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François de La Rochefoucauld Reflexions ou Sentences et maximes morales



Nosvertus ne sontle plus souventque des vices déguisés.



1

Ce quenous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage dediverses actions et de divers intérêtsque la fortuneou notre industrie savent arranger; et ce n'est pas toujours parvaleur et par chasteté que les hommes sont vaillantset queles femmes sont chastes.

2

L'amour-propreest le plus grand de tous les flatteurs.

3

Quelquedécouverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propreil y reste encore bien des terres inconnues.

4

L'amour-propreest plus habile que le plus habile homme du monde.

5

La duréede nos passions ne dépend pas plus de nous que la duréede notre vie.

6

La passionfait souvent un fou du plus habile hommeet rend souvent les plussots habiles.

7

Cesgrandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeuxsont représentées par les politiques comme les effetsdes grands desseinsau lieu que ce sont d'ordinaire les effets del'humeur et des passions Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoinequ'on rapporte à l'ambition qu'ils avaient de se rendremaîtres du monden'était peut-être qu'un effet dejalousie.

8

Lespassions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sontcomme un art de la nature dont les règles sont infaillibles;et l'homme le plus simple qui a de la passion persuade mieux que leplus éloquent qui n'en a point.

9

Lespassions ont une injustice et un propre intérêt qui faitqu'il est dangereux de les suivreet qu'on s'en doit défierlors même qu'elles paraissent les plus raisonnables.

10

Il y adans le coeur humain une génération perpétuellede passionsen sorte que la ruine de l'une est presque toujoursl'établissement d'une autre.

11

Lespassions en engendrent souvent qui leur sont contraires. L'avariceproduit quelquefois la prodigalitéet la prodigalitél'avarice; on est souvent ferme par faiblesseet audacieux partimidité.

12

Quelquesoin que l'on prenne de couvrir ses passions par des apparences depiété et d'honneurelles paraissent toujours autravers de ces voiles.

13

Notreamour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûtsque de nos opinions.

14

Les hommesne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir desbienfaits et des injures; ils haïssent même ceux qui lesont obligéset cessent de haïr ceux qui leur ont faitdes outrages. L'application à récompenser le bienet àse venger du malleur paraît une servitude à laquelleils ont peine de se soumettre.

15

Laclémence des princes n'est souvent qu'une politique pourgagner l'affection des peuples.

16

Cetteclémence dont on fait une vertu se pratique tantôt parvanitéquelquefois par paressesouvent par crainteetpresque toujours par tous les trois ensemble.

17

Lamodération des personnes heureuses vient du calme que la bonnefortune donne à leur humeur.

18

Lamodération est une crainte de tomber dans l'envie et dans lemépris que méritent ceux qui s'enivrent de leurbonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit; etenfin la modération des hommes dans leur plus haute élévationest un désir de paraître plus grands que leur fortune.

19

Nous avonstous assez de force pour supporter les maux d'autrui.

20

Laconstance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dansle coeur.

21

Ceux qu'oncondamne au supplice affectent quelquefois une constance et un méprisde la mort qui n'est en effet que la crainte de l'envisager. De sortequ'on peut dire que cette constance et ce mépris sont àleur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux.

22

Laphilosophie triomphe aisément des maux passés et desmaux à venir. Mais les maux présents triomphent d'elle.

23

Peu degens connaissent la mort. On ne la souffre pas ordinairement parrésolutionmais par stupidité et par coutume; et laplupart des hommes meurent parce qu'on ne peut s'empêcher demourir.

24

Lorsqueles grands hommes se laissent abattre par la longueur de leursinfortunesils font voir qu'ils ne les soutenaient que par la forcede leur ambitionet non par celle de leur âmeet qu'àune grande vanité près les héros sont faitscomme les autres hommes.

25

Il faut deplus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.

26

Le soleilni la mort ne se peuvent regarder fixement.

27

On faitsouvent vanité des passions même les plus criminelles;mais l'envie est une passion timide et honteuse que l'on n'ose jamaisavouer.

28

Lajalousie est en quelque manière juste et raisonnablepuisqu'elle ne tend qu'à conserver un bien qui nousappartientou que nous croyons nous appartenir; au lieu que l'envieest une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres.

29

Le mal quenous faisons ne nous attire pas tant de persécution et dehaine que nos bonnes qualités.

30

Nous avonsplus de force que de volonté; et c'est souvent pour nousexcuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que leschoses sont impossibles.

31

Si nousn'avions point de défautsnous ne prendrions pas tant deplaisir à en remarquer dans les autres.

32

Lajalousie se nourrit dans les douteset elle devient fureurou ellefinitsitôt qu'on passe du doute à la certitude.

33

L'orgueilse dédommage toujours et ne perd rien lors même qu'ilrenonce à la vanité.

34

Si nousn'avions point d'orgueilnous ne nous plaindrions pas de celui desautres.

35

L'orgueilest égal dans tous les hommeset il n'y a de différencequ'aux moyens et à la manière de le mettre au jour.

36

Il sembleque la naturequi a si sagement disposé les organes de notrecorps pour nous rendre heureuxnous ait aussi donné l'orgueilpour nous épargner la douleur de connaître nosimperfections.

37

L'orgueila plus de part que la bonté aux remontrances que nous faisonsà ceux qui commettent des fautes; et nous ne les reprenons pastant pour les en corriger que pour leur persuader que nous en sommesexempts.

38

Nouspromettons selon nos espéranceset nous tenons selon noscraintes.

39

L'intérêtparle toutes sortes de langueset joue toutes sortes de personnagesmême celui de désintéressé.

40

L'intérêtqui aveugle les unsfait la lumière des autres.

41

Ceux quis'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairementincapables des grandes.

42

Nousn'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison.

43

L'hommecroit souvent se conduire lorsqu'il est conduit; et pendant que parson esprit il tend à un butson coeur l'entraîneinsensiblement à un autre.

44

La forceet la faiblesse de l'esprit sont mal nommées; elles ne sont eneffet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps.

45

Le capricede notre humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune.

46

L'attachementou l'indifférence que les philosophes avaient pour la vien'était qu'un goût de leur amour-propredont on ne doitnon plus disputer que du goût de la langue ou du choix descouleurs.

47

Notrehumeur met le prix à tout ce qui nous vient de la fortune.

48

Lafélicité est dans le goût et non pas dans leschoses; et c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureuxet nonpar avoir ce que les autres trouvent aimable.

49

On n'estjamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine.

50

Ceux quicroient avoir du mérite se font un honneur d'êtremalheureuxpour persuader aux autres et à eux-mêmesqu'ils sont dignes d'être en butte à la fortune.

51

Rien nedoit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mêmesque de voir que nous désapprouvons dans un temps ce que nousapprouvions dans un autre.

52

Quelquedifférence qui paraisse entre les fortunesil y a néanmoinsune certaine compensation de biens et de maux qui les rend égales.

53

Quelquesgrands avantages que la nature donnece n'est pas elle seulemaisla fortune avec elle qui fait les héros.

54

Le méprisdes richesses était dans les philosophes un désir cachéde venger leur mérite de l'injustice de la fortune par lemépris des mêmes biens dont elle les privait; c'étaitun secret pour se garantir de l'avilissement de la pauvreté;c'était un chemin détourné pour aller àla considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses.

55

La hainepour les favoris n'est autre chose que l'amour de la faveur. Le dépitde ne la pas posséder se console et s'adoucit par le méprisque l'on témoigne de ceux qui la possèdent; et nousleur refusons nos hommagesne pouvant pas leur ôter ce quileur attire ceux de tout le monde.

56

Pours'établir dans le mondeon fait tout ce que l'on peut pour yparaître établi.

57

Quoiqueles hommes se flattent de leurs grandes actionselles ne sont passouvent les effets d'un grand desseinmais des effets du hasard.

58

Il sembleque nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses àqui elles doivent une grande partie de la louange et du blâmequ'on leur donne.

59

Il n'y apoint d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirentquelque avantageni de si heureux que les imprudents ne puissenttourner à leur préjudice.

60

La fortunetourne tout à l'avantage de ceux qu'elle favorise.

61

Le bonheuret le malheur des hommes ne dépend pas moins de leur humeurque de la fortune.

62

Lasincérité est une ouverture de coeur. On la trouve enfort peu de gens; et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'unefine dissimulation pour attirer la confiance des autres.

63

L'aversiondu mensonge est souvent une imperceptible ambition de rendre nostémoignages considérableset d'attirer a nos parolesun respect de religion.

64

La vériténe fait pas tant de bien dans le monde que ses apparences y font demal.

65

Il n'y apoint d'éloges qu'on ne donne à la prudence. Cependantelle ne saurait nous assurer du moindre événement.

66

Un habilehomme doit régler le rang de ses intérêts et lesconduire chacun dans son ordre. Notre avidité le troublesouvent en nous faisant courir à tant de choses à lafois quepour désirer trop les moins importanteson manqueles plus considérables.

67

La bonnegrâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit.

68

Il estdifficile de définir l'amour. Ce qu'on en peut dire est quedans l'âme c'est une passion de régnerdans les espritsc'est une sympathieet dans le corps ce n'est qu'une envie cachéeet délicate de posséder ce que l'on aime aprèsbeaucoup de mystères.

69

S'il y aun amour pur et exempt du mélange de nos autres passionsc'est celui qui est caché au fond du coeuret que nousignorons nous-mêmes.

70

Il n'y apoint de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour oùil estni le feindre où il n'est pas.

71

Il n'y aguère de gens qui ne soient honteux de s'être aimésquand ils ne s'aiment plus.

72

Si on jugede l'amour par la plupart de ses effetsil ressemble plus a la hainequ'à l'amitié.

73

On peuttrouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie; mais il estrare d'en trouver qui n'en aient jamais eu qu'une.

74

Il n'y aque d'une sorte d'amourmais il y en a mille différentescopies

75

L'amouraussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel;et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou decraindre.

76

Il est duvéritable amour comme de l'apparition des esprits tout lemonde en parlemais peu de gens en ont vu.

77

L'amourprête son nom à un nombre infini de commerces qu'on luiattribueet où il n'a non plus de part que le Doge àce qui se fait à Venise.

78

L'amour dela justice n'est en la plupart des hommes que la crainte de souffrirl'injustice.

79

Le silenceest le parti le plus sûr de celui qui se défie desoi-même.

80

Ce quinous rend si changeants dans nos amitiésc'est qu'il estdifficile de connaître les qualités de l'âmeetfacile de connaître celles de l'esprit.

68

Il estdifficile de définir l'amour. Ce qu'on en peut dire est quedans l'âme c'est une passion de régnerdans les espritsc'est une sympathieet dans le corps ce n'est qu'une envie cachéeet délicate de posséder ce que l'on aime aprèsbeaucoup de mystères.

69

S'il y aun amour pur et exempt du mélange de nos autres passionsc'est celui qui est caché au fond du coeuret que nousignorons nous-mêmes.

70

Il n'y apoint de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour oùil estni le feindre où il n'est pas.

71

Il n'y aguère de gens qui ne soient honteux de s'être aimésquand ils ne s'aiment plus.

72

Si on jugede l'amour par la plupart de ses effetsil ressemble plus a la hainequ'à l'amitié.

73

On peuttrouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie; mais il estrare d'en trouver qui n'en aient jamais eu qu'une.

74

Il n'y aque d'une sorte d'amourmais il y en a mille différentescopies

75

L'amouraussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel;et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou decraindre.

76

Il est duvéritable amour comme de l'apparition des esprits tout lemonde en parlemais peu de gens en ont vu.

77

L'amourprête son nom à un nombre infini de commerces qu'on luiattribueet où il n'a non plus de part que le Doge àce qui se fait à Venise.

78

L'amour dela justice n'est en la plupart des hommes que la crainte de souffrirl'injustice.

79

Le silenceest le parti le plus sûr de celui qui se défie desoi-même.

80

Ce quinous rend si changeants dans nos amitiésc'est qu'il estdifficile de connaître les qualités de l'âmeetfacile de connaître celles de l'esprit.

81

Nous nepouvons rien aimer que par rapport à nouset nous ne faisonsque suivre notre goût et notre plaisir quand nous préféronsnos amis à nous- mêmes; c'est néanmoins par cettepréférence seule que l'amitié peut êtrevraie et parfaite.

82

Laréconciliation avec nos ennemis n'est qu'un désir derendre notre condition meilleureune lassitude de la guerreet unecrainte de quelque mauvais événement.

83

Ce que leshommes ont nommé amitié n'est qu'une sociétéqu'un ménagement réciproque d'intérêtsetqu'un échange de bons offices; ce n'est enfin qu'un commerceoù l'amour-propre se propose toujours quelque chose àgagner.

84

Il estplus honteux de se défier de ses amis que d'en êtretrompé.

85

Nous nouspersuadons souvent d'aimer les gens plus puissants que nous; etnéanmoins c'est l'intérêt seul qui produit notreamitié. Nous ne nous donnons pas à eux pour le bien quenous leur voulons fairemais pour celui que nous en voulonsrecevoir.

86

Notredéfiance justifie la tromperie d'autrui.

87

Les hommesne vivraient pas longtemps en société s'ils n'étaientles dupes les uns des autres.

88

L'amour-proprenous augmente ou nous diminue les bonnes qualités de nos amisà proportion de la satisfaction que nous avons d'eux; et nousjugeons de leur mérite par la manière dont ils viventavec nous.

89

Tout lemonde se plaint de sa mémoireet personne ne se plaint de sonjugement.

90

Nousplaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos défautsque par nos bonnes qualités.

91

La plusgrande ambition n'en a pas la moindre apparence lorsqu'elle serencontre dans une impossibilité absolue d'arriver oùelle aspire

92

Détromperun homme préoccupé de son mérite est lui rendreun aussi mauvais office que celui que l'on rendit à ce foud'Athènesqui croyait que tous les vaisseaux qui arrivaientdans le port étaient à lui.

93

Lesvieillards aiment à donner de bons préceptespour seconsoler de n'être plus en état de donner de mauvaisexemples.

94

Les grandsnoms abaissentau lieu d'éleverceux qui ne les savent passoutenir.

95

La marqued'un mérite extraordinaire est de voir que ceux qui l'envientle plus sont contraints de le louer.

96

Tel hommeest ingratqui est moins coupable de son ingratitude que celui quilui a fait du bien.

97

On s'esttrompé lorsqu'on a cru que l'esprit et le jugement étaientdeux choses différentes. Le jugement n'est que la grandeur dela lumière de l'esprit; cette lumière pénètrele fond des choses; elle y remarque tout ce qu'il faut remarquer etaperçoit celles qui semblent imperceptibles. Ainsi il fautdemeurer d'accord que c'est l'étendue de la lumière del'esprit qui produit tous les effets qu'on attribue au jugement.

98

Chacun ditdu bien de son coeuret personne n'en ose dire de son esprit.

99

Lapolitesse de l'esprit consiste à penser des choses honnêteset délicates.

100

Lagalanterie de l'esprit est de dire des choses flatteuses d'unemanière agréable.

101

Il arrivesouvent que des choses se présentent plus achevées ànotre esprit qu'il ne les pourrait faire avec beaucoup d'art.

102

L'espritest toujours la dupe du coeur.

103

Tous ceuxqui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur coeur.

104

Les hommeset les affaires ont leur point de perspective. Il y en a qu'il fautvoir de près pour en bien jugeret d'autres dont on ne jugejamais si bien que quand on en est éloigné.

105

Celui-làn'est pas raisonnable à qui le hasard fait trouver la raisonmais celui qui la connaîtqui la discerneet qui la goûte.

106

Pour biensavoir les chosesil en faut savoir le détail; et comme ilest presque infininos connaissances sont toujours superficielles etimparfaites.

107

C'est uneespèce de coquetterie de faire remarquer qu'on n'en faitjamais.

108

L'espritne saurait jouer longtemps le personnage du coeur.

109

Lajeunesse change ses goûts par l'ardeur du sanget lavieillesse conserve les siens par l'accoutumance.

110

On nedonne rien si libéralement que ses conseils.

111

Plus onaime une maîtresseet plus on est près de la haïr.

112

Lesdéfauts de l'esprit augmentent en vieillissant comme ceux duvisage.

113

Il y a debons mariagesmais il n'y en a point de délicieux.

114

On ne sepeut consoler d'être trompé par ses ennemiset trahipar ses amis; et l'on est souvent satisfait de l'être parsoi-même.

115

Il estaussi facile de se tromper soi-même sans s'en apercevoir qu'ilest difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en aperçoivent.

116

Rien n'estmoins sincère que la manière de demander et de donnerdes conseils. Celui qui en demande paraît avoir une déférencerespectueuse pour les sentiments de son amibien qu'il ne pense qu'àlui faire approuver les sienset à le rendre garant de saconduite. Et celui qui conseille paye la confiance qu'on lui témoigned'un zèle ardent et désintéresséquoiqu'il ne cherche le plus souvent dans les conseils qu'il donneque son propre intérêt ou sa gloire.

117

La plussubtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomberdans les pièges que l'on nous tendet on n'est jamais siaisément trompé que quand on songe à tromper lesautres.

118

L'intentionde ne jamais tromper nous expose à être souvent trompés.

119

Noussommes si accoutumés à nous déguiser aux autresqu'enfin nous nous déguisons à nous-mêmes.

120

L'on faitplus souvent des trahisons par faiblesse que par un dessein forméde trahir.

121

On faitsouvent du bien pour pouvoir impunément faire du mal.

122

Si nousrésistons à nos passionsc'est plus par leur faiblesseque par notre force.

123

Onn'aurait guère de plaisir si on ne se flattait jamais.

124

Les plushabiles affectent toute leur vie de blâmer les finesses pours'en servir en quelque grande occasion et pour quelque grand intérêt.

125

L'usageordinaire de la finesse est la marque d'un petit espritet il arrivepresque toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en unendroitse découvre en un autre.

126

Lesfinesses et les trahisons ne viennent que de manque d'habileté.

127

Le vraimoyen d'être trompéc'est de se croire plus fin que lesautres.

128

La tropgrande subtilité est une fausse délicatesseet lavéritable délicatesse est une solide subtilité.

129

Il suffitquelquefois d'être grossier pour n'être pas trompépar un habile homme.

130

Lafaiblesse est le seul défaut que l'on ne saurait corriger.

131

Le moindredéfaut des femmes qui se sont abandonnées àfaire l'amourc'est de faire l'amour.

132

Il estplus aisé d'être sage pour les autres que de l'êtrepour soi-même.

133

Les seulesbonnes copies sont celles qui nous font voir le ridicule des méchantsoriginaux.

134

On n'estjamais si ridicule par les qualités que l'on a que par cellesque l'on affecte d'avoir.

135

On estquelquefois aussi différent de soi-même que des autres.

136

Il y a desgens qui n'auraient jamais été amoureux s'ils n'avaientjamais entendu parler de l'amour.

137

On parlepeu quand la vanité ne fait pas parler.

138

On aimemieux dire du mal de soi-même que de n'en point parler.

139

Une deschoses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui paraissentraisonnables et agréables dans la conversationc'est qu'iln'y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu'ilveut dire qu'à répondre précisément àce qu'on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants secontentent de montrer seulement une mine attentiveau mêmetemps que l'on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un égarementpour ce qu'on leur ditet une précipitation pour retourner àce qu'ils veulent dire; au lieu de considérer que c'est unmauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuaderque dechercher si fort à se plaire à soi-mêmeet quebien écouter et bien répondre est une des plus grandesperfections qu'on puisse avoir dans la conversation.

140

Un hommed'esprit serait souvent bien embarrassé sans la compagnie dessots.

141

Nous nousvantons souvent de ne nous point ennuyer; et nous sommes si glorieuxque nous ne voulons pas nous trouver de mauvaise compagnie.

142

Commec'est le caractère des grands esprits de faire entendre en peude paroles beaucoup de chosesles petits esprits au contraire ont ledon de beaucoup parleret de ne rien dire.

143

C'estplutôt par l'estime de nos propres sentiments que nousexagérons les bonnes qualités des autresque parl'estime de leur mérite; et nous voulons nous attirer deslouangeslorsqu'il semble que nous leur en donnons.

144

On n'aimepoint à loueret on ne loue jamais personne sans intérêt.La louange est une flatterie habilecachéeet délicatequi satisfait différemment celui qui la donneet celui qui lareçoit. L'un la prend comme une récompense de sonmérite; l'autre la donne pour faire remarquer son équitéet son discernement.

145

Nouschoisissons souvent des louanges empoisonnées qui font voirpar contrecoup en ceux que nous louons des défauts que nousn'osons découvrir d'une autre sorte.

146

On ne loued'ordinaire que pour être loué.

147

Peu degens sont assez sages pour préférer le blâme quileur est utile à la louange qui les trahit.

148

Il y a desreproches qui louentet des louanges qui médisent.

149

Le refusdes louanges est un désir d'être loué deux fois.

150

Le désirde mériter les louanges qu'on nous donne fortifie notre vertu;et celles que l'on donne à l'esprità la valeuret àla beauté contribuent à les augmenter.

151

Il estplus difficile de s'empêcher d'être gouverné quede gouverner les autres.

152

Si nous nenous flattions point nous-mêmesla flatterie des autres nenous pourrait nuire.

153

La naturefait le mériteet la fortune le met en oeuvre.

154

La fortunenous corrige de plusieurs défauts que la raison ne sauraitcorriger.

155

Il y a desgens dégoûtants avec du mériteet d'autres quiplaisent avec des défauts.

156

Il y a desgens dont tout le mérite consiste à dire et àfaire des sottises utilementet qui gâteraient tout s'ilschangeaient de conduite.

157

La gloiredes grands hommes se doit toujours mesurer aux moyens dont ils sesont servis pour l'acquérir.

158

Laflatterie est une fausse monnaie qui n'a de cours que par notrevanité.

159

Ce n'estpas assez d'avoir de grandes qualités; il en faut avoirl'économie.

160

Quelqueéclatante que soit une actionelle ne doit pas passer pourgrande lorsqu'elle n'est pas l'effet d'un grand dessein.

161

Il doit yavoir une certaine proportion entre les actions et les desseins si onen veut tirer tous les effets qu'elles peuvent produire.

162

L'art desavoir bien mettre en oeuvre de médiocres qualitésdérobe l'estime et donne souvent plus de réputation quele véritable mérite.

163

Il y a uneinfinité de conduites qui paraissent ridiculeset dont lesraisons cachées sont très sages et très solides.

164

Il estplus facile de paraître digne des emplois qu'on n'a pas que deceux que l'on exerce.

165

Notremérite nous attire l'estime des honnêtes genset notreétoile celle du public.

166

Le monderécompense plus souvent les apparences du mérite que lemérite même.

167

L'avariceest plus opposée à l'économie que la libéralité.

168

L'espérancetoute trompeuse qu'elle estsert au moins à nous mener àla fin de la vie par un chemin agréable.

169

Pendantque la paresse et la timidité nous retiennent dans notredevoirnotre vertu en a souvent tout l'honneur.

170

Il estdifficile de juger si un procédé netsincère ethonnête est un effet de probité ou d'habileté.

171

Les vertusse perdent dans l'intérêtcomme les fleuves se perdentdans la mer.

172

Si onexamine bien les divers effets de l'ennuion trouvera qu'il faitmanquer à plus de devoirs que l'intérêt.

173

Il y adiverses sortes de curiosité: l'une d'intérêtqui nous porte à désirer d'apprendre ce qui nous peutêtre utileet l'autre d'orgueilqui vient du désir desavoir ce que les autres ignorent.

174

Il vautmieux employer notre esprit à supporter les infortunes quinous arrivent qu'à prévoir celles qui nous peuventarriver.

175

Laconstance en amour est une inconstance perpétuellequi faitque notre coeur s'attache successivement à toutes les qualitésde la personne que nous aimonsdonnant tantôt la préférenceà l'unetantôt à l'autre; de sorte que cetteconstance n'est qu'une inconstance arrêtée et renferméedans un même sujet.

176

Il y adeux sortes de constance en amour: l'une vient de ce que l'on trouvesans cesse dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'aimeret l'autre vient de ce que l'on se fait un honneur d'êtreconstant.

177

Lapersévérance n'est digne ni de blâme ni delouangeparce qu'elle n'est que la durée des goûts etdes sentimentsqu'on ne s'ôte et qu'on ne se donne point.

178

Ce quinous fait aimer les nouvelles connaissances n'est pas tant lalassitude que nous avons des vieilles ou le plaisir de changerquele dégoût de n'être pas assez admirés deceux qui nous connaissent tropet l'espérance de l'êtredavantage de ceux qui ne nous connaissent pas tant.

179

Nous nousplaignons quelquefois légèrement de nos amis pourjustifier par avance notre légèreté.

180

Notrerepentir n'est pas tant un regret du mal que nous avons faitqu'unecrainte de celui qui nous en peut arriver.

181

Il y a uneinconstance qui vient de la légèreté de l'espritou de sa faiblessequi lui fait recevoir toutes les opinionsd'autruiet il y en a une autrequi est plus excusablequi vientdu dégoût des choses.

182

Les vicesentrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dansla composition des remèdes. La prudence les assemble et lestempèreet elle s'en sert utilement contre les maux de lavie.

183

Il fautdemeurer d'accord à l'honneur de la vertu que les plus grandsmalheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les crimes.

184

Nousavouons nos défauts pour réparer par notre sincéritéle tort qu'ils nous font dans l'esprit des autres.

185

Il y a deshéros en mal comme en bien.

186

On neméprise pas tous ceux qui ont des vices; mais on méprisetous ceux qui n'ont aucune vertu.

187

Le nom dela vertu sert à l'intérêt aussi utilement que lesvices.

188

La santéde l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps; etquoique l'on paraisse éloigné des passionson n'estpas moins en danger de s'y laisser emporter que de tomber maladequand on se porte bien.

189

Il sembleque la nature ait prescrit à chaque homme dès sanaissance des bornes pour les vertus et pour les vices.

190

Iln'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts.

191

On peutdire que les vices nous attendent dans le cours de la vie comme deshôtes chez qui il faut successivement loger; et je doute quel'expérience nous les fit éviter s'il nous étaitpermis de faire deux fois le même chemin.

192

Quand lesvices nous quittentnous nous flattons de la créance quec'est nous qui les quittons.

193

Il y a desrechutes dans les maladies de l'âmecomme dans celles ducorps. Ce que nous prenons pour notre guérison n'est le plussouvent qu'un relâche ou un changement de mal.

194

Lesdéfauts de l'âme sont comme les blessures du corps:quelque soin qu'on prenne de les guérirla cicatrice paraîttoujourset elles sont à tout moment en danger de se rouvrir.

195

Ce quinous empêche souvent de nous abandonner à un seul viceest que nous en avons plusieurs.

196

Nousoublions aisément nos fautes lorsqu'elles ne sont sues que denous.

197

Il y a desgens de qui l'on peut ne jamais croire du mal sans l'avoir vu; maisil n'y en a point en qui il nous doive surprendre en le voyant.

198

Nousélevons la gloire des uns pour abaisser celle des autres. Etquelquefois on louerait moins Monsieur le Prince et M. de Turenne sion ne les voulait point blâmer tous deux.

199

Le désirde paraître habile empêche souvent de le devenir.

200

La vertun'irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie.

201

Celui quicroit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de tout lemonde se trompe fort; mais celui qui croit qu'on ne peut se passer delui se trompe encore davantage.

202

Les fauxhonnêtes gens sont ceux qui déguisent leurs défautsaux autres et à eux-mêmes. Les vrais honnêtes genssont ceux qui les connaissent parfaitement et les confessent.

203

Le vraihonnête homme est celui qui ne se pique de rien.

204

Lasévérité des femmes est un ajustement et un fardqu'elles ajoutent à leur beauté.

180

Notrerepentir n'est pas tant un regret du mal que nous avons faitqu'unecrainte de celui qui nous en peut arriver.

181

Il y a uneinconstance qui vient de la légèreté de l'espritou de sa faiblessequi lui fait recevoir toutes les opinionsd'autruiet il y en a une autrequi est plus excusablequi vientdu dégoût des choses.

182

Les vicesentrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dansla composition des remèdes. La prudence les assemble et lestempèreet elle s'en sert utilement contre les maux de lavie.

183

Il fautdemeurer d'accord à l'honneur de la vertu que les plus grandsmalheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les crimes.

184

Nousavouons nos défauts pour réparer par notre sincéritéle tort qu'ils nous font dans l'esprit des autres.

185

Il y a deshéros en mal comme en bien.

186

On neméprise pas tous ceux qui ont des vices; mais on méprisetous ceux qui n'ont aucune vertu.

187

Le nom dela vertu sert à l'intérêt aussi utilement que lesvices.

188

La santéde l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps; etquoique l'on paraisse éloigné des passionson n'estpas moins en danger de s'y laisser emporter que de tomber maladequand on se porte bien.

189

Il sembleque la nature ait prescrit à chaque homme dès sanaissance des bornes pour les vertus et pour les vices.

190

Iln'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts.

191

On peutdire que les vices nous attendent dans le cours de la vie comme deshôtes chez qui il faut successivement loger; et je doute quel'expérience nous les fit éviter s'il nous étaitpermis de faire deux fois le même chemin.

192

Quand lesvices nous quittentnous nous flattons de la créance quec'est nous qui les quittons.

193

Il y a desrechutes dans les maladies de l'âmecomme dans celles ducorps. Ce que nous prenons pour notre guérison n'est le plussouvent qu'un relâche ou un changement de mal.

194

Lesdéfauts de l'âme sont comme les blessures du corps:quelque soin qu'on prenne de les guérirla cicatrice paraîttoujourset elles sont à tout moment en danger de se rouvrir.

195

Ce quinous empêche souvent de nous abandonner à un seul viceest que nous en avons plusieurs.

196

Nousoublions aisément nos fautes lorsqu'elles ne sont sues que denous.

197

Il y a desgens de qui l'on peut ne jamais croire du mal sans l'avoir vu; maisil n'y en a point en qui il nous doive surprendre en le voyant.

198

Nousélevons la gloire des uns pour abaisser celle des autres. Etquelquefois on louerait moins Monsieur le Prince et M. de Turenne sion ne les voulait point blâmer tous deux.

199

Le désirde paraître habile empêche souvent de le devenir.

200

La vertun'irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie.

201

Celui quicroit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de tout lemonde se trompe fort; mais celui qui croit qu'on ne peut se passer delui se trompe encore davantage.

202

Les fauxhonnêtes gens sont ceux qui déguisent leurs défautsaux autres et à eux-mêmes. Les vrais honnêtes genssont ceux qui les connaissent parfaitement et les confessent.

203

Le vraihonnête homme est celui qui ne se pique de rien.

204

Lasévérité des femmes est un ajustement et un fardqu'elles ajoutent à leur beauté.

205

L'honnêtetédes femmes est souvent l'amour de leur réputation et de leurrepos.

206

C'est êtrevéritablement honnête homme que de vouloir êtretoujours exposé à la vue des honnêtes gens.

207

La folienous suit dans tous les temps de la vie. Si quelqu'un paraîtsagec'est seulement parce que ses folies sont proportionnéesà son âge et à sa fortune.

208

Il y a desgens niais qui se connaissentet qui emploient habilement leurniaiserie.

209

Qui vitsans folie n'est pas si sage qu'il croit 3h

210

Envieillissant on devient plus fouet plus sage.

211

Il y a desgens qui ressemblent aux vaudevillesqu'on ne chante qu'un certaintemps.

212

La plupartdes gens ne jugent des hommes que par la vogue qu'ils ontou parleur fortune.

213

L'amour dela gloirela crainte de la hontele dessein de faire fortuneledésir de rendre notre vie commode et agréableetl'envie d'abaisser les autressont souvent les causes de cettevaleur si célèbre parmi les hommes.

214

La valeurest dans les simples soldats un métier périlleux qu'ilsont pris pour gagner leur vie.

215

Laparfaite valeur et la poltronnerie complète sont deuxextrémités où l'on arrive rarement. L'espace quiest entre-deux est vasteet contient toutes les autres espècesde courage: il n'y a pas moins de différence entre ellesqu'entre les visages et les humeurs. Il y a des hommes qui s'exposentvolontiers au commencement d'une actionet qui se relâchent etse rebutent aisément par sa durée. Il y en a qui sontcontents quand ils ont satisfait à l'honneur du mondeet quifont fort peu de chose au delà. On en voit qui ne sont pastoujours également maîtres de leur peur. D'autres selaissent quelquefois entraîner à des terreurs générales.D'autres vont à la charge parce qu'ils n'osent demeurer dansleurs postes. Il s'en trouve à qui l'habitude des moindrespérils affermit le courage et les prépare às'exposer à de plus grands. Il y en a qui sont braves àcoups d'épéeet qui craignent les coups de mousquet;d'autres sont assurés aux coups de mousquetet appréhendentde se battre à coups d'épée. Tous ces couragesde différentes espèces conviennent en ce que la nuitaugmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actionselle donne la liberté de se ménager. Il y a encore unautre ménagement plus général; car on ne voitpoint d'homme qui fasse tout ce qu'il serait capable de faire dansune occasion s'il était assuré d'en revenir. De sortequ'il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chosede la valeur.

216

Laparfaite valeur est de faire sans témoins ce qu'on seraitcapable de faire devant tout le monde.

217

L'intrépiditéest une force extraordinaire de l'âme qui l'élèveau-dessus des troublesdes désordres et des émotionsque la vue des grands périls pourrait exciter en elle; etc'est par cette force que les héros se maintiennent en un étatpaisibleet conservent l'usage libre de leur raison dans lesaccidents les plus surprenants et les plus terribles.

218

L'hypocrisieest un hommage que le vice rend à la vertu.

219

La plupartdes hommes s'exposent assez dans la guerre pour sauver leur honneur.Mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est nécessairepour faire réussir le dessein pour lequel ils s'exposent.

220

La vanitéla honteet surtout le tempéramentfont souvent la valeurdes hommeset la vertu des femmes.

221

On ne veutpoint perdre la vieet on veut acquérir de la gloire; ce quifait que les braves ont plus d'adresse et d'esprit pour éviterla mort que les gens de chicane n'en ont pour conserver leur bien.

222

Il n'y aguère de personnes qui dans le premier penchant de l'âgene fassent connaître par où leur corps et leur espritdoivent défaillir.

223

Il est dela reconnaissance comme de la bonne foi des marchands: elleentretient le commerce; et nous ne payons pas parce qu'il est justede nous acquittermais pour trouver plus facilement des gens quinous prêtent.

224

Tous ceuxqui s'acquittent des devoirs de la reconnaissance ne peuvent pas pourcela se flatter d'être reconnaissants.

225

Ce quifait le mécompte dans la reconnaissance qu'on attend desgrâces que l'on a faitesc'est que l'orgueil de celui quidonneet l'orgueil de celui qui reçoitne peuvent convenirdu prix du bienfait.

226

Le tropgrand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation est uneespèce d'ingratitude.

227

Les gensheureux ne se corrigent guère; ils croient toujours avoirraison quand la fortune soutient leur mauvaise conduite.

228

L'orgueilne veut pas devoiret l'amour-propre ne veut pas payer.

229

Le bienque nous avons reçu de quelqu'un veut que nous respections lemal qu'il nous fait.

230

Rien n'estsi contagieux que l'exempleet nous ne faisons jamais de grandsbiens ni de grands maux qui n'en produisent de semblables. Nousimitons les bonnes actions par émulationet les mauvaises parla malignité de notre nature que la honte retenaitprisonnièreet que l'exemple met en liberté.

231

C'est unegrande folie de vouloir être sage tout seul

232

Quelqueprétexte que nous donnions à nos afflictionsce n'estsouvent que l'intérêt et la vanité qui lescausent.

233

Il y adans les afflictions diverses sortes d'hypocrisie. Dans l'unesousprétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous estchèrenous nous pleurons nous-mêmes; nous regrettons labonne opinion qu'il avait de nous; nous pleurons la diminution denotre biende notre plaisirde notre considération. Ainsiles morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour lesvivants. Je dis que c'est une espèce d'hypocrisieàcause que dans ces sortes d'afflictions on se trompe soi-même.Il y a une autre hypocrisie qui n'est pas si innocenteparce qu'elleimpose à tout le monde: c'est l'affliction de certainespersonnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelledouleur. Après que le temps qui consume tout a fait cessercelle qu'elles avaient en effetelles ne laissent pas d'opiniâtrerleurs pleursleurs plainteset leurs soupirs; elles prennent unpersonnage lugubreet travaillent à persuader par toutesleurs actions que leur déplaisir ne finira qu'avec leur vie.Cette triste et fatigante vanité se trouve d'ordinaire dansles femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les cheminsqui mènent à la gloireelles s'efforcent de se rendrecélèbres par la montre d'une inconsolable affliction.Il y a encore une autre espèce de larmes qui n'ont que depetites sources qui coulent et se tarissent facilement: on pleurepour avoir la réputation d'être tendreon pleure pourêtre plainton pleure pour être pleuré; enfin onpleure pour éviter la honte de ne pleurer pas.

234

C'est plussouvent par orgueil que par défaut de lumières qu'ons'oppose avec tant d'opiniâtreté aux opinions les plussuivies: on trouve les premières places prises dans le bonpartiet on ne veut point des dernières.

235

Nous nousconsolons aisément des disgrâces de nos amislorsqu'elles servent à signaler notre tendresse pour eux.

236

Il sembleque l'amour-propre soit la dupe de la bontéet qu'il s'oublielui-même lorsque nous travaillons pour l'avantage des autres.Cependant c'est prendre le chemin le plus assuré pour arriverà ses fins; c'est prêter à usure sous prétextede donner; c'est enfin s'acquérir tout le monde par un moyensubtil et délicat.

237

Nul nemérite d'être loué de bontés'il n'a pasla force d'être méchant: toute autre bonté n'estle plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté.

238

Il n'estpas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes quede leur faire trop de bien.

239

Rien neflatte plus notre orgueil que la confiance des grandsparce que nousla regardons comme un effet de notre méritesans considérerqu'elle ne vient le plus souvent que de vanitéoud'impuissance de garder le secret.

240

On peutdire de l'agrément séparé de la beautéque c'est une symétrie dont on ne sait point les règleset un rapport secret des traits ensembleet des traits avec lescouleurs et avec l'air de la personne.

241

Lacoquetterie est le fond de l'humeur des femmes. Mais toutes ne lamettent pas en pratiqueparce que la coquetterie de quelques-unesest retenue par la crainte ou par la raison.

242

Onincommode souvent les autres quand on croit ne les pouvoir jamaisincommoder.

243

Il y a peude choses impossibles d'elles-mêmes; et l'application pour lesfaire réussir nous manque plus que les moyens.

244

Lasouveraine habileté consiste à bien connaître leprix des choses.

245

C'est unegrande habileté que de savoir cacher son habileté.

246

Ce quiparaît générosité n'est souvent qu'uneambition déguisée qui méprise de petitsintérêtspour aller à de plus grands.

247

Lafidélité qui paraît en la plupart des hommesn'est qu'une invention de l'amour-propre pour attirer la confiance.C'est un moyen de nous élever au-dessus des autreset de nousrendre dépositaires des choses les plus importantes.

248

Lamagnanimité méprise tout pour avoir tout.

249

Il n'y apas moins d'éloquence dans le ton de la voixdans les yeux etdans l'air de la personneque dans le choix des paroles.

250

Lavéritable éloquence consiste à dire tout cequ'il fautet à ne dire que ce qu'il faut.

251

Il y a despersonnes à qui les défauts siéent bienetd'autres qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualités.

252

Il estaussi ordinaire de voir changer les goûts qu'il estextraordinaire de voir changer les inclinations.

253

L'intérêtmet en oeuvre toutes sortes de vertus et de vices.

254

L'humilitén'est souvent qu'une feinte soumissiondont on se sert poursoumettre les autres; c'est un artifice de l'orgueil qui s'abaissepour s'élever; et bien qu'il se transforme en mille manièresil n'est jamais mieux déguisé et plus capable detromper que lorsqu'il se cache sous la figure de l'humilité.

255

Tous lessentiments ont chacun un ton de voixdes gestes et des mines quileur sont propres. Et ce rapport bon ou mauvaisagréable oudésagréable. est ce qui fait que les personnes plaisentou déplaisent.

256

Danstoutes les professions chacun affecte une mine et un extérieurpour paraître ce qu'il veut qu'on le croie. Ainsi on peut direque le monde n'est composé que de mines.

257

La gravitéest un mystère du corps inventé pour cacher les défautsde l'esprit.

258

Le bongoût vient plus du jugement que de l'esprit.

259

Le plaisirde l'amour est d'aimer; et l'on est plus heureux par la passion quel'on a que par celle que l'on donne.

260

Lacivilité est un désir d'en recevoiret d'êtreestimé poli.

261

L'éducationque l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second amour-proprequ'on leur inspire.

262

Il n'y apoint de passion où l'amour de soi-même règne sipuissamment que dans l'amour; et on est toujours plus disposéà sacrifier le repos de ce qu'on aime qu'à perdre lesien.

263

Ce qu'onnomme libéralité n'est le plus souvent que la vanitéde donnerque nous aimons mieux que ce que nous donnons.

264

La pitiéest souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d'autrui.C'est une habile prévoyance des malheurs où nouspouvons tomber; nous donnons du secours aux autres pour les engager ànous en donner en de semblables occasions; et ces services que nousleur rendons sont à proprement parler des biens que nous nousfaisons à nous-mêmes par avance.

265

Lapetitesse de l'esprit fait l'opiniâtreté; et nous necroyons pas aisément ce qui est au-delà de ce que nousvoyons.

266

C'est setromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes passionscommel'ambition et l'amourqui puissent triompher des autres. La paressetoute languissante qu'elle estne laisse pas d'en être souventla maîtresse; elle usurpe sur tous les desseins et sur toutesles actions de la vie; elle y détruit et y consumeinsensiblement les passions et les vertus.

267

Lapromptitude à croire le mal sans l'avoir assez examinéest un effet de l'orgueil et de la paresse. On veut trouver descoupables; et on ne veut pas se donner la peine d'examiner lescrimes.

268

Nousrécusons des juges pour les plus petits intérêtset nous voulons bien que notre réputation et notre gloiredépendent du jugement des hommesqui nous sont toutcontrairesou par leur jalousieou par leur préoccupationou par leur peu de lumière; et ce n'est que pour les faireprononcer en notre faveur que nous exposons en tant de manièresnotre repos et notre vie.

269

Il n'y aguère d'homme assez habile pour connaître tout le malqu'il fait.

270

L'honneuracquis est caution de celui qu'on doit acquérir.

271

Lajeunesse est une ivresse continuelle: c'est la fièvre de laraison.

272

Rien nedevrait plus humilier les hommes qui ont mérité degrandes louangesque le soin qu'ils prennent encore de se fairevaloir par de petites choses.

273

Il y a desgens qu'on approuve dans le mondequi n'ont pour tout mériteque les vices qui servent au commerce de la vie.

274

La grâcede la nouveauté est à l'amour ce que la fleur est surles fruits; elle y donne un lustre qui s'efface aisémentetqui ne revient jamais.

275

Le bonnaturelqui se vante d'être si sensibleest souvent étouffépar le moindre intérêt.

276

L'absencediminue les médiocres passionset augmente les grandescommele vent éteint les bougies et allume le feu.

277

Les femmescroient souvent aimer encore qu'elles n'aiment pas. L'occupationd'une intriguel'émotion d'esprit que donne la galanterielapente naturelle au plaisir d'être aiméeset la peine derefuserleur persuadent qu'elles ont de la passion lorsqu'ellesn'ont que de la coquetterie.

278

Ce quifait que l'on est souvent mécontent de ceux qui négocientest qu'ils abandonnent presque toujours l'intérêt deleurs amis pour l'intérêt du succès de lanégociationqui devient le leur par l'honneur d'avoir réussià ce qu'ils avaient entrepris.

279

Quand nousexagérons la tendresse que nos amis ont pour nousc'estsouvent moins par reconnaissance que par le désir de fairejuger de notre mérite.

280

L'approbationque l'on donne à ceux qui entrent dans le monde vient souventde l'envie secrète que l'on porte à ceux qui y sontétablis.

281

L'orgueilqui nous inspire tant d'envie nous sert souvent aussi à lamodérer.

282

Il y a desfaussetés déguisées qui représentent sibien la vérité que ce serait mal juger que de ne s'ypas laisser tromper.

283

Il n'y apas quelquefois moins d'habileté à savoir profiter d'unbon conseil qu'à se bien conseiller soi-même.

284

Il y a desméchants qui seraient moins dangereux s'ils n'avaient aucunebonté.

285

Lamagnanimité est assez définie par son nom; néanmoinson pourrait dire que c'est le bon sens de l'orgueilet la voie laplus noble pour recevoir des louanges.

286

Il estimpossible d'aimer une seconde fois ce qu'on a véritablementcessé d'aimer.

287

Ce n'estpas tant la fertilité de l'esprit qui nous fait trouverplusieurs expédients sur une même affaireque c'est ledéfaut de lumière qui nous fait arrêter àtout ce qui se présente à notre imaginationet quinous empêche de discerner d'abord ce qui est le meilleur.

288

Il y a desaffaires et des maladies que les remèdes aigrissent encertains temps; et la grande habileté consiste àconnaître quand il est dangereux d'en user.

289

Lasimplicité affectée est une imposture délicate.

290

Il y aplus de défauts dans l'humeur que dans l'esprit.

291

Le méritedes hommes a sa saison aussi bien que les fruits.

292

On peutdire de l'humeur des hommescomme de la plupart des bâtimentsqu'elle a diverses facesles unes agréableset les autresdésagréables.

293

Lamodération ne peut avoir le mérite de combattrel'ambition et de la soumettre: elles ne se trouvent jamais ensemble.La modération est la langueur et la paresse de l'âmecomme l'ambition en est l'activité et l'ardeur.

294

Nousaimons toujours ceux qui nous admirent; et nous n'aimons pas toujoursceux que nous admirons.

295

Il s'enfaut bien que nous ne connaissions toutes nos volontés.

296

Il estdifficile d'aimer ceux que nous n'estimons point; mais il ne l'estpas moins d'aimer ceux que nous estimons beaucoup plus que nous.

297

Leshumeurs du corps ont un cours ordinaire et régléquimeut et qui tourne imperceptiblement notre volonté; ellesroulent ensemble et exercent successivement un empire secret en nous:de sorte qu'elles ont une part considérable à toutesnos actionssans que nous le puissions connaître.

298

Lareconnaissance de la plupart des hommes n'est qu'une secrèteenvie de recevoir de plus grands bienfaits.

299

Presquetout le monde prend plaisir à s'acquitter des petitesobligations; beaucoup de gens ont de la reconnaissance pour lesmédiocres; mais il n'y a quasi personne qui n'ait del'ingratitude pour les grandes.

300

Il y a desfolies qui se prennent comme les maladies contagieuses.

301

Assez degens méprisent le bienmais peu savent le donner.

302

Ce n'estd'ordinaire que dans de petits intérêts où nousprenons le hasard de ne pas croire aux apparences.

303

Quelquebien qu'on nous dise de nouson ne nous apprend rien de nouveau.

304

Nouspardonnons souvent à ceux qui nous ennuientmais nous nepouvons pardonner à ceux que nous ennuyons.

305

L'intérêtque l'on accuse de tous nos crimes mérite souvent d'êtreloué de nos bonnes actions.

306

On netrouve guère d'ingrats tant qu'on est en état de fairedu bien.

307

Il estaussi honnête d'être glorieux avec soi-même qu'ilest ridicule de l'être avec les autres.

308

On a faitune vertu de la modération pour borner l'ambition des grandshommeset pour consoler les gens médiocres de leur peu defortuneet de leur peu de mérite.

309

Il y a desgens destinés à être sotsqui ne font passeulement des sottises par leur choixmais que la fortune mêmecontraint d'en faire.

310

Il arrivequelquefois des accidents dans la vied'où il faut êtreun peu fou pour se bien tirer.

311

S'il y ades hommes dont le ridicule n'ait jamais paruc'est qu'on ne l'a pasbien cherché.

312

Ce quifait que les amants et les maîtresses ne s'ennuient pointd'être ensemblec'est qu'ils parlent toujours d'eux-mêmes.

313

Pourquoifaut-il que nous ayons assez de mémoire pour retenir jusqu'auxmoindres particularités de ce qui nous est arrivéetque nous n'en ayons pas assez pour nous souvenir combien de fois nousles avons contées à une même personne ?

314

L'extrêmeplaisir que nous prenons à parler de nous-mêmes nousdoit faire craindre de n'en donner guère à ceux quinous écoutent.

315

Ce quinous empêche d'ordinaire de faire voir le fond de notre coeur ànos amisn'est pas tant la défiance que nous avons d'euxquecelle que nous avons de nous-mêmes.

316

Lespersonnes faibles ne peuvent être sincères.

317

Ce n'estpas un grand malheur d'obliger des ingratsmais c'en est uninsupportable d'être obligé à un malhonnêtehomme.

318

On trouvedes moyens pour guérir de la foliemais on n'en trouve pointpour redresser un esprit de travers.

319

On nesaurait conserver longtemps les sentiments qu'on doit avoir pour sesamis et pour ses bienfaiteurssi on se laisse la liberté deparler souvent de leurs défauts.

320

Louer lesprinces des vertus qu'ils n'ont pasc'est leur dire impunémentdes injures.

321

Noussommes plus près d'aimer ceux qui nous haïssent que ceuxqui nous aiment plus que nous ne voulons.

322

Il n'y aque ceux qui sont méprisables qui craignent d'êtreméprisés.

323

Notresagesse n'est pas moins à la merci de la fortune que nosbiens.

324

Il y adans la jalousie plus d'amour-propre que d'amour.

325

Nous nousconsolons souvent par faiblesse des maux dont la raison n'a pas laforce de nous consoler.

326

Leridicule déshonore plus que le déshonneur.

327

Nousn'avouons de petits défauts que pour persuader que nous n'enavons pas de grands.

328

L'envieest plus irréconciliable que la haine.

329

On croitquelquefois haïr la flatteriemais on ne hait que la manièrede flatter.

330

Onpardonne tant que l'on aime.

331

Il estplus difficile d'être fidèle à sa maîtressequand on est heureux que quand on en est maltraité.

332

Les femmesne connaissent pas toute leur coquetterie.

333

Les femmesn'ont point de sévérité complète sansaversion.

334

Les femmespeuvent moins surmonter leur coquetterie que leur passion.

335

Dansl'amour la tromperie va presque toujours plus loin que la méfiance.

336

Il y a unecertaine sorte d'amour dont l'excès empêche la jalousie.

337

Il est decertaines bonnes qualités comme des sens: ceux qui en sontentièrement privés ne les peuvent apercevoir ni lescomprendre.

338

Lorsquenotre haine est trop viveelle nous met au-dessous de ceux que noushaïssons.

339

Nous neressentons nos biens et nos maux qu'à proportion de notreamour-propre.

340

L'espritde la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie queleur raison.

341

Lespassions de la jeunesse ne sont guère plus opposées ausalut que la tiédeur des vieilles gens.

342

L'accentdu pays où l'on est né demeure dans l'esprit et dans lecoeurcomme dans le langage.

343

Pour êtreun grand hommeil faut savoir profiter de toute sa fortune.

344

La plupartdes hommes ont comme les plantes des propriétéscachéesque le hasard fait découvrir.

345

Lesoccasions nous font connaître aux autreset encore plus ànous-mêmes.

346

Il ne peuty avoir de règle dans l'esprit ni dans le coeur des femmessile tempérament n'en est d'accord.

347

Nous netrouvons guère de gens de bon sensque ceux qui sont de notreavis.

348

Quand onaimeon doute souvent de ce qu'on croit le plus.

349

Le plusgrand miracle de l'amourc'est de guérir de la coquetterie.

350

Ce quinous donne tant d'aigreur contre ceux qui nous font des finessesc'est qu'ils croient être plus habiles que nous.

351

On a biende la peine à romprequand on ne s'aime plus.

352

Ons'ennuie presque toujours avec les gens avec qui il n'est pas permisde s'ennuyer.

353

Un honnêtehomme peut être amoureux comme un foumais non pas comme unsot.

354

Il y a decertains défauts quibien mis en oeuvrebrillent plus que lavertu même.

355

On perdquelquefois des personnes qu'on regrette plus qu'on n'en est affligé;et d autres dont on est affligéet qu'on ne regrette guère.

356

Nous nelouons d'ordinaire de bon coeur que ceux qui nous admirent.

357

Les petitsesprits sont trop blessés des petites choses; les grandsesprits les voient touteset n en sont point blessés.

358

L'humilitéest la véritable preuve des vertus chrétiennes: sanselle nous conservons tous nos défautset ils sont seulementcouverts par l'orgueil qui les cache aux autreset souvent ànous-mêmes.

359

Lesinfidélités devraient éteindre l'amouret il nefaudrait point être jaloux quand on a sujet de l'être. Iln'y a que les personnes qui évitent de donner de la jalousiequi soient dignes qu'on en ait pour elles.

360

On sedécrie beaucoup plus auprès de nous par les moindresinfidélités qu'on nous faitque par les plus grandesqu'on fait aux autres.

361

Lajalousie naît toujours avec l'amourmais elle ne meurt pastoujours avec lui.

362

La plupartdes femmes ne pleurent pas tant la mort de leurs amants pour lesavoir aimésque pour paraître plus dignes d'êtreaimées.

363

Lesviolences qu'on nous fait nous font souvent moins de peine que cellesque nous nous faisons à nous-mêmes.

364

On saitassez qu'il ne faut guère parler de sa femme; mais on ne saitpas assez qu'on devrait encore moins parler de soi.

365

Il y a debonnes qualités qui dégénèrent en défautsquand elles sont naturelleset d'autres qui ne sont jamais parfaitesquand elles sont acquises. Il fautpar exempleque la raison nousfasse ménagers de notre bien et de notre confiance; et ilfautau contraireque la nature nous donne la bonté et lavaleur.

366

Quelquedéfiance que nous ayons de la sincérité de ceuxqui nous parlentnous croyons toujours qu'ils nous disent plus vraiqu'aux autres.

367

Il y a peud'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier.

368

La plupartdes honnêtes femmes sont des trésors cachésquine sont en sûreté que parce qu'on ne les cherche pas.

369

Lesviolences qu'on se fait pour s'empêcher d'aimer sont souventplus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime.

370

Il n'y aguère de poltrons qui connaissent toujours toute leur peur.

371

C'estpresque toujours la faute de celui qui aime de ne pas connaîtrequand on cesse de l'aimer.

372

La plupartdes jeunes gens croient être naturelslorsqu'ils ne sont quemal polis et grossiers.

373

Il y a decertaines larmes qui nous trompent souvent nous-mêmes aprèsavoir trompé les autres.

374

Si oncroit aimer sa maîtresse pour l'amour d'elleon est bientrompé.

375

Lesesprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passeleur portée.

376

L'envieest détruite par la véritable amitiéet lacoquetterie par le véritable amour.

377

Le plusgrand défaut de la pénétration n'est pas den'aller point jusqu'au butc'est de le passer.

378

On donnedes conseils mais on n'inspire point de conduite.

379

Quandnotre mérite baissenotre goût baisse aussi.

380

La fortunefait paraître nos vertus et nos vicescomme la lumièrefait paraître les objets.

381

Laviolence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'onaime ne vaut guère mieux qu'une infidélité.

382

Nosactions sont comme les bouts-rimésque chacun fait rapporterà ce qu'il lui plaît.

383

L'envie deparler de nouset de faire voir nos défauts du côtéque nous voulons bien les montrerfait une grande partie de notresincérité.

384

On nedevrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner.

385

On estpresque également difficile à contenter quand on abeaucoup d'amour et quand on n'en a plus guère.

386

Il n'y apoint de gens qui aient plus souvent tort que ceux qui ne peuventsouffrir d'en avoir.

387

Un sot n'apas assez d'étoffe pour être bon.

388

Si lavanité ne renverse pas entièrement les vertusdu moinselle les ébranle toutes.

389

Ce quinous rend la vanité des autres insupportablec'est qu'elleblesse la nôtre.

390

On renonceplus aisément à son intérêt qu'àson goût.

391

La fortunene paraît jamais si aveugle qu'à ceux à qui ellene fait pas de bien.

392

Il fautgouverner la fortune comme la santé: en jouir quand elle estbonneprendre patience quand elle est mauvaiseet ne faire jamaisde grands remèdes sans un extrême besoin.

393

L'airbourgeois se perd quelquefois à l'armée; mais il ne seperd jamais à la cour.

394

On peutêtre plus fin qu'un autremais non pas plus fin que tous lesautres.

395

On estquelquefois moins malheureux d'être trompé de ce qu'onaimeque d'en être détrompé.

396

On gardelongtemps son premier amantquand on n'en prend point de second.

397

Nousn'avons pas le courage de dire en général que nousn'avons point de défautset que nos ennemis n'ont point debonnes qualités; mais en détail nous ne sommes pas tropéloignés de le croire.

398

De tousnos défautscelui dont nous demeurons le plus aisémentd'accordc'est de la paresse; nous nous persuadons qu'elle tient àtoutes les vertus paisibles et quesans détruire entièrementles autreselle en suspend seulement les fonctions.

399

Il y a uneélévation qui ne dépend point de la fortune:c'est un certain air qui nous distingue et qui semble nous destineraux grandes choses; c'est un prix que nous nous donnonsimperceptiblement à nous-mêmes; c'est par cette qualitéque nous usurpons les déférences des autres hommesetc'est elle d'ordinaire qui nous met plus au-dessus d'eux que lanaissanceles dignitéset le mérite même.

400

Il y a dumérite sans élévationmais il n'y a pointd'élévation sans quelque mérite.

401

L'élévationest au mérite ce que la parure est aux belles personnes.

402

Ce qui setrouve le moins dans la galanteriec'est de l'amour.

403

La fortunese sert quelquefois de nos défauts pour nous éleveretil y a des gens incommodes dont le mérite serait malrécompensé si on ne voulait acheter leur absence.

404

Il sembleque la nature ait caché dans le fond de notre esprit destalents et une habileté que nous ne connaissons pas; lespassions seules ont le droit de les mettre au jouret de nous donnerquelquefois des vues plus certaines et plus achevées que l'artne saurait faire.

405

Nousarrivons tout nouveaux aux divers âges de la vieet nous ymanquons souvent d'expérience malgré le nombre desannées.

406

Lescoquettes se font honneur d'être jalouses de leurs amantspourcacher qu'elles sont envieuses des autres femmes.

407

Il s'enfaut bien que ceux qui s'attrapent à nos finesses ne nousparaissent aussi ridicules que nous nous le paraissons ànous-mêmes quand les finesses des autres nous ont attrapés.

408

Le plusdangereux ridicule des vieilles personnes qui ont étéaimablesc'est d'oublier qu'elles ne le sont plus.

409

Nousaurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyaittous les motifs qui les produisent.

410

Le plusgrand effort de l'amitié n'est pas de montrer nos défautsà un ami; c'est de lui faire voir les siens.

411

On n'aguère de défauts qui ne soient plus pardonnables queles moyens dont on se sert pour les cacher

412

Quelquehonte que nous ayons méritéeil est presque toujoursen notre pouvoir de rétablir notre réputation.

413

On neplaît pas longtemps quand on n'a que d'une sorte d'esprit.

414

Les fouset les sottes gens ne voient que par leur humeur.

415

L'espritnous sert quelquefois à faire hardiment des sottises.

416

Lavivacité qui augmente en vieillissant ne va pas loin de lafolie.

417

En amourcelui qui est guéri le premier est toujours le mieux guéri.

418

Les jeunesfemmes qui ne veulent point paraître coquetteset les hommesd'un âge avancé qui ne veulent pas être ridiculesne doivent jamais parler de l'amour comme d'une chose où ilspuissent avoir part.

419

Nouspouvons paraître grands dans un emploi au-dessous de notreméritemais nous paraissons souvent petits dans un emploiplus grand que nous.

420

Nouscroyons souvent avoir de la constance dans les malheurslorsque nousn'avons que de l'abattementet nous les souffrons sans oser lesregarder comme les poltrons se laissent tuer de peur de se défendre.

421

Laconfiance fournit plus à la conversation que I 'esprit.

422

Toutes lespassions nous font faire des fautesmais l'amour nous en fait fairede plus ridicules.

423

Peu degens savent être vieux.

424

Nous nousfaisons honneur des défauts opposés à ceux quenous avons: quand nous sommes faiblesnous nous vantons d'êtreopiniâtres.

425

Lapénétration a un air de deviner qui flatte plus notrevanité que toutes les autres qualités de l'esprit.

426

La grâcede la nouveauté et la longue habitudequelque opposéesqu'elles soientnous empêchent également de sentir lesdéfauts de nos amis.

427

La plupartdes amis dégoûtent de l'amitiéet la plupart desdévots dégoûtent de la dévotion.

428

Nouspardonnons aisément à nos amis les défauts quine nous regardent pas

429

Les femmesqui aiment pardonnent plus aisément les grandes indiscrétionsque les petites infidélités.

430

Dans lavieillesse de l'amour comme dans celle de l'âge on vit encorepour les mauxmais on ne vit plus pour les plaisirs.

431

Rienn'empêche tant d'être naturel que l'envie de le paraître.

432

C'est enquelque sorte se donner part aux belles actionsque de les louer debon coeur.

433

La plusvéritable marque d'être né avec de grandesqualitésc'est d'être né sans envie.

434

Quand nosamis nous ont trompéson ne doit que de l'indifférenceaux marques de leur amitiémais on doit toujours de lasensibilité à leurs malheurs.

435

La fortuneet l'humeur gouvernent le monde.

436

Il estplus aisé de connaître l'homme en généralque de connaître un homme en particulier.

437

On ne doitpas juger du mérite d'un homme par ses grandes qualitésmais par l'usage qu'il en sait faire.

438

Il y a unecertaine reconnaissance vive qui ne nous acquitte pas seulement desbienfaits que nous avons reçusmais qui fait même quenos amis nous doivent en leur payant ce que nous leur devons.

439

Nous nedésirerions guère de choses avec ardeursi nousconnaissions parfaitement ce que nous désirons.

440

Ce quifait que la plupart des femmes sont peu touchées de l'amitiéc'est qu'elle est fade quand on a senti de l'amour.

441

Dansl'amitié comme dans l'amour on est souvent plus heureux parles choses qu'on ignore que par celles que l'on sait.

442

Nousessayons de nous faire honneur des défauts que nous ne voulonspas corriger.

443

Lespassions les plus violentes nous laissent quelquefois du relâchemais la vanité nous agite toujours.

444

Les vieuxfous sont plus fous que les jeunes.

445

Lafaiblesse est plus opposée à la vertu que le vice.

446

Ce quirend les douleurs de la honte et de la jalousie si aiguësc'estque la vanité ne peut servir à les supporter.

447

Labienséance est la moindre de toutes les loiset la plussuivie.

448

Un espritdroit a moins de peine de se soumettre aux esprits de travers que deles conduire.

449

Lorsque lafortune nous surprend en nous donnant une grande place sans nous yavoir conduits par degrésou sans que nous nous y soyonsélevés par nos espérancesil est presqueimpossible de s'y bien souteniret de paraître digne del'occuper.

450

Notreorgueil s'augmente souvent de ce que nous retranchons de nos autresdéfauts.

451

Il n'y apoint de sots si incommodes que ceux qui ont de l'esprit.

452

Il n'y apoint d'homme qui se croie en chacune de ses qualitésau-dessous de l'homme du monde qu'il estime le plus.

453

Dans lesgrandes affaires on doit moins s'appliquer à faire naîtredes occasions qu'à profiter de celles qui se présentent.

454

Il n'y aguère d'occasion où l'on fit un méchant marchede renoncer au bien qu'on dit de nousà condition de n'endire point de mal.

455

Quelquedisposition qu'ait le monde à mal jugeril fait encore plussouvent grâce au faux mérite qu'il ne fait injustice auvéritable.

456

On estquelquefois un sot avec de l'espritmais on ne l'est jamais avec dujugement.

457

Nousgagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommesqued'essayer de paraître ce que nous ne sommes pas.

458

Nosennemis approchent plus de la vérité dans les jugementsqu'ils font de nous que nous n'en approchons nous-mêmes.

459

Il y aplusieurs remèdes qui guérissent de l'amourmais iln'y en a point d'infaillibles.

460

Il s'enfaut bien que nous connaissions tout ce que nos passions nous fontfaire.

461

Lavieillesse est un tyran qui défend sur peine de la vie tousles plaisirs de la jeunesse.

462

Le mêmeorgueil qui nous fait blâmer les défauts dont nous nouscroyons exemptsnous porte à mépriser les bonnesqualités que nous n'avons pas.

463

Il y asouvent plus d'orgueil que de bonté à plaindre lesmalheurs de nos ennemis; c'est pour leur faire sentir que nous sommesau-dessus d'eux que nous leur donnons des marques de compassion.

464

Il y a unexcès de biens et de maux qui passe notre sensibilité.

465

Il s'enfaut bien que l'innocence ne trouve autant de protection que lecrime.

466

De toutesles passions violentescelle qui sied le moins mal aux femmesc'estl'amour.

467

La vaniténous fait faire plus de choses contre notre goût que la raison.

468

Il y a deméchantes qualités qui font de grands talents.

469

On nesouhaite jamais ardemment ce qu'on ne souhaite que par raison.

470

Toutes nosqualités sont incertaines et douteuses en bien comme en malet elles sont presque toutes à la merci des occasions.

471

Dans lespremières passions les femmes aiment l'amantet dans lesautres elles aiment l'amour.

472

L'orgueila ses bizarreriescomme les autres passions; on a honte d'avouer quel'on ait de la jalousieet on se fait honneur d'en avoir euetd'être capable d'en avoir.

473

Quelquerare que soit le véritable amouril l'est encore moins que lavéritable amitié.

474

Il y a peude femmes dont le mérite dure plus que la beauté.

475

L'envied'être plaintou d'être admirefait souvent la plusgrande partie de notre confiance.

476

Notreenvie dure toujours plus longtemps que le bonheur de ceux que nousenvions.

477

La mêmefermeté qui sert à résister à l'amoursert aussi a le rendre violent et durableet les personnes faiblesqui sont toujours agitées des passions n'en sont presquejamais véritablement remplies.

478

L'imaginationne saurait inventer tant de diverses contrariétés qu'ily en a naturellement dans le coeur de chaque personne.

479

Il n'y aque les personnes qui ont de la fermeté qui puissent avoir unevéritable douceur; celles qui paraissent douces n'ontd'ordinaire que de la faiblessequi se convertit aisément enaigreur.

480

Latimidité est un défaut dont il est dangereux dereprendre les personnes qu'on en veut corriger.

481

Rien n'estplus rare que la véritable bonté; ceux mêmes quicroient en avoir n'ont d'ordinaire que de la complaisance ou de lafaiblesse.

482

L'esprits'attache par paresse et par constance à ce qui lui est facileou agréable; cette habitude met toujours des bornes ànos connaissanceset jamais personne ne s'est donné la peined'étendre et de conduire son esprit aussi loin qu'il pourraitaller.

483

On estd'ordinaire plus médisant par vanité que par malice.

484

Quand on ale coeur encore agité par les restes d'une passionon estplus près d'en prendre une nouvelle que quand on estentièrement guéri.

485

Ceux quiont eu de grandes passions se trouvent toute leur vie heureuxetmalheureuxd'en être guéris.

486

Il y aencore plus de gens sans intérêt que sans envie.

487

Nous avonsplus de paresse dans l'esprit que dans le corps.

488

Le calmeou l'agitation de notre humeur ne dépend pas tant de ce quinous arrive de plus considérable dans la vieque d'unarrangement commode ou désagréable de petites chosesqui arrivent tous les jours.

489

Quelqueméchants que soient les hommesils n'oseraient paraîtreennemis de la vertuet lorsqu'ils la veulent persécuterilsfeignent de croire qu'elle est fausse ou ils lui supposent descrimes.

490

On passesouvent de l'amour à l'ambitionmais on ne revient guèrede l'ambition à l'amour.

491

L'extrêmeavarice se méprend presque toujours; il n'y a point de passionqui s'éloigne plus souvent de son butni sur qui le présentait tant de pouvoir au préjudice de l'avenir.

492

L'avariceproduit souvent des effets contraires; il y a un nombre infini degens qui sacrifient tout leur bien à des espérancesdouteuses et éloignéesd'autres méprisent degrands avantages à venir pour de petits intérêtsprésents.

493

Il sembleque les hommes ne se trouvent pas assez de défauts; ils enaugmentent encore le nombre par de certaines qualitéssingulières dont ils affectent de se pareret ils lescultivent avec tant de soin qu'elles deviennent à la fin desdéfauts naturelsqu'il ne dépend plus d'eux decorriger.

494

Ce quifait voir que les hommes connaissent mieux leurs fautes qu'on nepensec'est qu'ils n'ont jamais tort quand on les entend parler deleur conduite: le même amour-propre qui les aveugle d'ordinaireles éclaire alorset leur donne des vues si justes qu'il leurfait supprimer ou déguiser les moindres choses qui peuventêtre condamnées

495

Il fautque les jeunes gens qui entrent dans le monde soient honteux ouétourdis: un air capable et composé se tourned'ordinaire en impertinence.

496

Lesquerelles ne dureraient pas longtempssi le tort n'était qued'un côté.

497

Il ne sertde rien d'être jeune sans être belleni d'êtrebelle sans être jeune.

498

Il y a despersonnes si légères et si frivoles qu'elles sont aussiéloignées d'avoir de véritables défautsque des qualités solides.

499

On necompte d'ordinaire la première galanterie des femmes quelorsqu'elles en ont une seconde.

500

Il y a desgens si remplis d'eux-mêmes quelorsqu'ils sont amoureuxilstrouvent moyen d'être occupés de leur passion sansl'être de la personne qu'ils aiment.

501

L'amourtout agréable qu'il estplaît encore plus par lesmanières dont il se montre que par lui-même.

502

Peud'esprit avec de la droiture ennuie moinsà la longuequebeaucoup d'esprit avec du travers.

503

Lajalousie est le plus grand de tous les mauxet celui qui fait lemoins de pitié aux personnes qui le causent.



504

Aprèsavoir parlé de la fausseté de tant de vertusapparentesil est raisonnable de dire quelque chose de la faussetédu mépris de la mort. J'entends parler de ce mépris dela mort que les païens se vantent de tirer de leurs propresforcessans l'espérance d'une meilleure vie. Il y adifférence entre souffrir la mort constammentet la mépriserLe premier est assez ordinaire; mais je crois que l'autre n'estjamais sincère. On a écrit néanmoins tout ce quipeut le plus persuader que la mort n'est point un mal; et les hommesles plus faibles aussi bien que les héros ont donnémille exemples célèbres pour établir cetteopinion. Cependant je doute que personne de bon sens l'ait jamaiscru; et la peine que l'on prend pour le persuader aux autres et àsoi-même fait assez voir que cette entreprise n'est pas aisée.On peut avoir divers sujets de dégoût dans la viemaison n'a jamais raison de mépriser la mort; ceux mêmes quise la donnent volontairement ne la comptent pas pour si peu de choseet ils s'en étonnent et la rejettent comme les autreslorsqu'elle vient à eux par une autre voie que celle qu'ilsont choisie. L'inégalité que l'on remarque dans lecourage d'un nombre infini de vaillants hommes vient de ce que lamort se découvre différemment à leurimaginationet y paraît plus présente en un temps qu'enun autre. Ainsi il arrive qu'après avoir mépriséce qu'ils ne connaissent pasils craignent enfin ce qu'ilsconnaissent. Il faut éviter de l'envisager avec toutes sescirconstancessi on ne veut pas croire qu'elle soit le plus grand detous les maux. Les plus habiles et les plus braves sont ceux quiprennent de plus honnêtes prétextes pour s'empêcherde la considérer. Mais tout homme qui la sait voir tellequ'elle esttrouve que c'est une chose épouvantable. Lanécessité de mourir faisait toute la constance desphilosophes. Ils croyaient qu'il fallait aller de bonne grâceoù l'on ne saurait s'empêcher d'aller; etne pouvantéterniser leur vieil n'y avait rien qu'ils ne fissent pouréterniser leur réputationet sauver du naufrage ce quin'en peut être garanti. Contentons-nous pour faire bonne minede ne nous pas dire à nous-mêmes tout ce que nous enpensonset espérons plus de notre tempérament que deces faibles raisonnements qui nous font croire que nous pouvonsapprocher de la mort avec indifférence. La gloire de mouriravec fermetél'espérance d'être regrettéle désir de laisser une belle réputationl'assuranced'être affranchi des misères de la vieet de nedépendre plus des caprices de la fortunesont des remèdesqu'on ne doit pas rejeter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ilssoient infaillibles. Ils font pour nous assurer ce qu'une simple haiefait souvent à la guerre pour assurer ceux qui doiventapprocher d'un lieu d'où l'on tire. Quand on en est éloignéon s'imagine qu'elle peut mettre à couvert; mais quand on enest procheon trouve que c'est un faible secours. C'est nousflatterde croire que la mort nous paraisse de près ce quenous en avons jugé de loinet que nos sentimentsqui ne sontque faiblessesoient d'une trempe assez forte pour ne point souffrird'atteinte par la plus rude de toutes les épreuves. C'estaussi mal connaître les effets de l'amour-propreque de penserqu'il puisse nous aider à compter pour rien ce qui le doitnécessairement détruireet la raisondans laquelle oncroit trouver tant de ressourcesest trop faible en cette rencontrepour nous persuader ce que nous voulons. C'est elle au contraire quinous trahit le plus souventet quiau lieu de nous inspirer lemépris de la mortsert à nous découvrir cequ'elle a d'affreux et de terrible. Tout ce qu'elle peut faire pournous est de nous conseiller d'en détourner les yeux pour lesarrêter sur d'autres objets. Caton et Brutus en choisirentd'illustres. Un laquais se contenta il y a quelque temps de dansersur l'échafaud où il allait être roué.Ainsibien que les motifs soient différentsils produisentles mêmes effets De sorte qu'il est vrai quequelquedisproportion qu'il y ait entre les grands hommes et les gens ducommunon a vu mille fois les uns et les autres recevoir la mortd'un même visage; mais ç'a toujours étéavec cette différence quedans le mépris que lesgrands hommes font paraître pour la mortc'est l'amour de lagloire qui leur en ôte la vueet dans les gens du commun cen'est qu'un effet de leur peu de lumière qui les empêchede connaître la grandeur de leur mal et leur laisse la libertéde penser à autre chose.