelque transgresseur enfreint cettepromesse
Qu'il éprouvegrand Dieuta fureur vengeresse;
Qu'avec lui ses enfantsde ton partage exclus
Soient aurang de ces morts que tu ne connais plus.

JOAD
Etvousà cette loivotre règle éternelle
Roine jurez-vous pas d'être toujours fidèle ?

JOAS
Pourrais-je à cette loi ne pas me conformer ?

JOAD
Omon filsde ce nom j'ose encor vous nommer
Souffrez cettetendresseet pardonnez aux larmes
Que m'arrachent pour vous detrop justes alarmes.
Loin du trône nourride ce fatalhonneur
Hélas ! vous ignorez le charme empoisonneur ;
Del'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse
Et des lâchesflatteurs la voix enchanteresse.
Bientôt ils vous dirontque les plus saintes lois
Maîtresses du vil peupleobéissent aux rois ;
Qu'un roi n'a d'autre frein que savolonté même ;
Qu'il doit immoler tout à sagrandeur suprême ;
Qu'aux larmesau travail le peuple estcondamné
Et d'un sceptre de fer veut être gouverné;
Ques'il n'est opprimétôt ou tard il opprime :
Ainsi de piège en piègeet d'abîme en abîme
Corrompant de vos moeurs l'aimable pureté
Ils vousferont enfin haïr la vérité
Vous peindront lavertu sous une affreuse image.
Hélas ! ils ont des roiségaré le plus sage.
Promettez sur ce livreetdevant ces témoins
Que Dieu fera toujours le premier devos soins ;
Quesévère aux méchantset desbons le refuge
Entre le pauvre et vousvous prendrez Dieu pourjuge
Vous souvenantmon filsquecaché sous ce lin
Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin.

JOASaumilieu de la tableayant la main sur le livre saint.
Je prometsd'observer ce que la loi m'ordonne.
Mon Dieupunissez-moi si jevous abandonne.

JOAD
Venez : de l'huile sainte il faut vous consacrer.
ParaissezJosabet : vous pouvez vous montrer.


ScèneIV. - JOASJOADJOSABETZACHARIESALOMITHAZARIAS
ISMAELles trois autres chefs des lévitesle choeur.


JOSABETembrassant Joas.
O roifils de David !

JOAS
Omon unique mère !
Venezcher Zacharieembrasser votrefrère.

JOSABETàZacharie.
Aux pieds de votre roi prosternez-vousmon fils.
(Zacharie se jette aux pieds de Joas.)

JOADpendant qu'ils s'embrassent.
Enfantsainsi toujourspuissiez-vous être unis !

JOSABETàJoas.
Vous savez donc quel sang vous a donné la vie ?

JOAS
Etje sais quelle main sans vous me l'eût ravie.

JOSABET
De votre nomJoasje puis donc vous nommer.

JOAS
Joasne cessera jamais de vous aimer.

LE CHOEUR
Quoi ! c'est là...

JOSABET
C'est Joas.

JOAD
Ecoutons ce lévite.


ScèneV. - JOASJOADJOSABETetc.un lévite.


UNLÉVITE
J'ignore contre Dieu quel projet on médite
Mais l'airain menaçant frémit de toutes parts ;
Onvoit luire des feux parmi des étendards
Et sans douteAthalie assemble son armée.
Déjà mêmeau secours toute voie est fermée ;
Déjà lesacré mont où le temple est bâti
D'insolentsTyriens est partout investi ;
L'un deuxen blasphémantvient de nous faire entendre
Qu'Abner est dans les fers et nepeut nous défendre.

JOSABETàJoas.
Cher enfantque le ciel en vain m'avait rendu
Hélas! pour vous sauver j'ai fait ce que j'ai pu :
Dieu ne se souvientplus de David votre père !

JOADàJosabet.
Quoi ! vous ne craignez pas d'attirer sa colère
Sur vous et sur ce roi si cher à votre amour ?
Etquand Dieude vos bras l'arrachant sans retour
Voudrait que deDavid la maison fût éteinte
N'êtes-vous pasici sur la montagne sainte
Où le père des Juifs surson fils innocent
Leva sans murmurer un bras obéissant
Et mit sur le bûcher ce fruit de sa vieillesse
Laissantà Dieu le soin d'accomplir sa promesse
En lui sacrifiantavec ce fils aimé
Tout l'espoir de sa raceen lui seulrenfermé ?
Amispartageons-nous : qu'Ismaël en sagarde
Prenne tout le côté que l'orient regarde :
Vousle côté de l'Ourseet vousde l'occident ;
Vousle midi. Qu'aucunpar un zèle imprudent
Découvrant mes desseinssoit prêtresoit lévite
Ne sorte avant le temps et ne se précipite ;
Et quechacun enfind'un même esprit poussé
Garde enmourant le poste où je l'aurai placé.
L'ennemi nousregardeen son aveugle rage
Comme de vils troupeaux réservésau carnage
Et croit ne rencontrer que désordre etqu'effroi.
Qu'Azarias partout accompagne le roi.
(A Joas.)
Venezcher rejeton d'une vaillante race
Remplir vosdéfenseurs d'une nouvelle audace ;
Venez du diadèmeà leurs yeux se couvrir
Et périssez du moins enrois'il faut périr.
(A un lévite.)
Suivez-leJosabet. Vousdonnez-moi ces armes.
Enfantsoffrez àDieu vos innocentes larmes.


ScèneVI. - SALOMITHle choeur.


(Toutle choeur chante.)
Partezenfants d'Aaronpartez.
Jamaisplus illustre querelle
De vos aïeux n'arma le zèle.
Partezenfants d'Aaronpartez.
C'est votre roic'est Dieupour qui vous combattez.

(Une voixseule.)
Où sont les traits que tu lances
Grand Dieudans ton juste courroux ?
N'es-tu plus le Dieu jaloux ?
N'es-tuplus le Dieu des vengeances ?

(Uneautre.)
Où sontDieu de Jacobtes antiques bontés?
Dans l'horreur qui nous environne
N'entends-tu que la voixde nos iniquités ?
N'es-tu plus le Dieu qui pardonne ?

(Tout lechoeur.)
Où sontDieu de Jacobtes antiques bontés?

(Une voixseule.)
C'est à toi que dans cette guerre
Les flèchesdes méchants prétendent s'adresser.
«Faisonsdisent-ilscesser
Les fêtes de Dieu sur la terre.
Deson joug importun délivrons les mortels.
Massacrons tousses saintsrenversons ses autels
Que de son nomque de sagloire
Il ne reste plus de mémoire ;
Que ni lui ni sonChrist ne règnent plus sur nous.»

(Tout lechoeur.)
Où sont les traits que tu lances
Grand Dieudans ton juste courroux ?
N'es-tu plus le Dieu jaloux ?
N'es-tuplus le Dieu des vengeances ?

(Une voixseule.)
Triste reste de nos rois
Chère et dernièrefleur d'une tige si belle
Hélas ! sous le couteau d'unemère cruelle
Te verrons-nous tomber une seconde fois ?
Prince aimabledis-nous si quelque ange au berceau
Contretes assassins prit soin de te défendre ;
Ou si dans lanuit du tombeau
La voix du Dieu vivant a ranimé ta cendre?

(Uneautre.)
D'un père et d'un aïeul contre toi révoltés
Grand Dieules attentats lui sont-ils imputés ?
Est-ceque sans retour ta pitié l'abandonne ?

(Lechoeur.)
Où sontDieu de Jacobtes antiques bontés?
N'es-tu plus le Dieu qui pardonne ?

(Une desfilles du choeursans chanter.)
Chères soeursn'entendez-vous pas
Des cruels Tyriens la trompette qui sonne ?

SALOMITH
J'entends même les cris des barbares soldats
Etd'horreur j'en frissonne.
Couronsfuyonsretirons-nous
Al'ombre salutaire
Du redoutable sanctuaire.


ACTEV

Scène première. - ZACHARIESALOMITHlechoeur.


SALOMITH
Cher Zachariehé bien ! que nous apprenez-vous ?

ZACHARIE
Redoublez au Seigneur votre ardente prière.
Peut-êtrenous touchons à notre heure dernière ;
Pourl'horrible combatma soeurl'ordre est donné.

SALOMITH
Que fait Joas ?

ZACHARIE
Joas vient d'être couronné.
Le grand prêtrea sur lui répandu l'huile sainte.
O ciel ! dans tous lesyeux quelle joie était peinte
A l'aspect de ce roi rachetédu tombeau !
Ma soeuron voit encor la marque du couteau ;
Onvoit paraître aussi sa fidèle nourrice
Quicachéeen un coin de ce vaste édifice
Gardait ce cher dépôtet n'avait de ses soins
Que les yeux de ma mère et queDieu pour témoins.
Nos lévites pleuraient de joieet de tendresse
Et mêlaient leurs sanglots à leurscris d'allégresse.
Luiparmi ces transportsaffable etsans orgueil
A l'un tendait la mainflattait l'autre de l'oeil
Jurait de se régler par leurs avis sincères
Etles appelait tous ses pères ou ses frères.

SALOMITH
Ce secret au-dehors est-il aussi semé ?

ZACHARIE
Ce secret dans le temple est encor renfermé.
Desenfants de Lévi la troupe partagée
Dans un profondsilence aux portes s'est rangée.
Tous doivent à lafois précipiter leurs pas
Et crier pour signal : «Vivele roi Joas» !
Mais mon père défend que leroi se hasarde
Et veut qu'Azarias demeure pour sa garde.
Cependant Athalieun poignard à la main
Rit desfaibles remparts de nos portes d'airain.
Pour les rompreelleattend les fatales machines
Et ne respire enfin que sang et queruines.
Quelques prêtresma soeuront d'abord proposé
Qu'en un lieu souterrainpar nos prêtres creusé
On renfermât du moins notre arche précieuse.
«Ocraintea dit mon pèreindigneinjurieuse !
L'arche quifit tomber tant de superbes tours
Et força le Jourdain derebrousser son cours
Des dieux des nations tant de foistriomphante
Fuirait donc à l'aspect d'une femme insolente?»
Ma mèreauprès du roidans un troublemortel
L'oeil tantôt sur ce prince et tantôt versl'autel
Muette et succombant sous le poids des alarmes
Auxyeux les plus cruels arracherait des larmes.
Le roi de temps entemps la presse entre ses bras
La flatte... Chèressoeurssuivez toutes mes pas ;
Ets'il faut aujourd'hui quenotre roi périsse
Allonsqu'un même sort avec luinous unisse.

SALOMITH
Quelle insolente main frappe à coups redoublés ?
Qui fait courir ainsi ces lévites troublés ?
Quelle précaution leur fait cacher leurs armes ?
Letemple est-il forcé ?

ZACHARIE
Dissipez vos alarmes :
Dieu nous envoie Abner.


ScèneII. - JOADJOSABETZACHARIESALOMITH
ABNERISMAELdeuxlévitesle choeur.


JOAD
En croirai-je mes yeux
Cher Abner ? Quel chemin a pujusqu'en ces lieux
Vous conduire au travers d'un camp qui nousassiège ?
On disait que d'Achab la fille sacrilège
Avaitpour assurer ses projets inhumains
Chargéd'indignes fers vos généreuses mains.

ABNER
Ouiseigneurelle a craint mon zèle et mon courage ;
Mais c'est le moindre prix que me gardait sa rage.
Dansl'horreur d'un cachotpar son ordre enfermé
J'attendaisquele temple en cendre consumé
De tant de flots de sangnon encore assouvie
Elle vînt m'affranchir d'une importunevie
Et retrancher des jours qu'aurait dû mille fois
Terminer la douleur de survivre à mes rois.

JOAD
Parquel miracle a-t-on obtenu votre grâce ?

ABNER
Dieu dans ce coeur cruel sait seul ce qui se passe.
Elle m'afait veniretd'un air égaré :
«Tu vois demes soldats tout ce temple entouré
Dit-elle ; un fervengeur va le réduire en cendre
Et ton Dieu contre moi nele saurait défendre.
Ses prêtres toutefoismais ilfaut se hâter
A deux conditions peuvent se racheter :
Qu'avec Eliacin on mette en ma puissance
Un trésordont je sais qu'ils ont la connaissance
Par votre roi Davidautrefois amassé
Sous le sceau du secret au grand prêtrelaissé.
Vadis-leur qu'à ce prix je leurs permetsde vivre.»

JOAD
Quelconseilcher Abnercroyez-vous qu'on doit suivre ?

ABNER
Ettout l'or de Davids'il est vrai qu'en effet
Vous gardiez deDavid quelque trésor secret
Et tout ce que des mains decette reine avare
Vous avez pu sauver et de riche et de rare
Donnez-le. Voulez-vous que d'impurs assassins
Viennent briserl'autelbrûler les chérubins
Etportant sur votrearche une main téméraire
De votre propre sangsouiller le sanctuaire ?

JOAD
Maissiérait-ilAbnerà des coeurs généreux
De livrer au supplice un enfant malheureux
Un enfant queDieu même à ma garde confie
Et de nous racheter auxdépens de sa vie ?

ABNER
Hélas ! Dieu voit mon coeur. Plût à ce Dieupuissant
Qu'Athalie oubliât un enfant innocent
Et quedu sang d'Abner sa cruauté contente
Crût calmer parma mort le ciel qui la tourmente !
Mais que peuvent pour lui vosinutiles soins ?
Quand vous péririez tousen périra-t-ilmoins ?
Dieu vous ordonne-t-il de tenter l'impossible ?
Pourobéir aux lois d'un tyran inflexible
Moïse par samère au Nil abandonné
Se vitpresque en naissantà périr condamné ;
Mais Dieu le conservantcontre toute espérance
Fit par le tyran même éleverson enfance.
Qui sait ce qu'il réserve à votreEliacin ;
Et silui préparant un semblable destin
Iln'a point de pitié déjà rendu capable
De nosmalheureux rois l'homicide implacable ?
Du moinset Josabetcomme moi l'a pu voir
Tantôt à son aspect je l'aivu s'émouvoir ;
J'ai vu de son courroux tomber laviolence.
Princesseen ce péril vous gardez le silence ?
Hé quoi ! pour un enfant qui vous est étranger
Souffrez-vous que sans fruit Joad laisse égorger
Vousson filstout ce peupleet que le feu dévore
Le seullieu sur la terre où Dieu veut qu'on l'adore ?
Queferiez-vous de plussi des rois vos aïeux
Ce jeune enfantétait un reste précieux ?

JOSABETtout bas à Joad.
Pour le sang de ses rois vous voyez satendresse :
Que ne lui parlez-vous ?

JOAD
Iln'est pas tempsprincesse.

ABNER
Letemps est cherseigneurplus que vous ne pensez.
Tandis qu'àme répondre ici vous balancez
Mathan prèsd'Athalieétincelant de rage
Demande le signal et pressele carnage.
Faut-il que je me mette à vos sacrésgenoux ?
Au nom du lieu si saint qui n'est ouvert qu'àvous
Lieu terrible où de Dieu la majesté repose
Quelque dure que soit la loi qu'on vous impose
De ce coupimprévu songeons à nous parer.
Donnez-moi seulementle temps de respirer.
Demaindès cette nuitje prendraides mesures
Pour assurer le temple et venger ses injures.
Maisje vois que mes pleurs et que mes vains discours
Pour vouspersuader sont un faible secours :
Votre austère vertun'en peut être frappée.
Hé bien ! trouvez-moidonc quelque armequelque épée ;
Et qu'aux portesdu templeoù l'ennemi m'attend
Abner puisse du moinsmourir en combattant.

JOAD
Jeme rends. Vous m'ouvrez un avis que j'embrasse.
De tant de mauxAbnerdétournons la menace.
Il est vraide David untrésor est resté ;
La garde en fut commise àma fidélité.
C'était des tristes Juifsl'espérance dernière
Que mes soins vigilantscachaient à la lumière.
Mais puisqu'à votrereine il faut le découvrir
Je vais la contenternosportes vont s'ouvrir.
De ses plus braves chefs qu'elle entreaccompagnée :
Mais de nos saints autels qu'elle tienneéloignée
D'un ramas d'étrangers l'indiscrètefureur :
Du pillage du temple épargnez-moi l'horreur.
Desprêtresdes enfants lui feraient-ils quelque ombre ?
De sasuite avec vous qu'elle règle le nombre.
Et quant àcet enfant si craintsi redouté
De votre coeurAbnerje connais l'équité ;
Je vous veux devant elleexpliquer sa naissance :
Vous verrez s'il le faut remettre en sapuissance
Et je vous ferai juge entre Athalie et lui.

ABNER
Ah! je le prends déjà sous mon appui.
Ne craignezrien. Je cours vers celle qui m'envoie.


ScèneIII. - JOADJOSABETZACHARIESALOMITHISMAEL
deux lévitesle choeur.


JOAD
Grand Dieuvoici ton heureon t'amène ta proie.
Ismaëlécoutez.
(Il lui parle à l'oreille.)

JOSABET
Puissant maître de cieux
Remets-lui le bandeau dont tucouvris ses yeux
Lorsquelui dérobant tout le fruit deson crime
Tu cachas dans mon sein cette tendre victime !

JOAD
Allezsage Ismaëlne perdez point de temps ;
Suivez depoint en point ces ordres importants ;
Surtout qu'à sonentréeet que sur son passage
Tout d'un calme profond luiprésente l'image.
Vousenfantspréparez un trônepour Joas ;
Qu'il s'avance suivi de nos sacrés soldats.
Faites venir aussi sa fidèle nourrice
Princesseetde vos pleurs que la source tarisse.
(A un lévite.)
Vousdès que cette reineivre d'un fol orgueil
De la porte dutemple aura passé le seuil
Qu'elle ne pourra plusretourner en arrière
Prenez soin qu'à l'instant latrompette guerrière
Dans le camp ennemi jette un subiteffroi.
Appelez tout le peuple au secours de son roi :
Etfaites retentir jusques à son oreille
De Joas conservél'étonnante merveille.
(Il vient.)


ScèneIV. - JOADJOSABETJOAS
troupe de prêtres et de lévitesetc.


JOADcontinue.
Lévites saintsprêtres de notre Dieu
Partout sans vous montrer environnez ce lieu ;
Etlaissant àmes soins gouverner votre zèle
Pour paraîtreattendez que ma voix vous appelle.
(Ils se cachent tous.)
Roije crois qu'à vos voeux cet espoir est permis
Venez voirà vos pieds tomber vos ennemis.
Celle dont la fureurpoursuivit votre enfance
Ver ces lieux à grands pas pourvous perdre d'avance.
Mais ne la craignez point. Songez qu'autourde vous
L'ange exterminateur est debout avec nous.
Montez survotre trôneet... Mais la porte s'ouvre :
Permettez unmoment que ce voile vous couvre.
(Il tire un rideau.)
Vouschangez de couleurprincesse ?

JOSABET
Ah ! sans pâlir
Puis-je voir d'assassins le temple seremplir ?
Quoi ! ne voyez-vous pas quelle nombreuse escorte...

JOAD
Jevois que du saint temple on referme la porte.
Tout est en sûreté.


ScèneV. - ATHALIEJOAS caché derrière le rideau
JOADJOSABETABNERsuite d'Athalie.


ATHALIEà Joad.
Te voilàséducteur
De liguesde complotspernicieux auteur
Qui dans le trouble seul as mistes espérances
Eternel ennemi des suprêmespuissances !
En l'appui de ton Dieu tu t'étais reposé:
De ton espoir frivole es-tu désabusé ?
Illaisse en mon pouvoir et son temple et ta vie.
Je devrais surl'autel où ta main sacrifie
Te... Mais du prix qu'onm'offre il faut me contenter.
Ce que tu m'as promissonge àl'exécuter.
Cet enfantce trésor qu'il faut qu'onme remette
Où sont-ils ?

JOAD
Surle champ tu seras satisfaite :
Je te les vais montrer l'un etl'autre à la fois.
(Le rideau se tire.)
Paraissezcher enfantdigne sang de nos rois.
Connais-tu l'héritierdu plus saint des monarques
Reine ? De ton poignard connais dumoins ces marques.
Voilà ton roiton filsle filsd'Okosias.
Peupleset vousAbnerreconnaissez Joas.

ABNER
Ciel !

ATHALIEàJoad.
Perfide !

JOAD
Vois-tu cette Juive fidèle
Dont tu sais bien qu'alorsil suçait la mamelle ?
Il fut par Josabet à ta rageenlevé.
Ce temple le reçutet Dieu l'a conservé.
Des trésors de David voilà ce qui me reste.

ATHALIE
Ta fourbe à cet enfanttraîtresera funeste.
D'unfantôme odieuxsoldatsdélivrez-moi.

JOAD
Soldats du Dieu vivantdéfendez votre roi.
(Ici lefond du théâtre s'ouvre. On voit le dedans
dutempleet les lévites armés sortent de tous
côtéssur la scène.)

ATHALIE
Où suis-je ? O trahisonô reine infortunée !
D'armes et d'ennemis je suis environnée.

JOAD
Tesyeux cherchent en vaintu ne peux échapper
Et Dieu detoutes parts a su t'envelopper.
Ce Dieu que tu bravais en nosmains t'a livrée :
Rends-lui compte du sang dont tu t'esenivrée.

ATHALIE
Quoi ! la peur a glacé mes indignes soldats ?
LâcheABNERdans quel piège as-tu conduit mes pas ?

ABNER
ReineDieu m'est témoin...

ATHALIE
Laisse là ton Dieutraître
Et venge-moi.

ABNERsejetant aux pieds de Joas.
Sur qui ? Sur Joas ! sur mon maître!

ATHALIE
LuiJoas ? luiton roi ? Songezméchantssongez
Quemes armes encor vous tiennent assiégés.
J'entends àhaute voix tout mon camp qui m'appelle.
On vient à monsecours. Tremblez troupe rebelle.


ScèneVI. - ISMAELJOASJOADATHALIEetc.


ISMAËLà Joad.
Seigneurle temple est libre et n'a plusd'ennemis.
L'étranger est en fuiteet le Juif est soumis.
Comme le vent dans l'air dissipe la fumée
La voix duTout-Puissant a chassé cette armée.
Nos lévitesdu haut de nos sacrés parvis
D'Okosias au peuple ontannoncé le fils
Ont conté son enfance au glaivedérobée
Et la fille d'Achab dans le piègetombée.
Partout en même temps la trompette a sonné:
Et ses sons et leurs cris dans son camp étonné
Ont répandu le trouble et la terreur subite
DontGédéon frappa le fier Madianite.
Les Tyriensjetant armes et boucliers
Ontpar divers cheminsdisparu lespremiers ;
Quelques Juifs éperdus ont aussi pris la fuite;
Maisde Dieu sur Joas admirant la conduite
Le reste àhaute voix s'est pour lui déclaré.
Enfind'un mêmeesprit tout le peuple inspiré
Femmesviellardsenfantss'embrassant avec joie
Bénissent le Seigneur et celuiqu'il envoie.
Tous chantent de David le fils ressuscité.
Baal est en horreur dans la sainte cité ;
De sontemple profane on a brisé les portes ;
Mathan est égorgé.

ATHALIE
Dieu des Juifstu l'emportes !
Ouic'est Joas ; je chercheen vain à me tromper.
Je reconnais l'endroit où jele fis frapper ;
Je vois d'Okosias et le port et le geste.
Toutme retrace enfin un sang que je déteste.
DavidDavidtriomphe : Achab seul est détruit.
Impitoyable Dieutoiseul as tout conduit.
C'est toi quime flattant d'une vengeanceaisée
M'a vingt fois en un jour à moi-mêmeopposée
Tantôt pour un enfant excitant mes remords
Tantôt m'éblouissant de tes riches trésors
Que j'ai craint de livrer aux flammesau pillage.
Qu'ilrègne donc ce filston soin et ton ouvrage ;
Et quepoursignaler son empire nouveau
On lui fasse en mon sein enfoncer lecouteau !
Voici ce qu'en mourant lui souhaite sa mère :
Que dis-jesouhaiter ! Je me flattej'espère
Qu'indocile à ton jougfatigué de ta loi
Fidèleau sang d'Achab qu'il a reçu de moi
Conforme à sonaïeulà son père semblable
On verra de Davidl'héritier détestable
Abolir tes honneursprofanerton autel
Et venger AthalieAchab et Jézabel.

JOAD
Qu'àl'instant hors du temple elle soit emmenée
Et que lasainteté n'en soit pas profanée.
Allezsacrésvengeurs de vos princes meurtris
De leur sang par sa mort fairecesse les cris.
Si quelque audacieux embrasse sa querelle
Qu'àla fureur du glaive on le livre avec elle.


ScèneVII. - JOASJOADJOSABETABNERetc.


JOAS
Dieuqui voyez mon trouble et mon affliction
Détournezloin de moi sa malédiction
Et ne souffrez jamais qu'ellesoit accomplie.
Faites que Joas meure avant qu'il vous oublie.

JOADauxlévites.
Appelez tout le peupleet montrons-lui son roi ;
Qu'il lui vienne en ses mains renouveler sa foi.
Roiprêtrespeupleallonspleins de reconnaissance
De Jacobavec Dieu confirmer l'alliance
Etsaintement confus de noségarements
Nous rengager à lui par de nouveauxserments.
Abnerauprès du roi reprenez votre place.


ScèneVIII. - Un léviteJOASJOADetc.


JOADau lévite.
Hé bien ! de cette impie a-t-on punil'audace ?

LE LÉVITE
Le fer a de sa vie expié les horreurs.
Jérusalemlongtemps en proie à ses fureurs
De son joug odieux àla fin soulagée
Avec joie en son sang la regarde plongée.

JOAD
Parcette fin terribleet due à ses forfaits
Apprenezroides Juifset n'oubliez jamais
Que les rois dans le ciel ont unjuge sévère
L'innocence un vengeuret l'orphelinun père.